‹ L'ancienne abbaye de Ste-Geneviève et ses batiments; notice historiqueChapitre 3 sur 4 · LES MONUMENTS DISPERSÉS · texte numérisé non relu

LES MONUMENTS DISPERSÉS

Les monuments que renfermait T ancienne basilique n’ont pas tous péri; quelques-uns, en petit nombre, il est vrai, ont échappé à la destruction, et, quoique dispersés, ils n’en appartiennent pas moins à l’histoire de l'abbaye; il importe donc de les étudier là où les a amenés le hasard de leur destinée, les uns à Paris, les autres à ses portes.

Saint-Denis. — La série des tombes royales s’ouvre à Saint-Denis par un monument de Clovis; il ne s’agit pas du tombeau élevé par Clotilde sur les restes de son époux, mais de celui qui, six cents ans plus tard, fut placé dans le chœur de l’église conventuelle. Ce monument de pierre « mangé et difforme d’antiquité » (du Breuil) offusqua les yeux du cardinal de La Rochefoucauld qui en commanda un neuf de marbre blanc. C’est à cette circonstance qu’est due la conservation du tombeau en pierre qui, relégué dans la crypte, passa inaperçu en 1793, tandis que le marbre de l'église haute fut brisé, en même temps que les tombes de Clotilde et de ses petits-fils , les enfants de Clodomir. L’effigie de Clovis, bien que datant de la fin du xne siècle ou des premières aunées du xmc, est d’un travail lourd et grossier, la taille est épaisse et coiibte, la tête d’une grosseur disproportionnée; les pieds du défunt costumé à la mode du temps, reposent sur un lion minuscule et de facture absolument barbare. Il n’y a aucune raison de croire que l’on ait sous les yeux un portrait ressemblant du roi franc. Du moins, la tombe est bien authentique. On n’en peut dire autant de deux statues également placées à Saint-Denis sous les noms de Clovis et de Clotilde; ce sont des per-

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sonnages quelconques détachés clu portail de Notre-Dame de Corbeil et arbitrairement érigés en souverains (note J).

Saint-Étienne du Mont. — Saint-Étienne du Mont, héritier du culte de sainte Geneviève, doit également au hasard la conservation de la relique qu'il offre à la vénération de ses pèlerins. En 1792, il avait reçu le monument et la châsse de la sainte, mais pour se les voir bientôt enlever; en 1803, il put, du moins, recueillir la pierre qui formait la partie inférieure du sarcophage où avait reposé la dépouille de Geneviève, avant d’être placée dans une châsse. Cette pierre, exposée dans la crypte de l’abbatiale, était elle-même l'objet d'une grande vénération; des fidèles trop fervents en détachaient sans cesse des fragments afin de les garder comme reliques et il avait fallu la protéger par un revêtement de marbre; le vieux cardinal de La Rochefoucauld avait lui-même donné le mauvais exemple, puisque de cette pierre il tirait par des grattages une poudre dont il composait des pilules pour les malades. Échappée à la destruction, elle a été placée dans une chapelle que la piété des visiteurs convertit en chapelle ardente, surtout pendant la neuvaine annuelle de 3 au 12 janvier, où toutes les paroisses de la banlieue' s’y rendent processionnellement et la tapissent de leurs bannières.

L’église possède en outre trois des tableaux votifs offerts jadis par la Ville, à la suite des processions de la châsse (note K). Le plus beau est celui où Largillière, peignant son ami Santeul à côté de lui-même, a commis la faute de le vêtir de noir. Cette toile rappelle le vœu fait à la suite de deux années de famine (1694). Quant aux deux autres, l’une a été commandée à de Troy, le père, pour la cessation de l’affreux hiver de 1709; l’autre à de Troy, le fils, après une sécheresse menaçante pour les récoltes (1725 . Suivant l’usage adopté pour les peintures votives, les donateurs sont groupés sur le premier plan et au-dessus d’eux, dans une gloire, apparaissen t les puissances célestes invoquées par eux. L’intérêt en est donc moindre pour l’histoire de l’abbaye que pour celle de l’édilité parisienne, dont les membres ont posé pour les principales figures; celles de l’ex-voto de Largillière sont d’un maître du portrait. De Troy le père a du moins donné comme

Abbaye de Sainte-Geneviève. — Chapiteaux de la nef. {Statistique monumentale de Paris, par A. Lenoir.

