‹ L'Ancienne Administration de la Principauté de MontbéliardChapitre 20 sur 46 · HOUR · texte numérisé non relu

HOUR

Le maître-bourgeois en chef remettait alors à chaque quartier, un sac contenant six boules d'ivoire, dont deux bleues et quatre jaunes. Les six mettaient alors un gant de peau et tiraient au sort par ordre d'ancienneté, (les chefs les premiers et les autres notables, suivant la date de leur élection au Magistrat ou au corps des dix-huit, ou suivant l'ancienneté de leur admission à la bourgeoisie ». Ceux qui tiraient une boule bleue étaient nommés membres du Conseil des dix-huit. Le reste de l'élection se passait comme l'avait décidé le réglement de 1700.

Mais tous ces louables efforts étaient inutiles ; rien n'y faisait et la pratique des brigues continuait. En 1759, le procureur général s'en plaignait en ces termes dans un rapport qu'il écrivait sur les gages des dix-huit (*) :

«Pendant toute l'année, on ne verra pas tant de bouchons ouverts que six semaines ou tout au plus un mois avant le jour des élections bourgeoises ; c'est la saison de la débauche, chacun s'empresse alors à exposer en vente le vin dont il veut se défaire, et chaque bourgeois a le droit de le débiter chez lui. Durant ces intervalles, c'est un concours perpétuel et journalier de beuveries dans ces nouvelles hôtelleries ; c'est là que s’assemblent les compétiteurs aux charges magistrales avec les sujets qu'ils savent portés à les favoriser; c’est où se forment les complots de la brigue, cimentés par les promesses des aspirants et par les délices des vins qu'ils prodiguent aux gens de la lie du peuple, pour en faire des créatures.

Pour ne pas dire plus, la moitié des bourgeois est occupée six semaines avant l'élection à dissiper une immense quantité de vins et de friandises aux grands frais des uns, à la perte du temps, du gain et le plus souvent de la santé des uns et des autres. »

Dans un autre rapport, il écrit encore (?) :

« Les boissons, les querelles, les batteries, les inimitiés, la gourmandise, l'ivrognerie qui sont les préludes ordinaires de ces élections, des serments faux ou légèrement prêtés n'ont pu qu'attirer sur ce point la plupart des fléaux, dont il a été souvent visité. Et si ces troubles alors continuaient, il est à craindre que la justice de Dieu ne déployât sa vengeance sur ses habilants. »

(4) Livre des Notaux.

(2) Archives Nationales, K. 2223,

AS TEE

Pour être certainement quelque peu exagéré, le rapport du procureur général comprend sans doute une grande part de vérité, il est certain que les élections ne se faisaient pas toujours d'une façon très régulière ; les procédés employés par les candidats aux fonctions municipales n'étaient pas des plus loyaux ; les faveurs avaient plus d'importance qu'elles n'auraient dû en avoir. Mais les élections bourgeoises avaient tout au moins le mérite d'être très démocratiques ; elles se faisaient en dehors de toute intervention du prince; tout le pouvoir de celui-ci se réduisait au serment de fidélité qu’il demandait aux nouveaux magistrats.

Nous avons vu que les nouveaux conseillers aussitôtélus, devaient procéder (au repartement » des charges particulières.

Composition du Magistrat. — Quelle était done la composition exacte du Conseil des Neuf? Il était présidé par le maître-bourgeois en chef, qui, au début, était celui dont le nom était sorti le premier lors des élections; plus tard, comme je l'ai déjà indiqué, il fut élu directement par ses collègues. Il présidait les réunions, dirigeait les débats; enfin, il avait la mission importante de régir le domaine de la ville; de concert avec le baumestre, il s'occupait des réparations à effectuer aux bâtiments et passait, à cet effet, des marchés avec les entrepreneurs sous réserve de l'approbation du Magistrat (1).

Au-dessous de lui se trouvait le conforteur, ou adjoint; il présidait les Neuf en l'absence du maître-bourgeois en chef et n'avait pas d'autres attributions particulières ; le troisième, appelé baumestre avait l'inspection des bâtiments ; le quatrième ou clere du papier était le secrétaire du corps municipal; le cinquième ou clerc des décharges avait d'importantes attribubutions financières, il contrôlait les recettes et les dépenses de la ville; le sixième ou taxeur de la boucherie était chargé de visiter les établissements vendant de la viande, et de faire appliquer les réglements les concernant; le septième ou taxeur du pain avait les boulangeries sous sa surveillance ; enfin les deux derniers étaient appelés les novices ; c'étaient ceux qui n'avaient jamais fait partie du Conseil des Neuf, ils n'avaient en consé-

(1) Livre des Notuux,

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