MONARCHIE ET RÉPUBLIQUE
façon que dans les Etats républicains rhumanité se soit rapprochée plus rapidement et plus sûrement de sa destinée (c'est-à-dire de l'évolution harmonique de ses aptitudes et de ses facultés), que dans les États monarchiques. Les républiques de l'antiquité ne peuvent venir en considération , puisqu'en conservant l'esclavage , elles se constituaient plutôt en aristocraties fermées. Dans le moyen âge, elles n'apparaissent quecomme des petites communautés, des cités avec leurs territoires, et sinon avec un réel esclavage, du moins encore sous des formes essentiellement aristocratiques. A l'époque contemporaine, elles ne font que passer, comme on l'a vu principalement en France , avec le caractère de violentes crises politiques; elles n'offrent donc une constitution durable qu'en Amérique, dans de très-grandes proportions , et en Suisse , dans des proportions moindres.
Ces deux républiques, les seules solidement assises, présentent certes des avantages qui semblent leur appartenir en commun. Tout d'abord celui qui a valu à cette forme politique la faveur des foules : avec de moindres charges pour les citoyens, le meilleur état des finances. Puis la participation non plus seulement passive, mais active et influente, des citoyens au gouvernement. A cela vient s'ajouter un champ plus vaste que partout ailleurs pour la liberté individuelle. Mais le côté faible apparaît immédiatement. La porte est ouverte à l'anarchie politique, l'Etat est maintenu en fermentation perpétuelle et placé sur la pente dangereuse qui conduit presque irrésistiblement à une démocratie de moins en moins éclairée : dès lors, la plus détestable de toutes les formes gouvernementales.
Tandis que nous ne désespérons pas de voir introduire dans la monarchie la liberté individuelle et la participation des citoyens au gouvernement , autant au moins qu'elles sont compatibles avec la sécurité de l'Etat, nous n'apercevons pas, dans les deux républiques citées, la prospérité des hauts intérêts intellectuels que nous trouvons dans l'Allemagne et comparativement dans l'Angleterre monarchiques. Non pas qu'elles manquent d'écoles , d'établissements d'instruction supérieure ou inférieure, qui, pour la meilleure part, y sont bien installés et bien pourvus ; mais nous constatons l'absence de brillants résultats. Et cependant, en Suisse, les cantons qui donnent le ton sont allemands ; l'élément allemand domine également aux États- Unis, à côté de l'élément anglais ; et malgré cela, il s'en faut que l'art et la science aient atteint , dans ces deux contrées, le haut degré dont ils témoignent en Allemagne et en Angleterre. La Suisse n'a aucune littérature classique qui lui soit propre; sous ce rapport, elle est notre hôte, de même qu'elle pourvoit aux chaires d'enseignement de ses écoles supérieures , surtout au moyen de professeurs allemands ou formés en Allemagne. C'est aussi la condition de l'Amérique du Nord en face de la littérature anglaise, et quand les choses ne vont pas aussi loin, nous y voyons aussi bien la science que l'éducation placée avant tout «ur le terrain de l'exact et du pratique, de l'application et de l'utilité. En un mot, sous le rapport de la culture intellectuelle, ces deux républiques nous apparaissent, à nous autres Allemands, avec quelque chose d'un réalisme grossier et d'une froideur prosaïque ; transportés sur leur sol, il nous manque cette atmosphère plus délicate de la vie