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fond à sa composition le choeur de Sainte-Geneviève avec la décoration appropriée à la circonstance. Plusieurs fresques du Panthéon consacrées aux processions de la châsse, surtout celle où est représenté le miracle des Ardents, appartiennent à un ordre de conception tout différent et sont d’intéressants essais de reconstitution historique.

Saint-Germain des Prés. — L’église Saint-Germain des Prés avait certes moins de droits que Saint-Étienne-du-Mont sur Descartes qui reposa à quelques pas de cette dernière église, plus près encore de la Tour de Clovis, à une place qu'il ne serait peut-être pas impossible de déterminer et qui se trouverait probablement dans l’enceinte du Lycée. Les ossements du philosophe avaient été inhumés dans la nef de droite, tandis que son médaillon en terre cuite et deux épitaphes, l’une française, l'autre latine, se voyaient dans la nef de gauche. Pendant la Révolution, les cendres furent recueillies et, sur la proposition de Joseph Chénier, elles devaient être placées au Panthéon, mais on se contenta de les porter, avec le monument et les deux inscriptions, au Musée des Petits- Augustins. La Restauration s’en montra moins soigneuse que la République; les cendres trouvèrent bien un asile à Saint-Germain des Prés, dans la chapelle du Sacré-Cœur, à côté de celles des bénédictins Mabillon et Montfaucon, mais le médaillon et les inscriptions furent égarés. En 1855, M. de Guilhermy en reconnaissait une dans les caves du Louvre. L’Académie présida à la cérémonie de la translation; c’était la troisième pour la dépouille de Descartes; — et elle rédigea les inscriptions actuelles des trois tablettes de marbre noir scellées dans le mur de la chapelle (note L).

École des Beaux-Arts. — Le démembrement du monument de Descartes n’est pas le seul acte de vandalisme ou d’incurie qui ait été commis lorsqu’une ordonnance de Louis XVIII supprima le Musée des monuments français formé par Alexandre Lenoir et affecta les Petits- Augustins à l’École des Beaux-Arts; celle-ci, dédaignant plus d’un morceau dont elle se ferait honneur aujourd’hui, n’en expédia qu’un trop grand nombre aux chantiers de Saint-Denis où l’on en tira des pièces de rapport

ÀS-dAïI

Statue de sainte Geneviève, chapiteaux de la nef; plan du tombeau. ( Statistique monumentale de Paris, par A. I.enoir).

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pour restaurer les tombes endommagées, où même on en composa des monuments nouveaux; le mot de truquage n’existait pas encore, mais la chose était royalement pratiquée. Quelques débris de Sainte-Geneviève ont dù périr dans ce gaspillage. Du moins, 1 École des Beaux-Arts possède un morceau de premier ordre, « une tombe admirable, gravée en creux et présentant l'ef- « lîgie d’un chancelier de Notre-Dame de Noyon mort en 1350 » (de Guilhermy, p. 232). Elle garde aussi les chapiteaux des colonnes qui soutenaient la nef de l’abbatiale et qui, comme nous l’avons déjà dit, dataient du xie siècle. Exposés dans la seconde cour, ils représentent : la Création de la femme, le Péché originel, l’Expulsion du paradis, les Signes du Zodiaque; les figures sont d’un travail assez grossier, mais les feuillages et les rinceaux sont plus finement détaillés.

Le Louvre. — L’abbaye de Sainte -Geneviève est représentée dans les salles du Louvre réservées aux sculptures du Moyen Age et delà Renaissance par quelques morceaux très importants. Nous avons déjà dit que la châsse où étaient renfermées les reliques de sa patronne avait été détruite; c’était une pièce d’orfèvrerie exécutée en 1242 par un ouvrier très renommé, appelé Bonnard; chaque génération l’avait à l’envi enrichie de nouvelles pierreries; la Révolution l’envoya à la monnaie, les reliques furent brûlées sur la place de Grève; il était inutile de chercher à les sauver, mais les quatre statues de femmes plus grandes que nature, qui, sculptées en bois par Germain Pilon et placées sur des colonnes de marbre derrière le maître-autel, soutenaient la châsse, furent portées au Musée des Petits-Augustins, d’où elles passèrent au Louvre. Le Louvre a également reçu du même musée une Pietà, basrelief votif en pierre que Juste de Serres, évêque du Puy (mort en 1641), plaça en 1600 dans l’église de Sainte-Geneviève. — Parmi les sculptures du Moyen Age figure une pièce capitale pour l’histoire de la basilique, la sainte Geneviève de pierre (xiiic siècle ou fin du xne) qui décorait le trumeau de sa porte médiane. Elle a été retrouvée en 1844, sous le pavé de la rue Clovis où elle avait été enfouie parmi les décombres; elle était restée en dépôt jusqu’à ces dernières années dans la sacristie du Lycée; Le Louvre la ré-

Tombeaux

du cardinal de La Rochefoucauld et

de Descartes. ( Statistique monumentale de Paris , par A. Lenoir.)

