GOETHE
souvent dans ces sortes d'écrits. Et quelles perles limpides et brillantes s'ajoutent à la chaîne de ces écrits de combat avec l'Éducation de l'humanité et le Testament de Jean! Le premier est une douce et tolérante lumière sur toute l'histoire religieuse; l'autre, malgré son cadre restreint, se tient comme valeur à côté de Nathan, par la grande beauté de la forme et la merveilleuse profondeur dé la pensée. Parler plus particulièrement de celui-ci semblerait superflu ; en effet, si toute religion devait avoir à son origine ses livres saints, le Nathan de Lessing serait le livre saint fondamental de la religion dont nous nous déclarons les adeptes, la religion -de l'humanité et de la moralité.
Il est difficile de commencer à parler de Goethe, parce qu'il est difficile de cesser d'en parler. A lui seul, il est un monde si riche et si varié, qu'aucun de nous ne peut espérer de l'épuiser dans son appréciation. Néanmoins, nous nous trouvons à son égard dans une situation plus favorable que la génération qui nous a précédés, parce que, en raison de l'éloignement plus grand, nous pouvons nous placer à un point de vue plus approprié. A l'époque de sa vie et aussi dans les premières années qui suivirent sa mort, tel ou tel de ses émules pouvait encore sembler également grand, sinon plus grand; de même que dans le voisinage d'un groupe de hautes montagnes, parfois une colline plus rapprochée de nous peut nous paraître comn^ç
tout aussi élevée et même davantage que la montagne principale. Maintenant, la distance entre nous et lui est assez considérable pour nous permettre de déterminer avec certitude combien le sommet même le plus grandiose, Schiller, malgré l'altitude où il parvient, est inférieur aux hauteurs que Goethe a atteintes. Il se présente à nous comme le mont immense qui domine tout notre horizon, et qui répand à travers nos plaines les sources et les torrents descendant de ses flancs. Les voix de l'envie et de l'ignorance, qui, il y a trente ans, s'efibrçaient encore de le rabaisser et de le repousser, ou se sont tues pu ne sont plus entendues. Nous tous Allemands, qui vivons aujourd'hui, même ceux qui n'auraient pas lu les œuvres de Goethe, s'ils participent pour le reste à la civilisation de notre temps, nous tous, nous sommes redevables à ce grand homme, médiatement ou immédiatement, d'une grande partie de ce que nous savons, de ce que nous possédons de meilleur.
Ses œuvres forment à elles seules une bibliothèque tellement complète, tellement remplie de la nourriture la plus saine et la plus forte, qu'on pourrait au besoin se passer de toute autre lecture, sans avoir pour cela de lacunes dans l'ensemble de ses connaissances. Chez lui, comme chez Lessing, il ne faut pas seulement considérer les écrits purement poétiques, les poëmes, les drames et les romans, mais aussi tout ce qu'il a produit en dehors de ce domaine. Si les productions poétiques de Goethe constituent un cercle immense, sa puissance intellectuelle surtout s'étend à des distances infinies. Connaissant tous les replis et toutes les profondeurs du cœur, il sonde eu-