‹ L'ancien trésor de l'abbaye de SilosChapitre 37 sur 57 · PI IX · texte numérisé non relu

PI IX

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Helio^ Dujardin

L'inventaire des reliques de l'abbaye, daté de 1440, mentionne deux areas esmaltadas1 qui sont évidemment et la châsse conservée à Silos, et celle qui fut enlevée au monastère, lors de la Révolution de 1868, pour être placée au Musée provincial de Burgos. Les Monumentos arquitectônicos de Espana ont reproduit ces deux châsses, mais ne les ont point décrites. D. Férotin, dans son Histoire de l'abbaye de Silos, a simplement signalé la première, dans les ternies suivants : « ... le trésor de Silos conserve encore un li és beau coffret entaillé, du xne siècle, qui semble provenir des célèbres ateliers de Limoges. » (P. 334.)

Ce coffret ou plus exactement cette châsse est assurément une œuvre d'orfèvrerie et d'émaillerie limousines. Elle a la forme ordinaire d'une petite maison (domuncula), exhaussée sur quatre pieds carrés, surmontée d'un couvercle à deux versants et couronnée d'une galerie à jour. Sa hauteur est de 0°,26, sa longueur de 0"',30 et sa largeur de 0°,11.

La face antérieure et la pente du toit qui lui correspond sont formées chacune de trois panneaux décorés d'émaux champlevés. En bas, la plaque du milieu représente la Crucifixion, selon les traditions iconographiques 1,1 >yen-âge; les Limousins n'ont guère varié la représentation tic cette

t. Extrait du Bulletin de la Société scientifique ^historique et archéologique de la Corrèze, t.. XXI (1899), p. 561-563.

2. « E otrosi, esta en una arcn ezraaltada ciel pan que comio Nucstio Sefior Jhesu Christo et jueves de la Cena con sus diseipulos. — E es otra esmaltada en que son reliquias de sant George e de otros muçhos santds. » (D. Férotin, Recueil, p. 483.)

grande scène que dans [a partie supérieure où ils ont souvent placé des anges au lieu des deux astres, témoins ordinaires de la mort du Sauveur. — Au-dessus de la Crucifixion, nous avons la Ma/estas Domini; le Chrisl esl accosté de l'A et de l'fl ; il bénit de la main droite et, de la gauche, porte un livre ouvert. 11 siège sur un coussin qui domine un arc-en-ciel ; ses pieds sont posés sur un scabellum. Ici, encore, rien d'insolite; c'est un des thèmes les plus chers aux artistes du moyen-âge. L'auréole qui entoure le Christ est supportée par deux anges. A droite et à gauche de ces deux panneaux, sont figurés les apôtres, sous des arcalures en plein cintre, surmontées de toitures imbriquées. Sur le toit, quatre apôtres (peut-être les quatre évangélistes) tiennent, de la main droite, une croix pattée, munie d'une longue hampe. C'est une manière peu commune de représenter les apôtres '.

L'un des côtés de lu fierté porte un apôtre également debout, la main droite levée, et la gauche tenant un livre fermé. Cet apôtre n'a, lui non plus, aucune caractéristique spéciale. A l'autre flanc, le panneau cintré qui devait avoir aussi un apôtre a disparu.

Tous les personnages s'enlèvent en cuivre doré sur le fond ; comme les œuvres similaires, les plus soignées de Limoges, ils ne sont pas seulement gravés, niais encore ciselés de façon à produire un commencement de modelé. L'architecture est également réservée et un peu saillante. Les têtes sont rapportées et fortement en relief. Nous attirons l'attention sur les deux anges qui sont ligures sur le toit, près du Chrisl en majesté. Ils sont représentés volants, adossés à l'auréole vers laquelle leurs tètes se tournent bien naturellement, et ils la soutiennent de leurs bras vigoureux. C'est une pose vraie et pleine de hardiesse, qui suppose un artiste expérimenté. Nos modernes, qui auraient à figurer une scène équivalente, pourraient s'inspirer de ces deux anges dont ils admireraient sans doute l'anatomie qui se laisse parfaitement deviner sous les vêtements.

Les panneaux de cette face principale ont un fond d'émail bleu, au milieu duquel serpentent des rinceaux aux cloisons réservées et aux fleurons bleus et verts. Même genre de décor pour la croix; au sommet, le monogramme 1HS et XPS ressort en cuivre don' sur champ bleu.

1. Cette particularité se retrouve sur la belle chasse de l'église (le Gimel dans la Corrèze : saint Philippe est deux fuis représenté tenant, dans la main, la longue hampe d'une croix pattée.

Les bordures des panneaux se composent les unes de quatre-feuilles verts, pris sur des disques de métal qui sont inscrits dans des losanges bleus; — les autres, de bandes ondulées mi-partie en métal, mi-partie en émail. La crête du sommet avait trois cabochons de forme ovale qui ont disparu. Elle conserve encore deux petites saillies rectangulaires, ornées de rosaces bleues et vertes, éclairées de blanc et de jaune.

La face postérieure du petit monument est garnie d'un tapis losangé, largement composé et richement polychromé de rosaces bleu clair et vert foncé, sur champ émaillé de bleu-ciel.

Nous n'avons pas mentionné l'émail rouge. Il n'apparaît que rarement Sur la chasse et, seulement pour des détails minuscules. Il suffit cependant pour donner une noie joyeuse à l'ornementation, pour enlever certaine froideur qui résulterait sans doute de l'abondance des émaux bleus et verts.

Telle est cette châsse de Silos, soigneusement conservée dans le trésor des reliques. C'est une bonne pièce du xm" siècle seulement, bien qu'à sou apparence générale et à son architecture principalement, on puisse être tenté de la faire remonter jusqu'au xne siècle.

AirciSN trésor de lAbba ye de Silos,

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