‹ L'ancienne abbaye de Ste-Geneviève et ses batiments; notice historiqueChapitre 2 sur 4 · LES BATIMENTS · texte numérisé non relu

LES BATIMENTS

L'ensemble des constructions religieuses qui constituaient l’abbaye de Sainte-Geneviève, au moment où elle fut déclarée propriété nationale, serait encore complet aujourd’hui et conserverait sa physionomie sans aucun bâtiment disparate, si la démolition de la basilique n’y avait laissé une place pour le passage de la rue Clovis et l’édification d’un corps de logis sans couleur et sans caractère, la façade moderne du Lycée. Il est vrai que, dès le milieu du xvme siècle, l’ancienne église des Apôtres était condamnée à cause de sa vétusté; les Génovéfains l’avaient jugée indigne d’abriter plus longtemps la châsse de leur patronne et le temple élevé par Soufflot était prêt à recevoir les reliques sous son dôme lorsque la Révolution éclata.

Samte-Geneviève du Mont et Saint-Étienne du Mont n’étaient séparés que par un étroit couloir et même leurs fronts se rejoignaient ; leurs chevets orientés suivant la tradition se dirigeaient vers l’Est et leurs façades jumelles regardaient le couchant; mais celle de l’Abbatiale contrastait par sa simplicité avec celle de Saint-Étienne, si richement ornée par les artistes de la Renaissance : une grande muraille presque nue, surmontée d’un fronton triangulaire avec une médiocre rosace, était percée de trois portes ogivales, dont la médiane était plus haute que ses voisines. L’intérieur lui-même était d’une architecture très simple et qui se rapprochait de celle de Saint-Germain des Prés. La majeure partie du monument avait dû être refaite au xme siècle, mais on y relevait les restes de constructions antérieures ; certains chapiteaux du chœur, conservés à l’École des Reaux-Arts, n’ont pu appartenir

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qu’à un monument du xie siècle, celui de l’abbé Étienne. La démolition dura de 1804 à 1807, de sorte qu’il fut loisible aux archéologues de tirer les croquis, de lever les plans qui ont fourni à M. Albert Lenoir les éléments des planches consacrées à cette église dans sa Statistique monumentale . On y voit le sol de la crypte fouillé en tout sens, avec des alignements irréguliers de cercueils presque aussi pressés que dans nos fosses communes ; cette église souterraine, la plus vaste de Paris, égalait en étendue l’église supérieure, et était un second sanctuaire non moins vénéré. Les alentours eux-mêmes ont été des lieux de sépulture dès l’époque gallo-romaine, et il n'est pas de travaux de terrassement qui n’y mettent à découvert des cercueils de plâtre mérovingiens ou autres; des charrettes pleines d’ossements ont eu maintes fois à vider leur funèbre chargement dans l’ossuaire de Montsouris.

Par bonheur, l’impitoyable alignement n’exigea point le sacrifice de la tour de Clovis placée à droite de la nef. Sans cette tour qui, accouplée à celle de Saint-Étienne, est d’un si heureux effet dans la perspective de la Montagne Sainte-Geneviève, le Lycée Henri IV perdrait une partie de son originalité ; il n’aurait plus rien pour le signaler à l’horizon et attester au loin la noblesse de son berceau. La tour est le point de ralliement de tous les souvenirs; on a dit d’elle qu’elle était le Palladium de la maison. Les anciennes estampes nous la montrent surmontée de la flèche quaclrangulaire reconstruite vers la fin du xv° siècle et qui, tombée de nouveau au xvmc, ne lui sera probablement jamais rendue. Les baies en plein cintre de sa base semblent indiquer l’époque de Philippe Ier. Le premier et le second étage appartiennent au style ogival, le premier est du xiv° siècle, le second, du siècle suivant. Le couronnement, refait après le sinistre de 1483 avec sa balustrade et ses clochetons, est du gothique flamboyant. A l'angle Nord-Est se rattache une tourelle qui contient l’escalier, relié à chacun des étages par un balcon élégamment ajouré. La sonnerie de l’horloge est peut-être la plus harmonieuse de Paris, et l’éclio en vibre probablement encore aux oreilles de tous les anciens, pour qui elle a sonné tant d’heures de leur jeunesse. L’horloge elle-même, placée au premier étage, dans l’intérieur de la tour,

