Ibid
ses voisines, qu'il vaut mieux ne pas essayer une description que l'héliogravure remplace avantageusement.
Au-dessus de ces édifices en miniature, s'étend un large bandeau de cuivre doré, comportant autrefois une décoration de cristaux de roche en cabochons, et ornés encore ,1e plaques émaillées et de rinceaux gravés au trait. Un bandeau semblable, mais beaucoup plus incomplet, est cloué sous les petites colonnes des areatures. Les cristaux déroche étaient disposés d'une façon bien connue : les plus gros placés entre quatre petits qui les cantonnaient On comptait autrefois une centaine de ces cristaux de roche sur les deux bandeaux. Nous avons une grande et belle reproduction de notre devant d autel, faite à Burgos il y a vingt ans peut-être. Le monument conservait encore à cette époque six cabochons, bien visibles sur la photographie, comme, aussi sur l'héliogravure que nous donnons. Depuis lors, cinq de ces cristaux de roche ont disparu comme leurs compagnons, nous lavons contesté, il y a peu de temps encore. C'est la preuve que, même au Musée provincial, le frontal peut subir des mutilations. Aussi applaudissonsnous au projet que forme le conservateur de renfermer complètement sous verre cette merveille d'orfèvrerie et d'éniaillerie. C'est de la sorte qu'est conservé au Musée de Cluny le fameux devant d'autel en or, donné par saint Henri à la cathédrale de Bàle.
Mais à tous points de vue, les petites plaques émaillées, serties dans des bâtes rectangulaires, l'emportent infiniment sur nos cabochons. Ce sont de vraies miniatures, de véritables chefs-d'œuvre d'émaillerie. Le bandeau supérieur conserve encore toutes les siennes. Il n'en existe plus que trois sur le bandeau inférieur. Toutes ces plaques sont ornées d'oiseaux d une extrême élégance, campés fièrement les uns en face des autres, ou bien adossés complètement, ou encore opposés par le corps et allrontes par la tête Presque toujours, les queues des volatiles, réunies, croisées, entrelacées donnent naissance à des feuilles, à des enroulements, à des fleurons d'un superbe stvle oriental. Toutes ces plaques sont entièrement émaillées, à l'exception, bien entendu, des minces filets d'or qui se mêlent aux couleurs, et ce d'une façon vraiment délicieuse.
Nous n'avons plus, pour terminer la description, qu'à signaler, aux deux extrémités latérales du devant d'autel, deux lames de cuivre, ornées de rinceaux qui s'enlèvent en or, sur fond vernis brun. Chacune des volutes de ce rinceau est terminée par de belles fleurs stylisées, dans le genre
celles qu'on trouve assez souvent, au xn" siècle, sur les œuvres de Limoges'. Nous renvoyons à la notice VI pour la question du vernis brun, en tant qu'il a été connu et pratiqué par les artistes de Limoges. Nous indiquerons également, dans la même notice, l'époque à laquelle doit remonter le frontal.
Après la description qui vient d'être laite de ce monument, on reconnaîtra sans difficulté qu'il appartient à l'école de Limoges. Les bandes gravées de dessins vermicides, qui passent derrière le Christ et derrière les apôtres, — les plaques, couvertes de rinceaux au trait, qui s'étendent sous les bases des colonnes et au-dessus des édicules, — les têtes en relief, si caractéristiques dans les œuvres limousines, les couleurs des émaux et les procédés employés pour ce travail de 1 emaillerie, tout cela prouve bien l'attribution que nous faisons de cette tabula altaris à notre école française de Limoges. D'ailleurs, MM. Rupin et Molinier, des spécialistes en la matière, n'ont pas hésité dans celte attribution; il est par conséquent inutile d'insister.
