‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 122 sur 175 · GOETHE LYRIQUE · texte numérisé non relu

GOETHE LYRIQUE

core les profondeurs et les couches des montagnes; fln observateur de la vie et des rapports humains, il cherche encore à pénétrer les lois de la lumière et des couleurs ; le créateur de tant de poésies si harmonieuses, d*un rhythme si pur, sait pressentir les voies que suivit la nature créatrice, lorsqu'elle développa sur notre terre tout l'édifice évolutionnaire de la vie organique. Et, à son tour, ce sentiment de la nature, de son inépuisable abondance de vie, de son développement qui s'accomplit dans le silence et selon des lois fixes, ce sentiment influe sur tout l'ensemble des œuvres de Goethe. Beaucoup de puissant et rien de violent; parmi toute cette diversité, nul désordre; dans toute cette profondeur, point d'obscurité.

Dans tous les genres poétiques, Goethe a produit de puissantes choses. Comme lyrique, il est peut-être le plus grand poëte de tous les temps. Il résulte, par conséquent, comme il le reçonnait lui-même, que ses poésies et avant tout celles du genre lyrique, animent d'une vive peinture les événements qu'il a vécus, mais qu'il sait transporter dans les hauteurs de la vie générale de l'humanité, del'idéal, de sorte que rien de terrestre ne subsiste plus, et que ses poëmes s'élèvent à nQ3 yeux comme de purs génies. Les chants d'amour de sa jeunesse sont l'expression si vraie de ce sentiment, qu'en même temps que nous y lisons l'histoire de sa propre vie aimante, nous croyons y lire

l'histoire de toutes les jeunes amours, telles qu'elles sont et doivent être. D'un autre côté, parmi les ballades, par exemple, celle du Chanteur semble tout entière sortie de la conception idéale des temps chevaleresques, et, en réalité, elle a pris naissance dans la situation personnelle du poëte. Le chanteur qui repousse la chaîne d'or que lui offre le roi, c'est Goethe lui-même, à qui la confiance de son duc a imposé le fardeau et les honneurs de la chancellerie, fonctions qu'à la vérité il a acceptées par dévouement au prince et au pays, et qu'il sait faire tourner à l'avantage de sa poésie, mais au milieu desquelles il aspire toujours à la vie libre du poëte, la seule réellement conforme à sa nature intime.

n ne m'est pas possible d'examiner ici une à une les poésies lyriques de Goethe, même les plus exquises; ni les chansons de société avec leurs vues sérieuses et leur charme puissant; ni les ballades qui, depuis la fugitive image de la nature dans le Pêcheur, depuis le Roi des Aulnes, inspiration des brumes du nord, s'élèvent jusqu'au grand art grec dans la Fiancée de Corinthe, jusqu'à l'éclat et la magnificence des couleurs méridionales dans le Dieu et la Bayadère; ni les hymnes : Ma Déesse, Bornes de l'humanité, etc., qui, à côté des pensées les plus hautes, témoignent du sentiment le plus délicat du rhythme de la langue allemande; ni les sages maximes, les chants d'amour du Divan, qui respirent toute l'ardeur orientale, et qui atteignent à la sublimité dans le merveilleux : Sous mille formes, etc. , où le poëte ravi transporte la bien-aimée dans l'immense infini ; ni les stances incomparables des deux dédicaces , des

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