‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 120 sur 175 · LESSING · texte numérisé non relu

LESSING

On ne peut songer à apprécier la bonne fortune qui résulta pour le peuple allemand, de ce qu'un homme comme Lessing apparut à la naissance de sa littérature classique. C'est peu encore qu'il se soit montré universel : critique et poëte, archéologue et philosophe, dramaturge et théologien ; c'est peu qu'il ait trouvé dans tous les domaines des points de vue nouveaux, qu'il ait indiqué des voies nouvelles, qu'il ait sondé des couches profondes ; ce qui est glorieux en lui, c'est cette unité de l'écrivain et de l'homme, de l'esprit et du cœur.. Ses sentiments sont élevés à l'égal de ses pensées ; ses aspirations sont ardentes comme son style. C'est l'amour même de la vérité qui veille en sa personne au seuil de notre littérature.

Dans l'ensemble de ses œuvres, il y a, à la vérité, maintes choses, ou bien qui sont trop savantes pour le grand public, ou bien qui, écrites sous la pression des nécessités quotidiennes, sont vieillies avec les événements dti jour auxquels elles étaient consacrées; néanmoins, il n'est rien de plus erroné que cette opinion encore très-répandue, qu'en ce (jui concerne Lessing, il suffit de s'en tenir à ses drames. Au contraire, si nous en exceptons Nathan, bien que ses deux autres drames principaux soient des modèles et qu'ils aient fait époque, on n'a pas du tout le vrai Lessing si l'on ne connaît de lui que ces derniers. Et le Nathan luimême n'est entièrement compréhensible, dans son but et sa

signification, que par les écrits de polémique théologique dont il fut, pour ainsi dire, comme l'épanouissement final.

Mais combien de sources vives et limpides jaillissent de ses autres écrits de critique et de polémique ! Quel baume et quel stimulant pour le collégien qui, après avoir commencé à lire Horace avec son professeur, ferait connaissance avec le Vade mecum du pasteur Lange de Laublingen ! Comme nous apprenons à discerner la vraie et la fausse érudition avec ses Lettres archéologiques dirigées contre Hotz ! comme nos yeux se dessillent quand nous voyons les limites de l'art tracées dans leLaocoon avec une perspicacité et une profondeur merveilleuse ! Quelle lumière jaillit pour nous, de sa Dramaturgie, sur la nature de la tragédie, sur le faux classicisme du théâtre en France, sur la gigantesque grandeur de Shakespeare ! Comme nous retrouvons le bibliothécaire parmi ses trésors, en même temps que le champion de la liberté dans les Entretiens avec nos grands ancêtres, dans le Berengarius Turonensis, qui nous ramène insensiblement du terrain de la critique archéologique sur celui de la critique théologique !

C'est là aussi que nous pénétrons dans les profondeurs les plus intimes; auxquelles Lessing sut atteindre dans tout le cours de sa carrière. Les suppléments aux Fragments de Reimarus annoncent sans effroi, derrière la ruine de la lettre biblique, une religion de l'esprit qui en sera indépendante ; les écrits polémiques contre Goeze sont des modèles éternels du genre, sans ménagements pour l'adversaire , mais inspirés uniquement par l'amour de la vérité, dont le polémiste s'est constitué le prêtre, et non par un vain désir de gloriole littéraire, comme on le voit trop

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