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ai

■est celle dont le duc Louis d’Orléaus lit don à l'abbaye (1718) (1). Elle était l’œuvre d’un habile ouvrier, Galande, plus versé dans la pratique de son art que dans celle de l’orthographe, puisque, comme le remarque un article du Magasin pittoresque, il écrivait orloge sans b; (pie devait-ce être pour les mots moins familiers à sa plume? Veuve de son église, comme la tour Saint- Jacques, la tour de Clovis, pour n’avoir pas été illustrée par les découvertes d’un Pascal, n’en a pas moins apporté sa contribution à la science : pendant deux années, Dulong, Ampère, Arago (de grands noms eux aussi) y firent d’importantes expériences sur les diverses pressions des vapeurs d’eau. Comme le dôme de Saint-Marc, à Venise, elle a ses volées de pigeons, pour lesquelles se maintient imprescriptible le droit d’asile reconnu jadis à l’hospitalière demeure.

Le cloître, le lieu consacré au recueillement de la prière, à la méditation en présence des tombeaux, à la promenade silencieuse du moine, n’était pas, comme aujourd’hui, accessible à tout venant, ouvert presque sur la rue, troublé par les bruits extérieurs. La nef de son église l’abritait contre le 'nord et les visites profanes, complétant le quadrilatère des bâtisses monacales qui, en dépit des rajeunissements successifs, trahissent leur âge par leurs ogives en partie respectées (xne-xive-xve siècle). Mais le cloître d’aujourd’hui n’est plus un de ces ravissants motifs d’architecture dont les maîtres ès-œuvres du Moyen Age se complaisaient à faire des modèles d'élégance, avec l'émerveillement de leurs sveltes eolonnettes, de leurs délicates nervures, de leurs gracieux pendentifs, de leurs arceaux si purs de dessin, si riches de fantaisie. Le joyau du xme siècle menaçait ruine, on le démolit à une époque où le style gothique n’était plus compris. Selon Brice, c’est sous François Ier qu'il aurait été abattu et en ce cas il n’aurait pas été remplacé avant le xvnf siècle, puisque l’on donne pour date au nouveau l’année 1746. Victor Chauvin qui adopte cette date (. Histoire des Lycées, page 102), ne tarde pas cependant à se contre-

(1) Le carillon, depuis longtemps dérangé, a été récemment l’objet d’importantes réparations. La sonnerie des heures sera nouvelle pour beaucoup d’oreilles qui n ont pas encore entendu le jeu complet.

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«lire, puisque, oubliant sa première affirmation, il «lit quelques lignes plus loin que le cloître de la Cour cl’honneur fut élevé vers le temps du cardinal de La Rochefoucauld, à la place de celui qui était attribué au roi Robert. Ce qu’il importe d’établir, c’est l’existence d’un second cloître, ou plutôt d’une galerie construite au xviic siècle dans la cour actuelle des classes, dont elle bordait l'aile en regard du midi (1); cette galerie existait encore sous le fondateur du Lycée, M. de Wailly père, ainsi que le prouve une gravure où elle est représentée au-dessous du portrait de ce proviseur. Rrice dit de cette construction : « On entre dans le cloître « ou plutôt sous une espèce de péristyle soutenu des deux côtés « de colonnes doriques, comme celles de la première entrée « (l’entrée de la rue Clotilde) ; au bout de ce portique long « d’environ trente pas, on trouve le grand escalier qui conduit « aux dortoirs » (IL 30). Le Maire (1684) parle également de ce nouveau cloître bâti environ douze années auparavant d’après les plans du Père de Creil. On l’a supprimé, sans doute pour donner du jour à des salles qui, ouvertes cl’autre part sur la cour d’honneur, par conséquent sous une autre galerie, recevaient aussi fort peu de lumière de ce côté. Le cloître actuel aux lourds piliers carrés, aux arcades surbaissées, ne fait certainement pas honneur à son architecte, mais il ne mérite pas moins de rester cher à maintes générations d’écoliers; décoré de ses plâtres moulés sur les marbres de Phidias ou les faïences de Luca délia Robbia, de ses inscriptions, de ses images d’illustres élèves, égayé par des parterres au milieu desquels se dressent les monuments de Casimir Delavigne et de Salvancly, il est l’atrium du Lycée, son salon-promenoir cl’été; aux heures de parloir, ses lianes s’offrent hospitaliers pour des collations que ne trouble pas le souvenir des moines dont il fut le Campo-Santo.

