LE VOYAGE EN ITALIE
Tée dans une suite de lettres, nous met en présence de ses efforts constants, de ses progrès puissants et du bonheur qu'il puise dans le sentiment de ces progrès. Nous le quittons avec des notions bienfaisantes et une profonde sympathie, sans que cependant nous puissions nous empêcher de tomber dans l'étonnement, quand nous voyons un esprit si clairvoyant se laisser si longtemps abuser sur l'inanité de sa tentative pour se distinguer dans l'art plastique. La Campagne de France, où Goethe réunit ses notes quotidiennes sur l'expédition de 1792, où il accompagna son prince, fut peu goûtée et même calomniée. 11 aurait caché les graves bévues du quartier général, et attribué faussement les causes de l'échec aux mauvaises conditions météorologiques. Pour ceux qui savent entendre, le poëte a suffisamment indiqué qu'il ne connaissait que trop bien ces fautes. Mais ceux-là saisiront aussi qu'il ne devait pas convenir au confident du duc de bavarder comme un écolier, et n'éprouveront aucune difficulté à trouver le point de vue auquel il faut entendre ce petit écrit. Ce n'est ni de la stratégie, ni de l'histoire politique; c'est une fois encore de la poésie. La tâche du poëte est de peindre et l'existence et les sentiments des hommes ; par conséquent, lorsqu'il lui arrivera de participer à une campagne, il chercha à la bien saisir et à en faire une peinture vivante, et aussi bien des sentiments intimes des hommes pendant les vicissitudes de la lutte que de leur conduite extérieure, aussi bien des groupes qu'ils forment que des scènes auxquelles ils prennent part; et cela, il me semble, Goethe l'a fait avec une perfection qui serait le désespoir de ses imitateurs.
tion de ses premières œuvres, leur action sur le public et la réaction sur le jeune auteur : tout cela, Goethe nous Ta dépeint de telle sorte dans Poésie et Vérité, que le livre en acquiert dans toutes ses parties une importance capitale, et prend ainsi place bien au-dessus d'une autobiographie ordinaire. Quand nous voyons un individu qui, sous la protection de son génie,marche de progrès en progrès, devient maître de tous les obstacles, sort victorieux de toutes les complications et de tous les combats, unis à lui par une vive sympathie, nous nous sentons élevés audessus de nous-mêmes, nous sentons fortifiés en nous la foi à la puissance des nobles inspirations, à un monde disposé pour elles, le courage pour l'action constante et joyeuse, source de toute vertu comme de tout bonheur. On peut regretter que cette exposition soit close avec le départ de Goethe pour Weimar ; mais l'on conçoit facilement qu'il n'ait eu aucune envie de nous représenter, pour thème d'une telle étude, le reste dç son existence, qu'il passe tout entier dans cette ville ; et cette considération doit mettre des limites à nos regrets, qu'il nous a dépeint complètement l'époque de son enfance et de sa jeunesse, jusqu'aux débuts de son âge d'homme, c'est-à-dire entre toutes la plus importante pour le développement de l'individu. Tandis que dans ce qu'il appelait ses cahiers de notes quotidiennes, Goethe ne nous esquissa pour ainsi dire qu'au crayon sa vie à Weimar, surtout pour la seconde moitié , il nous laisse , au contraire , des relations plus détaillées sur différentes circonstances qu'il rencontre en dehors de cette ville. Ainsi les diverses péripéties du voyage en Italie, dont la première partie surtout, conser-