‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 131 sur 175 · SCHILLER ET GOETHE · texte numérisé non relu

SCHILLER ET GOETHE

ses facultés, et qu'il ne serait certes jamais parvenu à son niveau s'il n'avait pas apporte dans ce genre quelques talents et quelque habileté qui y sont étrangers , dans ce cas , il se fait réellement tort , et nous avons besoin de nous rappeler que cette déclaration date du temps de cette longue pause entre Don Carlos et Wallenstein, où Schiller s'était laissé entraîner en dehors de sa vocation réelle par des travaux historiques et philosophiques. Car ici, dans le domaine dramatique, le rapport se renverse de telle sorte que Goethe, même en y consacrant toute sa puissance, ne peut se mesurer avec Schiller. Plus tard, d'ailleurs, celui-ci le reconnut bien et le détermina exactement, quand il porta son jugement sur Tlphigénie, de Goethe, à qui il manque la sensualité, la vie, le mouvement et tout ce qui caractérise une œuvre vraiment dramatique ; mais qui possède , indépendamment de toute forme dramatique, de si hautes propriétés poétiques, qui est une production morale si élevée , que , considérée exclusivement comme une œuvre de poésie , elle reste inappréciable pour tous les temps.

Les compositions lyriques de Schiller ne doivent pas leur grande réputation, bien méritée d'ailleurs, au pur élément lyrique, mais à l'élément didactique, épigrammatique, comme à la forme intermédiaire de la ballade. Parmi ses chansons d'amour, celles de sa jeunesse sont emphatiques, celles qui suivirent, en petit nombre , sont pâles et sans grande signification ; ses chansons de société trouvent en partie, dans les pensées trop condensées, un obstacle à un mouvement rapide et léger. La pièce : A mes Amis lui parut plus tard manquée à lui-même, et il ne

voulut pas la comprendre dans l'ensemble de ses œuvres. Il suffit de la comparer au chant de Goethe à ses amis ; je veux dire : Je me sens saisi, je ne sais comment, etc., pour s'apercevoir de ce qui lui fait défaut. Les Dieux de la Grèce sont une élégie grandiose qui s'appuie sur l'histoire religieuse, une parole hardie et retentissante contre le christianisme, au nom de l'humanisme; mais combien Goethe n'a-t-il pas animé le même sujet d'une poésie plus vivante dans sa Fiancée de Corinthe !

Nos deux poëtes eurent ceci de commun, qu'après avoir pénétré dans la carrière avec éclat , il y eut chez tous les deux un temps d'arrêt et de recueillement, où, peu satisfaits de ce qu'ils avaient précédemment produit, ils s'efforcèrent de conquérir une forme plus pure. Mais quand Goethe, pour y parvenir, s'attachait à l'art classique, Schiller s'y préparait par la lecture des poëtes grecs, par l'étude de la philosophie, en particulier de celle de Kant, et se résignait à l'école. Nous sommes redevables à ces occupations de quelques-uns de ses meilleurs écrits en prose ; sa poésie elle-même y a perdu sa rudesse et sa violence primitive, mais aussi quelque chose de sa fraîcheur et de son naturel; et si au sortir de cet établissement il n'avait pas eu le bonheur de rencontrer Goethe, qui le ramena sur le domaine de la poésie, et même de la plus élevée, la cure aurait bien pu ne pas tourner à son avantage.

Dans le domaine lyrique elle porta certains fruits, que le poëte évaluait selon la mesure des efforts qu'ils lui avaient coûtés; évaluation que le lecteur a coutume de renverser dans le rapport de la peine qu'il doit dépenser pour comprendre une poésie. Combien Schiller ne s'imposa-

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