Pour l’École centrale du Panthéon qui a précédé le Lycée dans «( la ci-devant maison de Geneviève » (1795), ce même péristyle avait été un forum. Le 30 nivôse (19 janvier 1799), journée com-

(1) Cette cour était dite Cour des Abbés; la Cour de nos Moyens était celle des Moines.

Lycée Napoléon. Coupe du réfectoire, de la cuisine, des caves, des catacombes. ( Mag . Pittoresque, 1857.)

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mémorative de la Souveraineté populaire, les élèves de la maison s’y étaient réunis à leurs camarades et voisins du Prytanée (Louis-le-Grand) pour fêter par des chants et des danses la plantation d'un arbre de la Liberté. Le 10 germinal suivant (30 mars), fête de la Jeunesse, tous les instituteurs et toutes les institutrices de l’ arrondissement y avaient été conviés. Aux jeunes garçons et aux jeunes filles les plus accomplis de leurs écoles furent décernés des prix de vertu, représentés par des couronnes enguirlandées de rubans tricolores. Les élèves âgés de seize ans furent armés gardes nationaux par la remise d'un sabre symbolique; ceux de vingt ans furent promus citoyens et pourvus d’une carte civique, en guise de robe virile (voir Quicherat, Histoire de Sainte- Barbe, t. III, p. 36, et Victor Chauvin).

La galerie occidentale du cloître longe l’ancien réfectoire des moines, aujourd’hui chapelle du collège, la construction qui a le mieux conservé son caractère primitif. Sur la rue Clotilde il a suffi de refaire les rosaces, dont une seule restait, il y a une vingtaine d’années, et d’exécuter quelques travaux de raccordement. Mais l’effet serait plus complet, si la façade de la rue Clovis n’était venue masquer la partie de l’édifice qui, faisant retour d’équerre sur le Carré Sainte-Geneviève (1), y présentait son pignon aigu et sa tour d’angle, simple cage d’escalier sans doute et d’escalier fort peu pratique, mais si utile pour accentuer la physionomie du monument. L’architecte, soit dédain pour un détail insignifiant à ses yeux, soit superstition de la ligne droite, la supprima comme un accessoire parasite et faisant une saillie trop fantaisiste.

Quant à la chapelle, bien qu’elle ne rivalise pas avec l’incomparable réfectoire de Saint-Martin des Champs (bibliothèque des Arts et Métiers), elle est loin d’être sans valeur; elle s’étend sur une longueur de six travées, couvertes d’une voûte en pierre à nervures croisées, et reçoit le jour par des ogives gothiques reposant sur des colonnettes; comme tous les réfectoires conventuels,

(1) Le Carré Sainte-Geneviève (ou place Saint-Étienne du Mont) avait fait partie du cloître au moins jusqu’en 1335; des portes le fermaient à l'entrée des rues des Sept Voies (Valette), des Amandiers (Laplace) et des Prêtres Saint-Étienne,

Cuisines du lycée Napoléon. ( Mag . Pittoresque , 1857).

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elle a sa tribune où prenait place le religieux chargé de la lecture à haute voix pendant les repas, mais une copie de l'Assomption de Murillo, donnée par la reine Marie-Amélie, la dissimule, parce qu elle aurait besoin cl’être restaurée. Une Cène d’un artiste obscur, Clermont, reléguée clans la sacristie, n’a d’autre mérite que d’avoir fait jadis partie de la décoration de ce réfectoire. Dans tous les monastères les repas étaient précédés cl’ablutions d'autant plus nécessaires que l'usage de la fourchette ne se généralisa guère avant la fin du xvne siècle ; un lavabo, souvent œuvre d'art remarquable, placé à l’entrée de la salle, pourvoyait à ce besoin ; tout ce que nous savons de Sainte-Geneviève c’est qu’au temps de l’abbé Guillaume Leduc, vers 1524, il existait à portée du réfectoire un bassin de pierre où coulait l'eau cl’une fontaine décorée de l’image de la sainte (1).

