LE QUATRIÈME ORDRE
tumeur socialiste qui, depuis des années, prenait en France de l'accroissement, serait totalement disparue dans les horreurs de la Commune de Paris; que les flammes de THôtel-de-Ville et des Tuileries auraient clairement montré à la société de tous les pays où peuvent conduire certains principes, et que les soutiens de ces principes en Allemagne devraient en être ou honteux ou découragés. Mais rien moins que cela. Dans les assemblées, dans les journaux, dans notre Reichstag lui-même, on s'enhardit à approuver, à vanter ce qui fait l'horreur de tout homme animé de civisme, et à montrer ainsi ce dont on serait capable dans des circonstances semblables. Par là ne se fait pas seulement jour l'envie traditionnelle contre la possession, mais encore la haine la plus grossière contre la science et l'art, désignés comme des éléments de luxe. Nous avons là les Huns et les Vandales de notre civilisation moderne, plus dangereux que les anciens, parce qu'ils ne nous vienneîit pas du dehors, mais habitent dans notre milieu propre.
Reconnaissons-le avant tout : d'un côté, on a fait beaucoup de fautes et on a commis beaucoup de négligences ; on a souvent exploité sans égards les forces humaines, et sans souci suffisant de la prospérité matérielle et morale des travailleurs. Là-dessus ont paru des hommes loyaux qui ont indiqué à ceux-ci des moyens de sortir par euxmêmes de leur situation précaire ; des fabricants, mus par une bonne pensée, sont venus à leur secours par la construction d'habitations, l'institution de pensions alimentaires, l'établissement d'assurances sur la santé et sur la vie ; puis déjà nous voyons dans les villes indus-
Irielles se former des sociétés populaires se donnant surtout pour but l'érection de cités ouvrières. Mais contre les vrais se sont élevés de faux prophètes, qui, comme c'est la coutume, ont rencontré plus de sympathie parmi la foule. Il est si facile de débiter quelques mots sonores, comme la guerre du capital et du travail, quelques plaisanteries et quelques injures contre une bourgeoisie exécrée , comme si c'était une classe fermée qui n'offrît pas toujours accès aux travailleurs intelligents et actifs; et ces accusations sont si peu souvent sérieusement approfondies ! Une société venue de l'étranger s'est fondée, qui ne se propose rien moins que le renversement de tous les rapports sociaux existants ; qui tisse sa trame dans tous les pays, excite nos travailleurs et transforme leurs associations de secours mutuels en une union organisée pour la résistance contre les patrons. Ces enrôlements de travailleurs, qui se renouvellent sans cesse de tous côtés et en particulier dans la capitale du nouvel empire allemand, sont un élément d'anarchie au milieu de l'Etat, de guerre pendant la paix, de conjuration se perpétuant au grand jour, et dont les progrès ininterrompus ne font pas honneur au gouvernement et à la législation, qui les regardent sans vouloir rien faire.
Il est vrai qu'on pourrait d'abord dire aux patrons : Aidez-vous vous-mêmes, vous en avez le pouvoir. Concluez des alliances tout comme les travailleurs ; opposez à leur refus de travailler pour votre prix, le refus de les faire travailler pour le leur : faites venir, en cas de nécessité, des puissances de production de l'étranger, et puis la résistance verra ce qu'elle pourra durer. Mais, d'un autre côté.