LA PEINE DE MORT
une portion du suffrage universel, c'est-à-dire qu'il accepte le rétablissement d'un cens, quoique modéré, et qu'il obtienne , en retour, du gouvernement cette dotation dont la nécessité se fait sentir de plus en plus.
Parmi les signes de la puissance qu'ont usurpée les mots sonores et la mode, je place, comme je l'ai déjà laissé entendre, l'agitation contre la peine de mort, que nous voyons se renouveler à toute occasion. Depuis longtemps on a adouci la peine de mort autant qu'on l'a rendue rare ; on lui a ôté tout ce qu'elle avait de cruel : on punit une foule de méfaits , et même de crimes , pour lesquels était jadis encourue la peine de mort , par un emprisonnement tantôt court, tantôt long. On pourrait la limiter encore davantage ; avant tout, accomplir l'exécution dans un endroit fermé , et l'infliger à celui qui a tué après préméditation. Mais l'abolir complètement, je tiens cela • pour un crime envers la société, et, dans une époque comme la nôtre, pour une folie.
Les idées qui ont pénétré une classe nombreuse et entreprenante de la société sont une couche fertile où peut se développer le crime. Celui qui considère la propriété d'autrui comme une usurpation, qui hait le propriétaire comme s'étant rendu coupable de cette usurpation et la perpétuant, celui-là pourra arriver à se reconnaître le droit, dans l'intérêt du nivellement, de lui enlever sa
propriété, et, dans le cas où il ne voudrait pas s'en dessaisir de bonne volonté, de lui prendre aussi sa vie. On n'a besoin que de jeter un coup d'œil sur les journaux ; toutes les semaines on trouve quelque cas de cette nature.
Je vais en citer un qui se présente dans des conditions particulièrement claires. Au mois d'août 1869, un fabricant de Fribourg se trouvait dans la paisible station de bains d'Antogast. Après une promenade qu'il avait faite seul, il ne revint pas et fut ensuite retrouvé dans la forêt , assassiné et volé. Peu de jours après , un homme fut arrêté dans un mauvais lieu de Strasbourg pour cause de désordre. On trouva sur lui la montre et la chaîne de la victime, déjà décrites dans le signalement. C'était un cordonnier du Wurtemberg, et il avoua avoir commis le crime en compagnie d'un autre. Ils s'étaient munis d'armes à Kehl et s'étaient rendus dans le Renchthal avec la ferme intention « d'assassiner et de voler le premier individu qu'ils rencontreraient et qui leur semblerait avoir de l'argent! » Avant leur victime, ils avaient d'abord rencontré deux personnes, une femme et un ecclésiastique, qu'ils avaient laissés passer, parce qu'elles n'avaient pas l'air de rien porter sur elles. L'autre criminel était disparu ; celui-ci fut condamné à mort par le tribunal, mais le grandduc de Bade lui fit grâce. J'ai toujours regardé le grand-duc Frédéric comme un excellent souverain, comme un vrai prince allemand, le seul qui, en entrant dans notre nouvel empire, n'eut pas à répéter avec l'Isabella de Schiller : « Obéissant à la force, non à mon propre mouvement. » — De tout temps j'ai voué à un tel prince mon plus profond respect, ma plus ardente affection ; mais je regrette cette