Sous le réfectoire s’étendaient, comme aujourd’hui encore, de vastes cuisines de la même date et du même style architectural, de niveau avec le sol et puissamment voûtées au-dessus d'immenses caves. Une ancienne gravure du Magasin pittoresque représente la coupe du bâtiment depuis ses premières assises jusqu’aux combles (note H) : les fondations ont-elles même pour sous-sol les catacombes, au-dessus desquelles s’étagent les trois rangs de constructions (sans compter les mansardes et les greniers), les caves d’abord, puis les cuisines, puis enfin le réfectoire chapelle? Du Lycée on pourrait descendre directement dans les anciennes carrières, cl’où peut-être sont sorties les pierres de sa construction, si la porte qui y donnait accès n'avait pas été condamnée. Le vieux puits, voisin des cuisines, pénètre encore plus loin dans les entrailles du Mont, puisque, comme tous les puits du quartier, pour atteindre la nappe liquide, il traverse les catacombes sous la forme d’une colonne où est pratiquée une de ces lucarnes d’aération destinées à rendre respirable l'atmosphère de ces

(1) Dans la seconde cour de l’École des Beaux-Arts, une vasque en pierre, d’un seul morceau et de douze pieds de diamètre environ, est le lavabo commandé au xne siècle pour le cloitre de Saint-Denis par l’abbé Hugues; l’eau jaillissait du point central et s’écoulait par vingt-huit trous; vingt-huit tètes sculptées ornaient le rebord de cette cuve.

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profondeurs. Si la pensée se reporte de là au sommet de la tour de Clovis, on est tenté d’appliquer au Lycée les vers du fabuliste :

Celui de qui la tête au ciel était voisine

Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

Un puits n’était pas chose indifférente pour les habitants de la rive gauche privés d’eau de source depuis que les Normands avaient coupé l’aqueduc d’Arcueil; aussi quatre rues de la censive abbatiale devaient-elles leur nom à un puits : le puits qui parle, le bon puits, le puits Certain, le puits de l’Ermite. Celui de l’abbaye mérite donc un souvenir. S'il ne rend plus aucun service, il a été indispensable pendant des siècles (1). Ce fut seulement sous Louis XIII que l’aqueduc d’Arcueil fut rétabli et que l'une des fontaines alimentées par ses eaux, la fontaine Sainte-Geneviève, fut élevée devant le collège de Navarre (École Polytechnique) ; le couvent obtint-il une concession? C’était une faveur peu refusée aux maisons religieuses, et que les Jésuites de Louis-le-Grand ne sollicitèrent pas en vain.

Sur l’aile méridionale du cloître exista une chapelle très vantée, dédiée à Notre-Dame de Miséricorde et à laquelle survécut longtemps un autel ornementé de colonnes de cuivre. La salle du chapitre occupait l’aile orientale. Le point central de l’abbaye était le vestibule fermé des quatre lourdes portes de fer forgé s'ouvrant l’une sur le cloître, les trois autres sur les trois cours ; c’est là que le Père de Creil a construit son escalier monumental, plus remarquable par son originalité que par sa beauté, et qui a, comme le cloître, le défaut de n’être pas assez élevé de plafond; mais ce plafond, aux yeux des connaisseurs, est d'une grande hardiesse, parce" que tout le poids en repose uniquement sur deux petites colonnes. Les statues qui en décorent l’entrée représentent les quatre évangélistes ; au fond est une figure de la Vierge qui tient l’Enfant Jésus entre ses bras. « Elle est d’une très belle manière, comme on le remarquera facilement, » dit

(1) L’abbé Lebeuf mentionne dans la domesticité du monastère un garçon de la pompe.

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Brice. Cet escalier aboutit au premier étage et, avant d’être continué pour la commodité du Lycée, il ne conduisait qu’à l’Oratoire des abbés et aux dortoirs des moines. Cet oratoire, oeuvre très remarquable de Claude de Creil, aujourd’hui coupé par une cloison, a été converti en laboratoire et en classe de physique; les gradins sont adossés à l'autel dont on n’aperçoit plus qu’une partie. Les dortoirs « n’ont rien de magnifique, on « a eu soin seulement d’y faire paraître partout beaucoup de « propreté aussi bien que dans les salles basses, où sont plu- « sieurs tableaux des papes et des anciens abbés de cette mai- « son » (Brice) (1). Outre la vaste salle des Papes qui contenait aussi la collection des Rois de France, d’autres salles spacieuses du rez-de-chaussée étaient destinées à recevoir les Chambres du Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides, le Châtelet et le Corps de ville, lors de la procession annuelle où ils venaient pour accompagner la châsse. Brice recommande aussi la visite de l’apotliicairerie, « qui est très propre et où il y (( a des curiosités pour ceux qui se connaissent en ces sortes « de choses ».

