Uœavre de Limoges, p. 197 et
3. Notes sur V exposition rétrospective de Barcelone {Bulletin monumental , 1888, p. 573).
quelques lignes, et plusieurs ouvrages eu offrent des reproductions intéressantes '. Il n'a cependant été l'objet d'aucune étude spéciale, d'aucune description suffisante. Pas une l'ois, non plus, l'héliogravure n'en avait donné, jusqu'à présent, de reproductions.
Disons d'abord que notre devant d'autel montrait, autrefois, même au Musée de Burgos, des restes bien respectables d'aroatures en bois qui lui servaient comme de soubassement. Nous regrettons qu'ils aient disparu, alors qu'on eut l'idée, excellente d'ailleurs, de placer le frontal dans un encadrement. Ces areatures faisaient en effet partie intégrante du monument; pour tous les vrais amateurs, il eût gagné à conserver ces vestiges d'autrefois qui, à la vérité, ne représentaient aucune valeur matérielle, mais qui avaient leur importance pour aider à reconstituer le monument dans son état premier.
Pour nous, nous tenons à reproduire le parement d'autel avec ces restes d'aroatures en plein cintre. On en compte neuf, comme on peut le voir sur la planche VI. Les deux arceaux des extrémités ne sont pas complets. De la base des archivoltes au sommet de ce frontal, la hauteur était de 0°',8I. Dans sa longueur totale, il mesure 2'", 34. Les bords des arcades portaient des plaques de cuivre, ornées de cristaux de roche en cabochons, entre lesquels serpentaient des rinceaux gravés, d'un dessin bien connu et familier aux artistes de Limoges. Plusieurs de ces cuivres occupent encore leur place respective et se voient sur notre reproduction. Des lamelles décorées en damier, or et vernis brun, étaient clouées sur l'âme en bois et garnissaient les écoinçons de ces areatures ; nous avons remarqué, en effet, un reste de cette décoration à une extrémité du frontal.
Au-dessus du soubassement et par delà un bandeau, richement décoré de gemmes et de plaques émaillécs, se développe une autre série d'aroatures, divisées au milieu par une auréole elliptique qui renferme un Christ en majesté. L'attention se porte d'abord vers cette figure qui inspire un religieux respect à cause de son caractère simple et grand, à cause de
L'auteur mentionne incidemment le frontal de Sitos qui ne figurait pus à l'exposition de Barcelone. * t. Mouttmentos arquitectônicoa de Espuha, livr. 20. — E. Rupin, op. cit., pl. XXII. — D. Férotin, Histoire, pl. VI. — Signalons même deux humbles petits dessins du frontal dans D. R. Amador de los Rios, Burgos, p. G'J2 et dans D. A. Lopez Ferreiro, Lecciones de arqueologia sdgrada, p. 294.
l'attitude raide, imposante et fixe, à cause des gestes des mains, — la droite élevée solennellement, la gauche reposant sur un livre fermé, — geste qui convient au Maître, au Docteur et au Juge. Ce type iconographique, pour être fort commun au moyen-àge, n'en est pas moins remarquable; rarement on le voit traité d'une façon aussi magistrale. A sa droite et à sa gauche, le Seigneur est assisté des douze apôtres, debout sous leurs arcades à cintres surbaissés ; lui seul est assis et il les domine sur un coussin qui surmonte un arc-en-ciel. La tète se détache en haut relief ; elle a dû être coulée, puis retouchée ensuite. Les traits en sont larges et un peu rudes ; les cheveux et la barbe sont traités d'une façon sommaire; les veux, grands ouverts, éclairés par une gouttelette d'émail noir, contribuent à donnera cette figure une expression un peu terrible, mais bien solennelle et d'un grand caractère. Les pieds et les mains, pris sur la plaque d'excipient, ont été ciselés. Tous les vêtements sont en émail. A propos de ce travail d'émaillerie, notons, une fois pour toutes, qu'on remarque sur le frontal les deux procédés de la taille d'épargne et du cloisonnage; mais les véntables cloisons rapportées sont beaucoup