TrMBïA de tissants

L’ABBAYE

clama, mais en lit exécuter des moulages, dont l’un a été placé dans la chapelle du collège, l’autre envoyé à Saint-Denis. La sainte, debout sous un dais, tient un livre et un cierge : un diable perché sur son épaule gauche, un ange placé sur son épaule droite, s’efforcent, l’un d’éteindre, l’autre de protéger le llamheau qui doit la guider dans ses pèlerinages nocturnes aux tombeaux des martyrs. Parmi les épaves provenant des chantiers de Saint-Denis (chapiteaux, pièces d’ornementation) il importe de signaler comme le plus vénérable de ces débris, celui qui porte le n° 1 et dont le Catalogue sommaire du Musée donne la description suivante : « Chapiteau de l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris « (marbre), taillé au xi° ou au xne siècle dans un chapiteau de « la basilique mérovingienne élevée par Clovis sous le vocable « des SS. Apôtres. La partie sculptée aux temps romans repré- « sente Daniel dans la fosse aux lions. La partie sculptée au « vie siècle reproduit la feuille d’acanthe familière à la décora- « tion architectonique de l’antiquité classique. » Voilà le seul fragment authentique du temple construit par Clovis et Clotilde!

Hospice d’Ivry. — C’est à Ivry qu’après plusieurs pérégrinations a été transporté le somptueux mausolée du cardinal de La Rochefoucauld, attribué sous la Restauration aux Incurables de la rue de Sèvres, dont le cardinal avait été le bienfaiteur, et qui suivit l’hospice, lors de sa translation à Ivry. Le prélat y est représenté à genoux, drapé dans les plis d’un ample manteau dont la queue est portée par un ange à demi nu (ou un amour, dit l’historien de Paris Le Maire). Saint-Foix, l’auteur des Essais historiques sur Paris, trouve qu’il eût été plus convenable de faire revêtir à ce singulier page la livrée du prélat, son maître. Malgré cette innocente plaisanterie , l’œuvre produit un grand effet et elle fait honneur au ciseau du sculpteur flamand Buyster. La tête offrit un beau modèle pour le buste qui fut commandé pour la nouvelle bibliothèque, où une inscription décerne au cardinal le titre de bienfaiteur. Ce n'est pas un médiocre honneur que d’avoir attaché son nom à deux créations durables : un hospice et une bibliothèque.

Musée de Cluny. — Au Musée de Cluny ont été déposées les

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plus intéressantes des épaves exhumées dans diverses fouilles : sarcophages, pierres tombales, inscriptions, etc.

En parcourant le Lycée, on peut reconnaître çà et là des débris de dalles utilisés comme vulgaires matériaux, mais qui sait combien d’objets dignes d’intérêt recèle encoi*e un sol tant de fois bouleversé et où ne se sont que trop souvent entassées des ruines? Pendant les vacances de 1867, il a suffi de creuser le terrain à quelques pieds de profondeur dans la Cour des classes pour y découvrir un vrai trésor. Des terrassiers, occupés à des travaux de canalisation, rencontrèrent sous leurs pioches une cachette pratiquée sur une sorte de marche à l'aide de quatre briques et d’où jaillirent des pièces d’or. On survint au moment où ils se partageaient ce butin qu’ils jugeaient de bonne prise et dont on les laissa emporter une partie ; il resta cependant sept cents pièces environ, dont les plus récentes dataient des empereurs romains Trajan et Caracalla. Elles furent vendues plus tard au prolit de la Ville, propriétaire du terrain, et de l’entrepreneur des travaux, à titre d’inventeur. Dans quelles circonstances, par quelles mains ce dépôt si longtemps gardé par le sol lui a-t-il été confié? C’est le secret d’un passé encore plus lointain, encore plus obscur que celui auquel nous avons dû remonter pour nous reporter jusqu’aux origines de l’abbaye.

Frédéric Soeunée,

Professeur honoraire au Lycée Henri IV.

NOTES

Note A, page 6.

