‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 126 sur 175 · LES PARENTÉS ÉLECTIVES · texte numérisé non relu

LES PARENTÉS ÉLECTIVES

de cinquante ans, et avant tout le charmant Pas trop loin, plutôt que de poursuivre au delà de sa conclusion un roman déjà fini.

Comme pour Werther, Goethe, dans sa soixantième année, d'un seul jet, reproduisant encore une impression de son cœur, composa son dernier roman, les Parentés électives. Cette impression, on le sait, était une passion pour Minna Herzlieb, passion qui s'était allumée en lui un an après qu'il eut fait donner une tardive consécration ecclésiastique à sa liaison avec Christiane Vulpius, et qui, bien que vaillamment combattue et bientôt maîtrisée par une puissante volonté morale, avait laissé en lui une douleur profonde. De même qu'il avait exprimé son inclination dans une série de sonnets bien connus, aussi longtemps qu'il s'était abandonné à elle, joyeux et sans crainte ; de même il rassembla dans le cadre d'un roman tout ce qu'elle fit naître en lui de douloureux quand il la combattit, s'en délivrant ainsi d'une façon réellement artistique.

Les Parentés électives ont ceci de commun avec Werther, que, contrairement à Meister, un amour malheureux forme tout leur contenu ; mais dans la forme elles possèdent le caractère objectif et épique au même degré que Werther possédait le caractère subjectif et lyrique. Si la structure- de Wilhelm Meister avait quelque chose d'un labyrinthe, par suite non-seulement de l'abondance des

personnages et des situations, mais aussi des transformations qu'avait subies le plan pendant un si long travail toujours laissé et repris, les Parentés électives sont au contraire la clarté et la simplicité même, chaque partie se trouvant exactement proportionnée aux autres. L'exposition surtout — comme le premier souffle du vent qui s'élève dans le calme de l'air, d'abord zéphyr bienfaisant, puis qui grandit et devient la tempête violente, brisant tout ce qu'elle rencontre — l'exposition surtout est un morceau de maître, tel que Goethe lui-même ne nous en a pas laissé un second. Unique aussi est la langue des Parentés électives. Les principaux personnages du roman ont atteint le plus haut degré de la passion, et le poëte luimême ne dissimule pas sa profonde émotion, bien que son langage conserve le calme de l'épopée, et puise dans cette retenue , dans cette ardeur étouffée , de merveilleux effets. Entre la première et la seconde partie du roman se rencontre une différence ; c'est l'introduction dans celle-ci d'un élément nouveau, qui, dans ces années, remplissait l'air que respirait le poëte, l'élément romantique. La figure de l'architecte a été de tout temps sainement jugée et désignée avec raison comme très-fine ; mais elle nous introduit en même temps dans la région mystique des chapelles gothiques, des auréoles et des peintures qui ornent les vitraux ; et la conclusion du roman — l'indication du réveil futur des deux amants qui reposent l'un près de l'autre — est tout entière inspirée par ce côté des convictions du poëte et du lecteur contemporain.

Il n'est pas facile qu'un poëte soit plus mal récompensé d'une glorieuse création, que le nôtre ne le fut de ses Pa-

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