plus rares que les cloisons simulées et épargnées dans la plaque du fond. Les vêtements du Christ sont les suivants : d'abord, un jupon bleu-ciel, garni en bas d'un orfroi blanc, ponctué de rouge ; par dessus, une tunique vert-végétal à bordure bleu-lapis, chargée de besans bleu-turquoise. Une large étoffe bleu-lapis entoure le Christ à la ceinture et retombe en avant. Un manteau vert-olive recouvre les épaules. De sa main gauche, le Seigneur lient un codex rouge a tranche blanc vif. Le nimbe bleu assez foncé, avec jolis fleurons, dessinés par des cloisons métalliques, porte les rais de couleur bleu-turquoise, le tout inscrit dans une bordure, composée de triangles bleu foncé et vert clair alternés. L'arc-en-ciel, formé de quatre zones juxtaposées, se nuance en bleu-turquoise, bleu-noir, bleu-lapis et bleu très clair. Le scabellum comporte deux couleurs : vert végétal et bleu-lapis. Trois bandes, garnies de feuillages et d'enroulements qui ont été gravés au burin '. coupent trans-
1. M. E. Rup.n a signalé, comme il suit, la présence ,1e rinceaux identiques sur les châsses limousines : « A Limoge», le champ métallique des chasses est parfois décoré, au burin, de rinceau* aux feuilles fihformes, imitant, à distance, un dessin vermieulé et caractéristique reproju.l toujours de la même façon, tel que nous le trouvons sur la chasse de Gimel, sur 1
iï^dVzT^"6' '7vrnt ,,e ,acoiicnio- Bas;ie"'ski' ei »»' «»■ <■»».
1 église de Zell » (L œuvre de Limoges, p. 154).
versalement le fond de la plaque, derrière l'image de Notre-Seigneur. — Ce médaillon, de l'orme elliptique, porte encore la plus grande partie de son encadrement : une bordure en saillie, gravée de rinceaux comme ceux que nous avons déjà signalés, à propos des cuivres qui garnissaient le bord des urcatures inférieures'. Cet encadrement était autrefois rehaussé de cristaux de roche, de forme oblongue. Les bâtes qui les renfermaient ont, seules, été conservées. 'Aux quatre angles du médaillon, se voient les attributs des évangélistes. Les corps se détachent en émail sur fond d'or et les têtes en relief ont été rapportées.
Cette partie centrale de notre parement d'autel offre tant d'analogies avec une belle plaque de l'ancienne collection Spitzer2, que nous conseillons de comparer les deux monuments. Le premier a des qualités d'exécution que n'offre pas le second, et réciproquement. La tête du Christ, sur la plaque de la collection Spitzer, est trop petite pour le grand corps, si largement drapé. A Burgos, les proportions sont plus heureuses; mais l'attitude générale n'est pas aussi naturelle. Les encadrements des deux plaques sont tout différents. Nous avons vu quel était celui de Burgos; sur la plaque de la collection Spitzer, il est formé de feuilles ciselées, placées en recouvrement les unes sur les autres et bordées d'un pointillé. Ce fort beau travail l'emporte sur celui de Burgos. Quant aux animaux évangélistiques figurés sur les deux monuments, ils offrent, entre eux, des similitudes plus nombreuses et plus frappantes encore que celles qui existent entre les deux images du Seigneur.
De chaque côté du Christ, se développent donc, à Burgos, six areatures abritant «les apôtres. Nous retrouvons, pour ces saints personnages, les procédés d'exécution que nous avons déjà remarqués : champ de métal doré, vêtements, livres et nimbes émaillés, tètes en cuivre, vigoureusement en relief, yeux avec globules d'émail, pieds et mains ciselés dans le métal. Comme pour le médaillon du Christ, les plaques sont coupées par des bandeaux qui les traversent dans le sens de la largeur et qui semblent passer derrière les apôtres. Des rinceaux aux feuilles filiformes, au dessin vermiculé, garnissent également ces bandeaux3.
t. Le retable a «les rinceaux absolument identiques. (Voy. 6g. 12 qui reproduit un détail tic ces rinceaux.)
