‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 129 sur 175 · LE VOYAGE EN ITALIE · texte numérisé non relu

LE VOYAGE EN ITALIE

vée dans une suite de lettres, nous met en présence de ses efforts constants, de ses progrès puissants et du bonheur qu'il puise dans le sentiment de ces progrès. Nous le quittons avec des notions bienfaisantes et une profonde sympathie, sans que cependant nous puissions nous empêcher de tomber dans l'étonnement, quand nous voyons un esprit si clairvoyant se laisser si longtemps abuser sur Tinanité de sa tentative pour se distinguer dans Tart plastique. La Campagne de France, où Goethe réunit ses notes quotidiennes sur l'expédition de 1792, où il accompagna son prince, fut peu goûtée et même calomniée. Il aurait caché les graves bévues du quartier général, et attribué faussement les causes de Téchec aux mauvaises conditions météorologiques. Pour ceux qui savent entendre, le poëte a suffisamment indiqué qu'il ne connaissait que trop bien ces fautes. Mais ceux-là saisiront aussi qu'il ne devait pas convenir au confident du duc de bavarder comme un écolier, et n'éprouveront aucune difficulté à trouver le point de vue auquel il faut entendre ce petit écrit. Ce n'est ni de la stratégie, ni de l'histoire politique ; c'est une fois encore de la poésie. La tâche du poëte est de peindre et l'existence et les sentiments des hommes ; par conséquent, lorsqu'il lui arrivera de participer à une campagne, il chercha à la bien saisir et à en faire une peinture vivante, et aussi bien des sentiments intimes des hommes pendant les vicissitudes de la lutte que de leur conduite extérieure, aussi bien des groupes qu'ils forment que des scènes auxquelles ils prennent part; et cela, il me semble, Goethe l'a fait avec une perfection qui serait le désespoir de ses imitateurs.

2îrt^ 50^ Gejua/« POÈTES.

Parmi «e« correspondances, Goethe a mis an jour la plu» nombnnjse, la plus importante, celle qu'il entretint avrfc Schiller, avec la conscience qu'il € offrait ainsi un dfm considérable aux Allemands, à Thumanité ellemême, p et il fallait la basse envie d'un Boeme, la haine d'un A,-W. Schlegel contre Schiller pour les em'pêcher de w* ranger avec joie et reconnaissance à ce jugement. A plus d'un égard la correspondance entre Goethe et Schiller est un de» plus précieux joyaux de notre trésor national. Elle nous fait pénétrer dans le cabinet de deux grands génies, qui ont au plus haut degré la vocation poétique, qui se communiquent leurs idées et leurs plans, se conseillent pour leurs travaux, se perfectionnent par leur intelligenœ réciproque, et parfois s'unissent dans une entreprise commune. Cela nous élève et nous rend meilleurs, do voir ces deux hommes s'occuper sans cesse des plus hautes questions, consacrer toute leur vie au service de l'art et do l'humanité, et traiter avec grandeur même les petites choses ot les détails professionnels. C'est pour nous un salutaire spectacle que celui de ces deux esprits, si osHontioIlomcnt autres, aux facultés si opposées sous maint rapport et ayant conscience parfaite de ce contraste, (^t (jui, s'étant rencontrés une fois après avoir vécu longt(>i!ipH d'une vie différonte, restent liés à tout jamais, savent 80 compléter Tuu l'autre par le contraste de leur na-

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