Pour le visiteur qui venait de parcourir les étages inférieurs, l’apparition des lumineuses galeries delà bibliothèque à l’étage supérieur était un vrai coup de théâtre. Si graves qu’aient été les conséquences de leur conversion en dortoirs, elles méritent encore l’admiration; la construction et la décoration en furent exécutées d'après les dessins du Génovéfain Claude de Creil, mort en 1705. Le Père du Molinet inaugura en 1075 la première galerie de ce bel ensemble; élevée sur les combles de la chapelle du cloître, elle était longue de trente toises, large de quatre, haute de dix-sept pieds; les sculptures du plafond consistaient en cadres tour à tour carrés ou ovales destinés à recevoir des portraits. Iles armoires de chêne sculpté, grillagées de fil d’archal, alternaient avec les fenêtres, flanquées de pilastres surmontés de co-

(1) C’est sans doute le collège qui, sans grand soin de l'hygiène, avait divisé le dortoir monacal en deux étages dont l’un, une véritable soupente, reçut des élèves le nom d’entrepont. 11 a fort heureusement été condamné et il n’en subsiste plus que la porte ouverte sur le vide.

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quilles renversées et devant lesquels des scabellons supportaient des bustes de donateurs, de personnages célèbres, etc... (note I). Tel fut le modèle .exactement suivi pour la continuation du travail. En effet, on dut bientôt prolonger presque de moitié cette galerie primitive, puis en ouvrir une nouvelle qui la coupait transversalement en forme de croix. Les quatre bras étaient d ’égale longueur, sauf le bras septentrional qui, rencontrant l’église, fut plus court que les autres et sans fenêtre à son extrémité. Pour dissimuler ce défaut de symétrie, le peintre Lajoue exécuta un salon de verdure en trompe l’œil sur la muraille du fond. Au point d’intersection des galeries a été ménagée une rotonde, couronnée par un dôme vitré et du centre de laquelle le regard embrassait les quatre bras de la croix inondés de lumière grâce à leur situation élevée; aussi Brice reconnait-il que l'incommodité de l’ascension est largement compensée par la clarté du local. La coupole du dôme fut peinte par Restout, qui y a représenté le patron de l’ordre, saint Augustin foudroyant Pélage, Manès et d’autres hérésiarques. Le public montait cà ces galeries par le grand escalier qui dessert l’aile occidentale des bâtiments et dont chaque palier conserve encore la grille latérale placée là pour interdire aux étrangers l’accès des locaux réservés aux habitants de la maison, religieux d’abord, lycéens plus tard. Au haut de cet escalier subsiste la solide porte sculptée assez grossièrement et munie encore de sa vieille serrure et de son heurtoir, par laquelle on entrait dans la bibliothèque. Aujourd'hui condamnée, cette porte se trouve presque à l’extrémité de la galerie occidentale (à gauche) et contre elle est adossé un des lits du dortoir.

L’administration universitaire avait d’abord paru se contenter de son lot, mais ses coïivoitises n’ayant pas tardé à s’éveiller, elle nourrit des projets d’annexion et mena sa campagne patiemment et adroitement, pour ne rien dire de plus. Peut-être fut-elle de bonne foi quand elle se plaignit de poutres vermoulues, de plafonds qui s’affaissaient sous le poids des livres et des lecteurs et menaçaient de s’effondrer sur les élèves endormis dans leurs dortoirs. Et puis les entrées et les sorties d’un public

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bruyant étaient une cause de trouble pour les classes et les études, un danger pour la discipline. Un poids décisif dans la balance fut vraisemblablement la faveur royale acquise au collège des jeunes princes. En 1842, sur la proposition de M. Villemain, la Chambre ouvrit un crédit de 1.775.000 francs pour la construction d'une nouvelle bibliothèque et, vu l’urgence du prétendu péril, l'évacuation rapide des galeries fut décidée.