2. Cette plaque d'email cloisonné et champlevé est aujourd'hui conservée au Musée de Cluny. (Voy. La Collection Spitzer, t. Ier, orfèvrerie religieuse, pl. III.)
:î. M. ie marquis de Fayollc a écrit au sujet du frontal de Rurgos : « Les personnages et
Mais nous avons hâte d'attirer l'attention sur la superbe polychromie des vêtements entièrement émaillés, sur l'assortiment très heureux et très riche des différentes teintes, sur les efïels incomparables des draperies bleu sombre s'enlevant sur le fond vieil or, à côté de vêtements bleu-turquoise et bleu tendre qui ont une douceur pleine de charme. Deux sortes de vert, un vert très franc, puis un beau vert clair un peu jaunâtre qui répond assez bien au vert-olive s'adjoignent assez souvent à ces couleurs. Le rouge est peu employé; on ne le trouve que pour les besans qui ornent les orfrois des tuniques et des manteaux, pour les livres et pour quelques menus détails des nimbes. Un blanc vif se remarque aussi; mais l'émailleur en a fait également un emploi très discret; il se trouve sur la tranche de plusieurs livres, sur les bordures des vêtements et sur plusieurs autres petits ornements. Ce sont, en somme, les différentes teintes des vêtements du Seigneur et des quatre animaux évangéiistiques, mais, tellement variées, tellement combinées qu'on se prend, maintes fois, aies croire plus nombreuses qu'elles ne le sont en réalité. Voici saint Pierre, par exemple, à la droite du Christ; sa tunique est d'un vert assez vif avec orfroi bleu clair, rehaussé de six besans rouges. Le manteau : bleu-lapis avec bordure bleu-noir à pois rouges. Le livre est blanc; les clefs bleu très clair'. Le chef du collège apostolique est le seul qui porte un attribut et qui soit bien nettement reconnaissable ; pourtant, à gauche du Seigneur, se trouve un apôtre que la longue barbe junciforme désigne assez clairement pour saint Paul. On le voit figuré sur la planche VII. Cette fois, les vêtements sont triples, comme pour plusieurs autres" apôtres : robe verte à bandes bleu-turquoise portant des besans rouges; tunique bleu foncé, plus courte et relevée à gauche; manteau bleu très clair et livre rouge. — Mais, puisque nous avons trois apôtres sur la planche VII, nous indiquerons aussi, pour les deux autres, les couleurs des vêtements. Le saint, placé au milieu, et qui, du bras droit, répète à peu près exactement le geste que fait le Christ en majesté, ce saint, disons-nous,
les ornements sont en haut- relief, le fond guilloché et émaillé; le vert prédomine >' [Bulletin monumental, 1888, p. 573). D'après ce que nous venons de dire, presque toutes ces assertions sont donc inexactes ; le lecteur lui-même pourra d'ailleurs le constater, en examinant l'héliogravure. Ajoutons aussi que ce n'est pas le vert, mais le bleu qui domine sur notre frontal.
1. M. Georges Rohaultde Fleury a reproduit, par L'eau-forte, ce saint Pierre émaillé, dans le XV" vol. de La Messe (VIIe des Saints), pl. XXXIV.
a une tunique bleu-turquoise, garnie en bas et à l'encolure, d'orfrois bleu foncé, ponctués de rouge. Un large manteau bleu-lapis, avec bordure bleunoir, rehaussée de besans rouges, enveloppe une grande partie du corps. De la main gaucbe. le personnage tient un voLunieTi blanc vif. — De l'autre côté, faisant face à saint Paul, un apôtre est vêtu d'une robe vert-olive, à orfroi bleu, orné de besans rouges. Une tunique, relevée à gaucbe et de couleur bleu-noir, la recouvre en partie; elle est ornée, près du cou, d'une bande vert clair, garnie encore de besans rouges. Par dessus, un manteau bleu très clair. Le livre est rouge, avec tranche blanche. Grâce à l'héliogravure, le lecteur pourra quelque peu se rendre compte de la manière somptueuse et variée dont l'artiste a vêtu les autres apôtres. Il ne manquera pas, non plus, de remarquer la magnifique série de nimbes éinaillés, aussi intéressants, au point de la composition, que de la combinaison des couleurs. Ici (pl. VII) c'est une espèce de fleur à pétales flamboyants, bleus et verts, qùi s'enlèvent simplement sur le champ métallique: là, un nimbe de facture compliquée, formé de petits compartiments bleus et blancs alternés, avec bordure lobée, bleu foncé et vert, et languettes rouges parlant des ('coinçons; ailleurs, une rosace dont les grands festons assez obscur» ressortenl sur fond blanc, etc., etc. Tous les nimbes de notre frontal sont de beaux spécimens d'émaillerie qui apportent un appoint précieux à la richesse du petit monument.
