Apocalypse, ch. v, M ii
RETABLE EN CUIVRE GRAVÉ ET VERNI
relient en t un édifice plus considérable, dominé par une sorte de lanternon coi lié d'une coupole ou d'une toiture à côtes ; à droite et h gauche de cet édifice s'élève toujours une petite tourelle composée de plusieurs étages en retrait les uns sur les autres ; et tout cela, décoré de cercles, do rubans brisés, d'imbrications, d'appareils de maçonnerie, de fenêtres terminées, les unes en pleins cintres, les autres en ares outrepassés et quelques-unes en troislobes. Chaque panneau porte un ensemble complet de ces petits monuments que l'artiste a su varier de la façon la plus intéressante. Ils sont en or sur le fond vernis brun, qu'on a laissé intact en ces endroits.
Le premier bandeau qui entoure la partie principale du retable était orné de quarante-six cristaux de roche en cabochon. Dix seulement ont conservé leurs places respectives. Entre les bâtes, des rinceaux formés de tiges et de feuilles innombrables se courbent et s'enroulent avec aisance, selon les caprices du graveur. Le champ du bandeau en est complètement
Fig. 10. — Détail de l'inscription décora
garni et il présente, de la sorte, une décoration très ingénieuse qui ne peut manquer d'intriguer et de charmer le regard.
Nous préférons cependant l'encadrement à fond vernissé de brun, sur lequel se détachent des lettres carmathiques (plus exactement fatimides), dérivées du coufique ; elles sont symétriquement doublées et répétées, de façon à produire le plus bel effet ornemental. Les caractères aux formes arrondies et aux corps robustes se marient d'une façon très heureuse avec les tiges droites à bases anguleuses.
Quant au travail même de la gravure, il est de tout point admirable, soit qu'il s'agisse des personnages et de l'architecture, soit qu'il s'agisse des lleurons et des caractères qui ornent les bandeaux d'encadrement. Tout est tracé d'une main sûre, ferme et délicate; toutes les lignes sont nettes et franches; c'est un travail qui révèle une main de maître. La planche Y1I1 qui accompagne notre article reproduit fort bien le style et le caractère général de cette œuvre, mais non la parfaite précision des traits de la gra-
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vure; puis, il est quantité de lignes doubles ou triples, juxtaposées et d'une finesse extrême, que notre dessinateur, très habile cependant, n'a pas rendues.
Reste maintenant à savoir si nous pouvons assigner au retable une origine à peu près certaine. Les douze personnages doivent être considérés
tout d abord, puisqu'ils ont, sur cette pièce, une importance majeure. Or, à la première inspection, on est frappé de la manière dont ils sont stylisés, et ce style est assurément le byzantin. Le drapé un peu sec et cassé des vêtements, la façon donl les manteaux se relèveul en avant, l'expression austère des physionomies, la sécheresse des corps qui se devine sous l'étoffe, sont des indices frappants de l'influence byzantine. Comparons
quelques persoj ges du XIIe siècle que nous empruntons aux pein-
avec
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tures du Vieux-Ladoga1. A part les cheveux et les barbes, n'avons-nous pas les mêmes plis de vêtements, les mêmes ligures ascétiques, les mêmes corps amaigris, le même dessin, le même caractère que sur le retable de Sdos? Les apôtres et d'autres saints encore, qui sont peints dans l'église Saint-Georges8, n'offrent pas moins d'analogies convaincantes.
Les éléments qui constituent les rinceaux des bandes gemmées viennent encore de l'art byzantin, qui doit les avoir copiés sur des monuments
l'ig. 12. — Détail d'une bande gravée du retable de Sile-a.
coptes ou arabes de l'Egypte. Voici, à l'appui de noire assertion , deux figures (et nous pourrions multiplier nos exemples) qui permettront de comparer ces mêmes éléments sur des ouvrages bien distincts. La première est un détail du retable même de Silos. Semblables enroulements t'euillagés et Qeuronnés sont mille Cois répétés sur un des bandeaux qui entoure ce retable et sur celui qui forme la bordure du médaillon consacré à l'agneau. — La seconde ligure, formée d'ornements copies, décore le tailloir d'un chapi-
Fig. 13. — Abaque d'un chapiteau du mihrab d'EI-IIazar (Caire).
leau de la mosquée d'EI-IIazar3, un des temples les plus magnifiques du Vieux-Caire. Une frise, d'un dessin identique, se retrouve, plusieurs siècles après, à la mosquée du Sultan Hassan*. Même dessin encore, sauf la terminaison des feuilles, sur les anneaux qui divisent la décoration d'un oliphant oriental ou byzantin, conservé au Musée du Louvre. A propos de la forme de ces rinceaux, M. Mobilier dit qu'elle est « absolument particulière à l'art byzantin qui semble l'avoir empruntée à l'art copte »". — La comparaison
1. Le Vieux-Ladoga (édition russe), dessins et descriptions techniques de l'académicien W. Sunslot, lStlli, pl. I. XXVIII, 1, et pl. EXX1X, fi". 1.