A côté du Panthéon s’élevait l'ancien collège de Mont aigu, le serrant de si près que l'aile gauche du monument de Soufflot, faute de place pour sa grille, n'avait de ce côté d’autre protection qu’une clôture de planches, le long de laquelle les voitures délitaient fort à l'étroit. La vieille masure fut choisie comme bibliothèque provisoire et, derrière elle, l’architecte Labrouste établit les chantiers de la nouvelle. Quelques rares survivants de l’époque, alors écoliers, vieillards à cette heure, se rappellent avoir vu des soldats, déménageurs improvisés, former la chaîne depuis la rue Clotilde jusqu’à Montaigu et se passer de main en main, connue dans un sauvetage, les volumes de tous les âges et de tous les formats, pour qu'ils fussent déposés dans la noire bâtisse si décriée par Erasme et plus sinistre encore depuis qu’elle était devenue prison militaire (1843). Le local était malpropre, humide, malsain, ce qui rendait l’exode encore plus douloureux pour les bibliothécaires et les habitués. Leurs doléances ne furent pas sans écho; on pleurait « ce noble et silencieux sanctuaire de la science » (de Guilhermy), on se demandait quelles allaient être pour les locaux délaissés les conséquences de l’annexion au Collège. Quelques difficultés en retardaient l’appropriation; pour le mobilier, la question de propriété était à trancher entre la ville et. le domaine; en attendant, les galeries négligées étaient dans un état lamentable et, en apparence du moins, elles menaçaient ruine. Victor Hugo, que le hasard avait amené devant le Collège et qui y était entré, fut indigné et lit entendre ses protestations au Comité des monuments historiques; il parla de ces salles immenses meublées d’un admirable corps de bibliothèque en bois sculpté et que décorent de distance en distance des bustes de grands hommes : « elles offrent le spectacle d'un déménagement

lïibliotlièque des cmovrfains.

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« fait à la hâte et interrompu, comme si quelque péril les me- « naçait; elles sont dans un état complet d’abandon, c’est un « délabrement qui fait peine ; l’humidité les moisit, la pluie <( tombe sur d’épaisses couches de poussière qui couvrent les « boiseries et le carrelage. On dirait qu’on n’ose plus entrer,

« parce que 1 édifice va s’écrouler. Cependant l’architecte Ro- « belin donne la certitude que les murs sont solides, que la bi- « Idiotlièque est en très bon état, que les planchers et les plaie fonds sont faciles à restaurer. C’est un monument unique à u Paris, unique en France. » Le Comité ne resta pas indifférent, mais il ue pouvait qu’émettre des vœux platoniques; en vain le baron Taylor déclara- 1- il que les galeries ne pouvaient et ne devaient être que bibliothèque, que le Lycée devait en faire la sienne, comme s’il avait eu assez de livres pour en garnir les rayons. Sur ces entrefaites, armoires et bustes furent déclarés mobilier de l’État et la bibliothèque devint dortoir. Par malheur, l’ aménagement ne pouvait se réduire à l’installation de quelques dizaines de lits. Des modifications s’imposaient. L’on n’abordait à la bibliothèque que par les deux points extrêmes de ses galeries, l’un sur le grand escalier de l’Ouest, l’autre sur le palier qui la mettait en communication avec le eabinet des médailles (Petit salon du cercle actuel). Gagner des dortoirs par des entrées aussi excentriques compliquait singulièrement les manœuvres; on décida la création d’un escalier central qui, continuant celui du Père de Creil, aboutirait à l’étage supérieur par une trouée pratiquée dans le carrelage du dôme, et du rondpoint ainsi entamé il ne resta plus qu’un balcon circulaire où s’amorça le nouvel escalier, bordé, ainsi que le balcon, d’une très mesquine rampe de fonte sur laquelle ne s’égare que trop souvent l’admiration des visiteurs, alors cependant que le Lycée met sous leurs yeux, comme point de comparaison, tant de spécimens de belle ferronnerie. Au lieu du beau coup d'œil qu'offrait l’ensemble de quatre vaisseaux, l’on n’eut plus que quatre tronçons qu’il fallut, pour des raisons de bien-être et de surveillance, clore par- des cloisons en boiserie. Contre ces sacrifices nécessaires il est superflu de se récrier.

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Du moins, le Lycée conserve intact le cabinet des médailles et des curiosités, son cercle actuel. Là tout charme : ensemble irréprochable, détails exquis, menuiserie savamment dessinée et d’un haut relief, due à des artistes de premier ordre, moulures du plafond en harmonie avec la salle. Ouverte en 1753, cette galerie et le salon consacré aux médailles remplaçaient le galetas où jusque-là avait été relégué ce musée. C’est un monument historique dont aucun détail ne saurait être modifié. Le fondateur du cercle, M. Baric, qui fut proviseur de 18G2 à 1870, jugeait qu’un parquet ciré eût été plus confortable que le carrelage de l’époque; l’architecte déclina la responsabilité d’un anachronisme. De même fut conjuré un danger plus sérieux : il fut question d’assigner aux armoires un nouvel emploi aux Tuileries, où elles eussent logé les collections d’armes de Napoléon III ; par malheur ou plutôt par bonheur, comme propriété de la ville, elles étaient inaliénables. L’escalier aux solides balustres de chêne, qui aboutit au cercle après avoir conduit aux appartements du Proviseur et du Censeur, n’est pas sans mériter un regard comme type d’une époque (xvne ou xvin0 siècle).