Ces diverses reconstructions entraînaient l’abbaye dans des dépenses auxquelles elle ne pouvait faire face que par des aliénations de terrain. On sait, par exemple, qu’en 1261 elle n’était plus propriétaire dans le voisinage immédiat de la porte Saint-Marcel; la rue Descartes actuelle exista, sous un autre nom, dès cette époque, et elle est restée une triste servitude pour le Lycée avec toutes les fenêtres de ses arrière-façades qui prennent jour sur lui. Le Clos Sainte-Geneviève, sur lequel a été ouverte la rue neuve Sainte-Geneviève (rue Tournefort), fut considérablement entamé par des ventes successives. C’est à des besoins analogues, plutôt qu’à la libéralité des moines, que leurs serfs durent, vers la même époque, la possibilité de se racheter dans les villages de Choisy-le-Roi, de Creteil, de Nanterre, d’Espineuil, de Rongis, de Vanves, toutefois sans que la libération entraînât l’exemption de la taille, de la corvée, des droits d’aubaine, de moulin, de four, de pressoir banal, etc. Ce n’étaient pas là les seules propriétés des religieux dans la banlieue de Paris; on les rencontre à peu près partout; ils prétendaient tenir de Clovis leurs droits seigneuriaux sur Issy et une partie de Yaugirard. Lorsque Louis XIV voulut ajouter Trianon à son palais de Versailles, il les trouva propriétaires du petit village qui portait ce nom et qui était connu au xne siècle sous le nom latin de Triarnum ; le roi en acheta la terre et ses dépendances pour les enclore dans le grand parc, et fit détruire l’église et les maisons '(1663). Jusqu’à la Révolution, les Génovéfains gardèrent leur maison de campagne d’Auteuil dont le vignoble rivalisait avec les crus jadis en renom de Suresnes et d’Argenteuil et leur permettait d’offrir aux évêques des feuillettes très bien accueillies par ces prélats. Ils possédaient en outre, dans le voisinage de leur couvent, rue de la Santé, une maison dite « Maison de récréations ». Assez bizarre était le droit qu’ils se réser-

NOTES

vèrent à Vanves et qu’ils soutinrent obstinément devant les tribunaux, celui de déléguer un des leurs pour faire le cri, c’est-à-dire donner le signal de départ à la Fête de l’Epée. Tel était le nom d’une course à pied où seuls étaient admis les valets du bourg. Les coureurs partaient de la porte d’Enfer (ancienne place Saint-Michel, représentée à peu près par notre Place de Médicis). Le premier arrivé à Vanves recevait une épée de vingt sols. L’émulation était si vive qu’elle amena des conflits où le sang coula même plusieurs fois. Aussi, la suppression de ce sport dut-elle, par la suite, être prononcée. Les jeunes villageoises avaient également leur Fêle de la Rose, qui se célébrait le même jour (dimanche de la Trinité) et consistait dans le don d’une rose de trente sols à la « meschine » (servante) la plus sage.

Si nous passons de l’autre côté de Paris, à Rosny, l’abbé ne montre pas moins d’opiniâtreté à maintenir ses droits; les gens du bourg prétendaient être de simples vassaux, et, lui, voulait les traiter en serfs; Louis VII fut choisi comme juge en qualité de suzerain, parce que les abbés tenaient leur fief des rois à qui, chaque année, ils devaient six oies blanches; faute de preuves, le duel judiciaire fut ordonné; les vilains se rendirent bien dans la cour de Sainte-Geneviève convertie en champ clos pour le combat, mais quand ils virent les champions choisis par l’abbé Hugues, ils firent volte-face. Le roi, averti de leur retraite, en conclut que leur cause était mauvaise, puisque, selon lui, ils n’auraient pas reculé, s’ils s’étaient sentis forts de leur bon droit, et ils furent déclarés bien et dûment serfs (1 199).

Noie B, page 10.

La réforme ordonnée par Eugène III, événement de grande importance dans l’histoire de l’abbaye, fut signalée dans le livre des Évangiles de la maison par la note suivante :

Anno Domini 1148, ivit rex Ludovicus Jérusalem : Eodem anno, Ecclesia nostra de statu Canonicorum secularium ad Regularem ordinem est mutata, ope atque industria Sugerii, bonae memoriae, sancti Diouysii Abbatis : injuugente eidem Abbati Domino Eugenio Papa recordationis sanctae et illustri Francorum Rege Ludovieo snpradicto.

