RACES ET PEUPLES
tion ; mais , d'un autre côté , il s'agit aussi de ne pas rendre par trop difficile la rupture du lien, quand l'impossibilité d'une vie commune utile a été établie après une expérience et une épreuve suffisantes.
Après ces considérations sur l'éthique, il nous faut nous souvenir de la base réelle sur laquelle se déroulent tous ces rapports moraux.
En vertu d'une loi que nous voyons s'étendre à toute la nature, l'espèce humaine se divise en plusieurs branches, comme d'ailleurs elle se forme en races et en nations, selon les accidents de la surface terrestre et le cours de l'histoire. Les divisions n'ont pas été de tout temps ce qu'elles sont aujourd'hui : tantôt de petits groupes se sont fondus dans de grandes masses , tantôt de grandes masses se sont dissoutes en de petits groupes. Les espaces occupés se sont tout aussi peu maintenus dans les mêmes rapports : tantôt les races ont émigré dans de tout autres pays, tantôt elles ont au moins modifié leurs frontières respectives. Avec le temps, comme les mers, les montagnes, les déserts ou les steppes formaient des barrières persistantes et infranchies, les peuples ainsi séparés se constituèrent, chacun avec sa langue et ses mœurs particulières. Ces frontières, d'ailleurs, ne sont pas absolument fixes ; souvent elles ne sont pas dessinées partout d'une manière distincte ; il arrive ainsi , après que le§
masses prises en grand sontrentrées dans le repos, qu'en petit elles se pressent et se poussent, empiètent et se défendent.
L'histoire de tout ce qui nous a précédé consiste uniquement dans le développement intime de ces races, avec leurs chaos et leurs mélanges , dans l'assujettissement de l'une par l'autre, et enfin de plusieurs par une seule; plus tard, lors de la dissolution de ces grandes monarchies, dans la formation nouvelle d'Etats plus petits ; tout cela accompagné d'une transformation constante des mœurs et des constitutions, d'un accroissement des connaissances et de l'habileté, d'un raffinement de la culture et des sentiments, progrès qui furent bien souvent coupés, en partie par des reculs continus, en partie par des retours subits. Nous voyons ainsi l'horizôn de l'humanité s'étendre par degrés ; par les plus dures précisément et les plus violentes de ces transformations, les tentatives de monarchie universelle, nous voyons, à la vérité, beaucoup de bonheurs individuels détruits , mais aussi le progrès de l'espèce considérablement accéléré.
Dans le siècle précédent, personne ne fut peint sous des couleurs plus défavorables que le conquérant, par les portevoix de la culture intellectuelle et de la civilisation. Le poëte impie de la Pucelle et le poëte pieux de la Messiade rivalisaient pour exprimer leur horreur contre ces hommçs de sang ; et si le premier ne pardonnait pas même au grand Frédéric ses guerres de Silésie, l'autre oubliait totalement que, sans l'invasion du grand Alexandre en Asie, nous aurions difficilement possédé un christianisme. Depuis ce temps, une observation plus profonde de l'histoire nous a appris que c'est l'instinct évolutionnaire des peuples et de