‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 123 sur 175 · LES ŒUVRES DRAMATIQUES DE GOETHE · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES DRAMATIQUES DE GOETHE

poëmes et de Faust. Je ne puis non plus rappeler que par un mot rÉpigramme vénitienne, si attrayante et si variée, les Élégies, aussi bien la tendre et touchante Euphrosine, que l'exubérante Romaine , oùlepoëte, s'inspirantde la forme classique, a disputé la palme à Properce et à TibuUe, et les a vaincus sur leur propre terrain.

On a coutume d'en dire autant à 1 égard d'Euripide, en ce qui concerne l'Iphigénie , de Goethe ; ce qui est complètement vrai tant qu'on reste en dehors de l'élément dramatique du poëme. Comme Schiller, Euripide fut un talent dramatique réel. Après que quelques-uns l'eurent plusieurs fois tenté , Gervinus nous montre le premier qu'il n'en fut pas ainsi pour Goethe. Parmi ses pièces de théâtre, seul Clavigo, et en partie Egmont, ont une réelle action dramatique; sa construction irrégulière ne permit pas d'abord à Goetz de tenir la scène , et dans des remaniements ultérieurs, Goethe, qui ne sut plus retrouver la destination primitive, l'a déplorablement gâté : et ces pièces diverses, y compris la conception d'Egmont, appartiennent à la jeunesse du poëte. A Weimar commencèrent, pour se développer en Italie, ses tendances au style classique idéal, tendances qui n'auraient pas aidé à ses succès comme auteur dramatique. Car ce qu'il y avait d'empoignant dans ses premières pièces, disparut entièrement; et, s:ins cet élément, il n'y a, sur la scène, aucune action

possible. Considérés exclusivement comme poésies, Iphigénie, Tasso, la Fille naturelle, sont des œuvres d'art accomplies, de la plus haute valeur, sous le rapport de la noblesse des idées, de la pureté des sentiments, de la connaissance de l'homme, de la structure et de l'harmonie de la langue ; mais partout l'observation calme ou l'eflFusion lyrique dominent beaucoup trop pour qu'elles répondent à l'idée de véritables drames.

Quand Goetz , dans la première rédaction , portait pour titre : Histoire de Godefroi de Berlichingen , dramatisée, nous reconnaissons là la façon caractéristique dont Goethe se servait de la forme dramatique. Le dialogue, la représentation et les discours des personnages n'étaient pour lui que le moyen de donner aux objets plus de vivacité et de réalité. Il savait que ce but était obtenu par le drame, qui se précipite vers la conclusion dans une action pressée , et il tentait d'en réaliser les conditions. Mais il n'y venait point par sa propre nature, et dans ses poëmes ne donnait du drame que la forme extérieure.

Nulle part cela n'est plus apparent que dans son Faust, qui ne pourrait être exactement jugé d'après les règles dramatiques. Il est d'une poétique trop haute pour cette forme; il ne tient pas assez compte des conditions de temps, et est écrit d'un style trop divers pour les différentes parties (d'où naissent des dissonnances ; mais ici, comme dans les ruines du château de Heidelberg, l'harmonie du tout n'en souffre aucunement). Il est notre poëme allemand fondamental , issu des propriétés intimes de l'esprit germanique, la tentative la plus grandiose et la plus réussie de donner par la poésie le mot de l'énigme

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