LA NOBLESSE ET LA BOURGEOISIE
longuement et sûrement acquis, de l'autre sur la simplicité et rinstinct de l'économie. L'artisan, le marchand, le fonctionnaire , le savant ne reculaient pas devant un travail persévérant qui leur procurait un profit raisonnable, contents quand, après de longues années d'activité et d'épargne, ils étaient parvenus à élever et à pourvoir leurs enfants, et puis avec cela à mettre encore en réserve quelque petite chose, que ces derniers trouvaient après leur mort. Cette bonne vieille sorte de bourgeoisie a depuis bien longtemps déjà cessé de répondre aux désirs ou aux besoins. Les exemples de fortunes acquises rapidement et presque sans peine, par la voie de ce qu'on nomme la spéculation, et la vue du luxe qui y est attaché, ont provoqué parmi les membres de notre classe des convoitises malsaines. D'ailleurs, malgré toute l'économie possible, les bénéfices, tels qu'ils résultent de l'ancien mode d'action, suffisent de moins en moins aux besoins des familles bourgeoises. C'est à pein« si le métier nourrit encore son homme ; et par là une partie des patrons est obligée de s'élever jusqu'à l'usine, tandis que l'autre se voit contrainte de descendre au rôle d'ouvrier de fabrique. Le marchand , à qui ses afiaires, le rentier, à qui son capital rapporte trop peu, tentent la fortune dans des jeux de bourse. Le plus mal partagé est encore le fonctionnaire, dont le traitement, malgré toutes les améliorations, suffit de moins en moins à l'entretien convenable de sa famille. Ici une action serieuse est nécessaire de la part de l'Etat, dont la bonne administration serait compromise par l'abaissement de ses fonctionnaires ; mais ceux-ci eux-mêmes ont pour devoir de se renfermer, eu^; et les leurs, dans une digne simplicité
et de ne pas se laisser éblouir par les entraînements de la mode. Remonter le courant de l'époque ne serait ni raisonnable, ni même possible; il faut que chacun s'y conforme dans une juste mesure ; seulement nous ne devons pas nous laisser submerger par le torrent, nous ne devons pas perdre le sol ferme des principes qui nous ont soutenus jusqu'ici. Prêcher contre le luxe fut de tout temps une occupation stérile; mais ici Annibal se tient aux portes sous la forme d'une autre classe qui, après avoir été longtemps une auxiliaire de la nôtre, s'est constituée indépenpendante, et semble menacer d'une transformation violente tout l'ordre politique et social qui nous a régi jusqu'à ce jour.
Bien que ce soit à regret, il est inévitable de parler ici de ce qu'on nomme le quatrième ordre, parce qu'on touche à une des plaies vives de notre société. Et, comme on le sait, toute blessure ou toute maladie est d'autant plus difficile à traiter qu'elle a été plus aggravée par un traitement mal entendu. Et l'on ne contestera pas que ce soit là le cas de la question des travailleurs. Par elle-même, elle comporterait certainement un remède, si le patient voulait se laisser secourir, ou s'il voulait se secourir lui-même par une bonne méthode. Mais des charlatans, pour la plus grande partie venant de la France, leur ont fourré dans la tête toutes sortes de sornettes. On pouvait croire que la