Molinier (E.), Les ivoires, p
2. Nous devons à l'obligeance de D. Eladio Oviedo y Arce et à D. José Lima Rodrigucz les excellentes photographies qui nous ont permis de faire cette comparaison. Nous les prions d'agréer encore l'hommage de notre bien vive gratitude.
3. Le Boletin da real Associaçào dos Architectes e arckeologos portuguezes, 1883, a une excellente reproduction photographique de ce calice (estampa 46).
CALICE MINISTÉRIEL
iiiun avec celle du calice de saint Dominique. Seul, le nœud est orné de filigranes qui ont de grandes analogies avec ceux de Silos : bandelettes taillées dans une feuille de métal, contournées en S et fixées en plein sur la plaque d'excipient.
A Silos, ce travail est moins soigné : les fines bandelettes ont été contournées maladroitement et fixées sans art. En somme, perfection des courbures, régularité, symétrie laissent beaucoup à désirer. Mais, à côté de cette exécution défectueuse, nous avons, sur notre calice, un décor qui, dans son ensemblel est franchement original et puissant, grâce à ses arcades massives, robustes, que l'orfèvre a développées sur la coupe et sur le pied. On reconnaît de suite une œuvre espagnole, influencée d'art arabe. L'arc en fer à cheval se rencontre dans les manuscrits carolingiens; seulement, étant donné le pays, il est pour l'œuvre dont nous nous occupons, un signe bien manifeste de cette influence arabe. Nous ne serions pas surpris, d'ailleurs, que le calice ait été fait à Silos même, par quelqu'un des prisonniers maures qui étaient au service de l'abbaye (1). Mais ceci n'est qu'une simple conjecture, puisque nous n'avons aucune donnée sur ce point.
Reste encore la question de l'usage liturgique de notre calice. Elle n'offre, pour ainsi dire, aucune difficulté. Nous avons vu que le P. Juan de Casti'o n'adoptait pas l'opinion qui faisait de ce vase sacré un calice sacerdotal avec lequel saint Dominique aurait dit la messe. Cette opinion a été formulée dans l'Inventaire des principales reliques de l'abbaye daté de 1440 : « E otrosi la vestimenta e caliz oon que cl bienaventurado sunto Domingo dezia miza (2). » D. Férotin n'a eu garde d'accepter celte opinion. Rien n'est plus juste! Il ne peut guère y avoir d'hésitation pour ceux qui ont vu le précieux calice et qui ont eu le bonheur de l'avoir entre leurs mains. Une simple comparaison, du reste, doit dissiper toute équivoque. Elle est facile, puisque M. Rohaultde Fleury a donné des mesures d'un bon nombre de calices dans le t. IV de son bel ouvrage sur La Messe. Notre vase sacré est donc un calice ministériel, un calix major, comme on disait parfois au Moyen Age; il servait à distribuer la sainte communion, sous les espèces du
1. D. Férotin [Histoire, p. 44, 45) donne des renseignements très intéressants sur ces esclaves maures, et il reconnaît avec raison l'influence arabe dans plusieurs œuvres d'art de l'abbaye. Nous faisons cependant exception pour la patène ministérielle mentionnée par l'auteur, et qui n'offre aucune trace de cette influence arabe. (Voy. Notice \ II.)
2. D. Férotin, Recueil des chartes de l'abbaye de Silos, p. 483.
CALICE MINISTÉRIEL
vin et selon les rites de la liturgie gothique ou mozarabe qui était en vigueur à Silos, pendant le xi' siècle.
Le calice do saint Dominique ne sert plus qu'une fois l'an. Le jeudi saint, il reçoit l'hostie consacrée qui est portée au reposoir et consommée, le vendredi, à la messe des Présanctifiés. Nous ne saurions trop applaudir à cet usage; grâce à lui, le calice de Silos n'est point, pour les visiteurs, un simple objet d'art; c'est toujours un vase eucharistique, outre que le souvenir d'un saint suffit, à lui seul, pour le rendre vénérable.
On a vu, par le texte du P. Juan do Castro, que ce vase sacré était accompagné d'une patène également ministérielle. Les quelques auteurs qui ont parlé de cette œuvre absolument admirable, l'ont rattachée également au xi" siècle et au grand abbé de Silos. Il n'en est cependant rien, comme nous le verrons dans la Notice VII. Au point de vue de l'art, la patène est un travail tout à fait distinct de celui du calice et elle lui est postérieure d'un grand siècle.
Le frontal ou devant d'autel de Silos1 est la pièce capitale du trésor, et même un des monuments les plus magnifiques d'émaillerie et d'orfèvrerie de tout le moyen-âge. L'héliogravure de M. Dujardin(pl. VI) et le dessin exécuté avec intelligence par M. Saint-Elme-Gautier (pl. VII) donneront une idée bien fidèle de cette tabula altaris. Il eût pourtant fallu une reproduction en couleur, pour se rendre compte des émaux, dont les teintes si délicates ou si superbes se marient avec l'or bruni qui revêt les parties en métal. Mais, à l'heure où nous écrivons, la photographie est encore impuissante à nous fournir une parfaite reproduction en couleur et, par ailleurs, nous avons le regret de ne pouvoir prétendre à une planche en chromolithographie.
Ce frontal n'est pas inconnu; on le conserve, en effet, au Musée de Burgos où tout archéologue, de. passage dans la vieille cité, peut aller l'admirer à son aise. M. E. Rupin 3 et le marquis de Fayolle'lui ont consacré
1. Les nnciens inventaires appellent le devant d'autel de plusieurs noms très différents : tabula altaris, paramentum, dorsale ou dossale, pala, frontale, etc. En Espagne, le terme fro/ilal, appliqué il l'autel, signifie presque partout le parement môme de l'autel et le parement tout entier. Parements d'orfèvrerie, parements en bois, parements brodés ou en simples étoiles, destinés à recouvrir le devant de l'autel, y reçoivent cette appellation, et cela depuis bien des siècles ; elle est parfaitement justifiée, puisque le frons seu pars anterior altaris est garni de l'antependium. Le frontale a d'ailleurs son article dans le Glossaire, où du Gange donne un certain nombre de textes, empruntés entre autres à différentes pièces latines, originaires de l'Espagne, dont plusieurs très anciennes. Les mots frontale, frontalis se trouvent dans cet article pour former les composés retrofrontale, retrofrontalis qui désignent le retable ou le frontier des anciens inventaires français.