Le corps de logis qu’il dessert, est attribué au Père de Creil et grâce aux lignes de ses toits, de ses pavillons, de ses fenêtres, il a grand air dans sa simplicité, du moins du côté du midi; en outre il est égayé par le vaste jardin du Proviseur. Sa façade, au lieu d'être continuée par le mur qui sépare les jardins de la grande cour, avait jadis pour prolongement une belle grille à claire-voie. Le petit Lycée a, lui aussi, quoique tout au plus quinquagénaire, son legs de souvenirs historiques, puisque son terre-plein représente les tours, les murs et les fossés du Paris de Philippe-Auguste, dont la ligne est reconnaissable au relief du sol et dont les fondations subsistent peut-être sous terre. On prétend même reconnaître les vestiges de la porte papale, ce qui est inadmissible, puisqu’elle se trouvait là où débouche la rue d’Uim, par conséquent hors de l’enceinte actuelle du Collège.

Le jardin des abbés était le plus grand du vieux Paris; une partie en fut distraite pour la construction de la nouvelle Sainte- Geneviève ; cependant, sous les premiers proviseurs, il s’étendait

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.encore jusqu à la naissance de la rue d’Ulm et c’est à ses dépens que fut construit le réservoir des eaux de la ville et achevée la place du Panthéon. Avant cette époque , la distribution des prix avait eu lieu sous une tente dressée à l’endroit qu’occupe ce réservoir; et de ce côté l’on ne pouvait gagner la rue Clovis, qu’en doublant la façade du Panthéon. Le percement complet de la rue Clotilde fut la séparation définitive de ce monument et du collège. Néanmoins, jusqu’aux journées de juin 1848, l’on vit sur le pavé de la place subsister deux arbres, restes du jardin provisoral, plantés sous M. de Wailly père; mais, lors de la reprise du Panthéon par les troupes, le canon leur fut moins clément que les ingénieurs qui les avaient laissés subsister.

Aussi longtemps que la bibliothèque fut maintenue dans son ancien local, les élèves n’avaient accès au collège que par la porte de la rue Clovis; les pensions, dont l une surtout était très nombreuse, se rangeaient sous les arcades du cloître à la place qu’un écriteau assignait à chacune d’elles, pour y attendre le signal de l’jentrée en classe. Quant à la bibliothèque, le public en gagnait l’escalier par la porte aujourd’hui réservée aux externes; mais jadis cette porte, au lieu de donner directement sur la rue, s’ouvrait sur un vestibule ou une cour formée par un avant-corps de bâtiments qui, faisant une impasse de la future rue Clotilde, représentait la principale entrée de l’abbaye. Voici en quels termes Brice décrit cette construction (1694) : « Bans l’intérieur « de la maison, il y a beaucoup de belles choses, particulièrement <■ en architecture : on y a fait des réparations considérables; la << grande porte était très incommode et l’on en a bâti une autre à « sa place en manière de double portique soutenu sur des colonnes ■ doriques, cl’une proportion très régulière, avec deux pavillons « carrés aux extrémités. Vis-à-vis celle porte il y a une fontaine i< au pied d’une figure de Sainte Geneviève dans une manière << de niche ou d’arcade ornée de deux colonnes ioniques» (t. II, |>. 30). Le Maire parle également de ce double portique, des deux pavillons carrés et de la sainte Geneviève ayant une fontaine à ses pieds et placée dans la cour. Pour nous, la niche ou arcade a colonnes ioniques subsiste encore et, bien qu’on la prenne en

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général pour un portail condamné, elle n’a, vu la disposition

intérieure des lieux, jamais pu servir de porte d’entrée. Quant à la sainte Geneviève disparue, 11e répond-elle pas au signale-

Abbaye de Sainte-Geneviève; vue prise du côté du midi; vers 1700.

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ment de l’ancien lavabo du xvic siècle? Les deux pavillons étaient trop rapprochés du Panthéon pour qu’on les laissât subsister et il serait à souhaiter que la maison n’eùt pas subi de plus regrettable mutilation.

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