Nous attirons de même l'attention sur les têtes en haut-relief de tous les personnages. Avec elles, nous sommes loin des petites pièces médiocres et souvent fondues dans le même moule, que l'on remarque sur beaucoup d'œuvres de Limoges. Ici, toutes les têtes sont notablement différentes. Les nez sont forts et les bouches très fendues ; les yeux, grands et bien ouverts, empruntent aux globules d'émail qui forment les prunelles une vivacité particulière; ils contribuent à donner à ces figures l'aspect grave, sévère et même un peu terrible que nous avons remarqué dans le Christ. — Saint Paul est le seul qui ait un front large et bien découvert; pour- les autres apôtres, les cheveux commencent assez bas, tantôt distribués largement en boucles qui forment couronne autour du front, — tantôt divisés par une raie centrale et encadrant bien naturellement le visage, — parfois, aussi, coupés ras et formant une coiffure qui emboîte le crâne à la façon d'une perruque, ou bien encore, formant des mèches frisées, arrondies, étagées régulièrement sur la surface de la tête. Deux des figures sont imber-
bes; quelques-unes sont représentées avec barbes assez longues, comme l'apôtre que nous appelons saint Paul; la plupart, cependant, ont des barbes courtes.
Plusieurs de ces têtes en relief sont fixées droites et de face au sommet du col; quelques-unes également sont inclinées; d'autres sont vues légèrement de côté ou bien de trois quarts. Enfin, ajoutons que toutes ces têtes rendues largement, sans beaucoup de détail, mais non sans linesse, ont un' caractère remarquable de personnalité, de vigueur et ,1e puissance. '
Il nous faut maintenant signaler d'une façon particulière les arcatures entre lesquelles se voient les apôtres. Elles comptaient autrefois quatorze petites colonnes avec bases et chapiteaux. Ces colonnettes (en réalité demi-eolonnettes, fixées à plat) , réunissaient, rejoignaient les belles plaques des apôtres et cachaient les ais de bois qui étaient visibles entre elles. Il n'y a plus maintenanl que huit de ces demi-colonnes. Au dire de M. Rupin, ce sont « de véritables modèles de ciselure, remarquables par leur décor et par leur finesse. Jamais, les Limousins n'ont rien produit de plus parfait dans ce genre de travail » '. L'appréciation est absolument justifiée. Colonnettes, bases et chapiteaux présentent une ornementation des plus curieuses, des plus originales et complètement à jour. Voici à droite de l'apôtre saint Paul, un fût de colonne orné de triangles et de motifs à trois branches; à gauche, des tiges se croisent pour former des figures en ellipse garnies de superbes fleurons ; plus loin, ce sont des losanges inseri-
vant des oiseaux fantastiques; ailleurs, de fins entrelacs avecfeuilles multiples décorant les vides; ailleurs encore, de magnifiques fleurs; puis, un treillis et des croisettes, etc... Bases et chapiteaux sont formés de chimères, d'oiseaux etd'enroulements.
Au dessus des arceaux, composés plus simplement, se déroule une magnifique série d'édicules qui ont leurs similaires sur le retable (Notice VF) Mais ce dernier monument ne nousoffrequ'un travail de gravure, tandis qu'ici tout esten cuivredoré, repoussé, ciselé et à jour. « On se croirait, dit M Rupin, en face d'une ville immense ou en présence de quelque palais féerique »-. Toutes ces petites constructions sont si variées, si ingénieusement combinées, chacune d'elles est si curieuse à examiner et à rapprocher de