Le chapitre de Sainte-Geneviève, pris comme un chapitre modèle, eut avec le Danemark des relations intéressantes qui datent du jour où Absalon, évêque de Roeskild, désireux de fonder un couvent de chanoines réguliers, demanda à l’abbé de lui envoyer une colonie des siens; aussi voyons-nous sortir du couvent parisien un assez grand

NOTES

nombre de Danois; c’est saint Guillaume de Danemark, dont notre Bibliothèque Nationale conserve des lettres manuscrites ; c'est Étienne, évêque de Roeskild, devenu chancelier du royaume; plus tard, c’est un prince royal de Danemark, Waldemar, qui vient s’y retirer. Parmi les donateurs figurent Nicolas et Jean de Danemark, qui lèguent des manuscrits aux chanoines français (xme siècle).

Noie C, page 16.

L’épitaphe du cardinal de La Rochefoucauld est un résumé de ses titres et de sa vie :

Eminentissimo S. R. E. Cardinali Francisco

de la Rochefoucault antiqua et perillustri stirpe oriundo ; Doctrina, pietate

et omni virtutum genere celeberrimo, Primum Claromontano ; deinde Silvanectensi Episcopo; antiqaae i-eligionis et Ecclesiasticae dignitatis acerrimo defensori ; Rerum et consiliorum publicorum in Gallia quondam praesidi,

Et administratori integerrimo ;

Summo Galliarum Eleemosinario et optimo pauperum parenti ; Religiosorum ordinuni amantissiino Patrono

Regularis Cauonicorum Sancti Augustini disciplinae vindici et restitutori, Hujus domus Abbati Religiosissimo ac munificentissimo benefactori, Hoc superstitis et aeterni arnoris ac observantiae monimentiim tristi religione mœrentes posuerunt \Abbas

et canonici regulares hujus Ecclesiae.

Hic titulum Abbatiae quem ante ipsum nemo nisi istius domus Canonicus possederat huic eidem familiae restituit :

Ossa ejus in subterraneo specu sacelli inferioris jacent :

Obiit an. D. 1G45 die feb. 14. Ætatis 87.

GO

NOTES

François de La Rochefoucauld eut pour mère Fulvie Pic de la Mirandole, comtesse de Randan, une des femmes les plus distinguées du xvic siècle, fille de Galéas, prince de la Mirandole, et d’Hippolyte de Gonzague; elle fut appelée fort jeune avec ses deux sœurs à la cour de Catherine de Médicis. La plus jeune mourut sans être mariée; Fulvie et sa sœur Sylvie épousèrent les deux frères, de la maison de La Rochefoucauld ; Fulvie eut pour mari Charles de La Rochefoucauld, comte de Randan qui mourut, au siège de Rouen, de blessures reçues à celui de Bourges, et la laissa veuve à l’àge de vingt-deux ans. Sylvie fut accordée au Prince de Marcillac, comte de La Rochefoucauld, et mourut en donnant le jour à François IY, aïeul de François VI, l’auteur du livre des Maximes.

Le cardinal mourut dans la maison de Sainte-Geneviève, qu’il n'avait plus quittée; il avait quatre-vingt-sept ans; l’âge n’avait pas été sans affaiblir ses facultés; et, même antérieurement, il n’aurait pas toujours fait preuve d’une piété bien saine, s’il est vrai qu’il ait prêté la main, étant évêque de Clermont, aux excentricités religieuses de son frère Alexandre, prieur de Saint-Martin-en-Vallée. Celui-ci donna tête baissée dans les fourberies de Marthe Brossier, prétendue possédée, et s’avisa de l’utiliser comme argument irrécusable à l’appui de la présence réelle, puisque les démons, sous le pouvoir de qui elle se trouvait, pris de terreur, la secouaient d’horribles convulsions, dès qu’on approchait d’elle le Saint Sacrement. Le Prieur, mal inspiré, s’avisa d’aller l’exhiber à Rome, où le cardinal d’Ossat lui ménagea un si triste accueil qu’il en mourut de chagrin (voir Y Abrégé de Mézerai, à l’an 1599). La Rochefoucauld n’avait alors aucune relation avec Sainte-Geneviève, mais, de son côté, l’abbé Joseph Lefoulon faisait bon accueil à Marthe Brossier et même signait ses certificats de démoniaque.

Le tombeau de ce prélat genovéfain avec sa figure en bronze se voyait dans la chapelle du cloître; elle portait cette épitaphe :

Hic jacet

Hujus Ecclesiae canonicus, qui, an. Domini 1557.

in abbatem Dei gratia electus, ita sapienter vitam instituit, ut omnibus, duris licet temporibus, gratus carusque esset.

Cujus anima in pace quiescat Amen.

Obiit

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