LES INTERNATIONALISTES ET LES ULTRAMONT AINS
on Ta fait depuis longtemps, à ceux qui n'ont d'autre patrie que le Vatican, quelques contrées qu'ils habitent, l'Allemagne ou les pays latins, l'Angleterre ou l'Amérique. Ds ne veulent pas d'Etat national , parce qu'il limite leur autorité sacerdotale universelle ; comme les autres n'en veulent pas, parce qu'il est un obstacle au sectionnement de l'humanité en petites démocraties faiblement organisées et unies par des liens également faibles. Si les ultramontains , invoquant en apparence les droits de la liberté politique , travaillent en réalité à l'assujétissement de la pensée, les internationalistes, de leur côté, exaltant l'individu avec ses besoins et ses exigences matérielles, mettent en danger les intérêts supérieurs de l'intelligence. C'est seulement par sa constitution en nationalités que l'humanité peut espérer se rapprocher du terme de sa destinée ; celui qui méprise cette constitution , qui est sans piété pour le sentiment national, nous devons prononcer sur lui ces mots : hic niger est, qu'il porte la calotte noire ou le bonnet rouge.
En ce qui concerne les différentes formes de gouvernement, l'opinion qu'il faut regarder comme dominante parmi nous en Allemagne, c'est que la république est assurément la meilleure de toutes. Mais les circonstances et les rapports actuels des grands Etats européens ne la permettant pas encore, il nous faut, par conséquent, jusqu'à
nouvel ordre et pour un laps de temps qu'on ne peut déterminer, nous contenter de la forme monarchique, à charge de la rendre aussi supportable que possible. C'est là un progrès , en comparaison des tendances de l'opinion il y a vingt-quatre ans, où un parti nombreux considérait comme détruites les conditions de la monarchie et comptait pouvoir marcher tout droit à la république.
D'ailleurs, cette question : quelle est la meilleure forme de gouvernement? est toujours mal posée. Elle ressemble à celle-ci : quel est le meilleur vêtement? question qui ne peut être résolue en dehors des considérations de climat et de saison, d'une part ; des considérations d'âge, de sexe et de santé, d'autre part. Il n'y a pas de meilleure forme absolue de gouvernement, parce que la politique est toujours quelque chose de relatif. La république peut être excellente pour les Etats-Unis, dans les immenses espaces de l'Amérique , où nul ennemi ne menace du dehors , où nul parti ne menace du dedans ; pour la Suisse, au milieu de ses montagnes, et garantie, en outre, dans sa neutralité par l'intérêt propre des Etats voisins. Mais, par cela même, elle serait funeste pour l'Allemagne, enserrée entre la Russie , ambitieuse de s'étendre , et la France , qui a soif de revanche.
Si toutefois l'opinion voulait se rendre à peu près compte de la capacité réelle des différentes formes de gouvernement pour assurer la dignité, ou, afin de moins préjuger la question, pour assurer le développement et la destinée de l'homme, il s'en faut encore aujourd'hui que rien puisse être conclu en faveur de la république. Jusqu'à présent, l'histoire et l'expérience ne nous apprennent en aucune