LE MARIAGE ET LE DIVORCE
dans les derniers temps, jusqu'au débordement le plus complet.
On discute si Tennoblissement du mariage par le sentiment et par la haute consécration morale des rapports entre les sexes est dû à l'influence chrétienne ou à Tinfluence germanique. 11 est historique que l'introduction du christianisme au milieu des païens, préparés d'ailleurs à le recevoir, eut pour effet d'enlever l'exagération à la sensualité, de rendre plus intimes le commerce conjugal et surtout la vie domestique ; mais avec lui apparurent aussi les pratiques ascétiques, et la cagoterie hypocrite ne tarda guère. Le solide esprit germanique eut besoin d'un long espace de temps et de l'appui de l'humanisme de l'antique pensée, avant d'être en état de se débarrasser, par la Réforme, au moins de l'ascétisme, bien qu'il n'ait pas encore échappé alors, par suite des fausses notions persistantes sur la sensualité, d'une manière totale à l'hypocrisie et à la cagoterie.
Le christianisme, trouva la monogamie presque dans toutes les contrées où il se propagea, notamment parmi les peuples germaniques ; et celle-ci se montra en face de la polygamie, à laquelle l'islamisme donna un nouvel essor, comme la forme supérieure, puisque, malgré maints efforts qui promettaient beaucoup, les populations polygames se virent en fin de compte confinées dans les degrés inférieurs de la civilisation. Les deux sexes ne peuvent s'élever à l'humanité que l'un par l'autre ; mais cette réciprocité exige une égalité qui, du reste, n'a pas encore été atteinte dans la monogamie, et est absolument impossible dans la polygamie. Celle-ci, d'ailleurs, est un insurmontable obs-
tacle à réducation morale des enfants. A cette possession de plusieurs femmes est attaché quelque chose de bestial; la base de toute véritable communauté humaine est toujours ce cercle sacré : le mari, l'épouse et l'enfant, l'Univers moral en petit, la présence immédiate du divin dans le monde humain.
En opposition à l'abus qui dominait de son temps chez les Juifs, en vertu duquel un mari pouvait répudier sa femme avec le plus complet arbitraire, Jésus, comme idéaliste, se jeta vers l'excès contraire, et, ne faisant une exception qu'à l'égard de l'adultère perpétré, il déclara le lien conjugal moralement indissoluble. Mais la question du divorce est un problème pratique si embrouillé, qu'il peut être résolu seulement après de nombreuses expériences, non par le seul sentiment, quelque noble soit-il, ou par une proposition générale. La différence des temps et des civilisations, que Jésus invoquait contre le divorce, fait également sentir son influence dans le cas contraire. A l'adultère, qui pouvait suffire comme motif de divorce dan» d(î8 temps et avec des rapports plus grossiers , sont venues s'ajouter, avec les progrès de la civilisation, une foule d'incx)mpatibilités plus subtiles, qui rendent tout aussi impossible que celle-là la continuation salutaire de la vie conjugale. Le problème du divorce n'est soluble que par un compromis. Il s'agit, d'un côté, d'éviter le caprice, de ne pas faire du mariage seulement le résultat d'un désir sensuel , d'une satisfaction esthétique , mais d'une volonté raisonnée, d'une obligation morale, surtout en considération des enfants , dont la présence ou la nonprésence modifient essentiellement la position de la ques-