Tous les auteurs qui ont signalé le monument «l'orfèvrerie et d'émailleric que nous faisons connaître, l'ont appelé ou bien frontal ou bien devant '/'autel. Nous avons fait de même dans le cours de celte description; et cependant, il est assez difficile, croyons-nous, de prouver que ces appellations soient absolument justifiées. Le monument comporte, au bas, neuf arcatures; mais les deux qui sont incomplètes ne devaient pas l'être à l'origine, et cette table d'orfèvrerie avait, probablement, aux deux extrémités, quelques pièces qui l'allongeaient autant que le faisait la retombée des deux arcatures en question. En outre, il faut convenir qu'un petit monument terminé, en guise de soubassement, par des arcades sans colonnes, est chose bien étrange. Il a, de cette manière, une hauteur de 0'",80 qui n'est pas suffisante pour un devant d'autel. Ces arcatures auraient-elles reposé sur de petites colonelles très courtes qui auraient alors donné une hauteur convenable pour un frontal ? Étaient-elles a jour ou fermées par des plaques émaillées ? Enfin, notre table d'orfèvrerie n aurait-elle point été un retable? Tout au moins, ne l'aurait-on point transformée en retable à une époque bien difficile à déterminer ? Dans la description de l'ancienne église de Silos, écr.te peu avant 1580, par le P. Nebreda, abbé de Silos, on voit
1. Citons simplement, à titra d'exemple, les monuments saiwrals qoi offrent de beaux lleumns : châsse d'Ambaznc, châsse do l'église de Banise, plaque représentant saint Jacques (coll. Artiiix, Limoges).
en effet qu'au milieu de l'autel majeur, se trouvait « un retable en argent, orné de pierreries, figurant le Christ et les douze apôtres en relief. » Ne serait-ce point là le précieux objet que nous avons fait connaître? A la vérité, il n'est point en argent et les tètes seules des apôtres sont en relief; mais les écrivains des derniers siècles n'y regardaient pas de si près, en fait d'art et d'archéologie, témoins les PP. Ruiz et Castro qui ont signalé, comme étant en argent, la tète en bronze décrite précédemment, — un objet, cependant, qui existait à Silos, de leur temps, tout aussi bien que le monument dont nous parlons. D'ailleurs, il y a quelques années à peine, le marquis de Fayolle, nous l'avons vu, a bien écrit que les personnages de notre tabula étaient en haut-relief et que le fond était guilloché et émaillé.
Nous venons de formuler différentes questions, mais sans prétendre répondre à plusieurs difficultés qui sont réelles. Jusqu'à meilleure information, nous nous rangeons pourtant à l'opinion commune qui regarde notre monument limousin comme un frontal ou devant d'autel. Nous croyons, du moins, que telle fut sa destination, à l'origine. En voici la raison : Une œuvre qui est incontestablement un retable existe encore à Silos (voy. notice suivante). Sa hauteur est de 0",&2; sa longueur mesure 2ra,83, donc 19 centimètres déplus que notre table d'autel. Mais, nous le répétons, celle-ci devait gagner en étendue, avec la retombée complète des deux arceaux des extrémités et, de la sorte, précisément, correspondre à peu près avec la longueur du retable. Or, ce dernier monument est un travail d'orfèvrerie également limousin; il date de la même époque et a le même style que la tabula de Bnrgos, — autant de raisons qui nous portent à croire que les deux pièces appartenaient à un seul et même autel. En outre, puisque le petit monument de Silos est certainement un retable, — un retable très peu élevé, comme ceux de l'époque romane qui nou^ ont été conservés ou dont on connaît au moins les dimensions, puisque la pièce du Musée de Burgos, dans son état actuel, est déjà plus élevée, d'une trentaine de centimètres, que le retable en question, et qu'elle était pro.b; blement augmentée en hauteur par quelques pièces qui ont disparu, nous oroyons qu'elle appartient bien à cette classe de monuments liturgiques qu'on appelle des frontales ou devants d'autel.
1. <■ El allai1 mayor esta dedicado al glorioso martîr san Sébastian. Ay en metlio tic et un retable- de plata de CristO y de sus doce apostoles de bulto y de mucha pedreria » (D. Férotin, Histoire, p. 359).
AVCIBN TRÉSOR DE LARDAYE DE SlLOS.