‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 132 sur 175 · SCHILLER LYRIQUE · texte numérisé non relu

SCHILLER LYRIQUE

t-il pas de travail autour de ce poëme : Les Artistes ! Et cependant nous aimons mieux chercher les pensées qui s'y rencontrent dans ses dissertations sur Testhétique ; tandis que pour ce qui concerne le poëme en lui-môme, nous nous rangeons entièrement au jugement de Wieland, qui se sentait incommodé par ce mélange de choses poétiquement vraies confondues avec d'autres d'une vérité réelle, aveuglé par la succession incessante des images et des allégories, et déclarait enfin ne pas reconnaître le tout comme un poëme proprement dit ; décision à laquelle Schiller lui-même donna raison, en hésitant à placer dans l'ensemble de ses œuvres ce poëme laborieux. Le poëte voulait que l'Empire des ombres, qu'il nomma plus tard l'Idéal de la vie, fût lu par ses amis dans le recueillement du silence, et il le considérait comme son œuvre lyrique maîtresse; mais quand nous voulons retrouver en Schiller le lyrique, quand surtout nous voulons nous assurer de son talent poétique, nous prenons plutôt un morceau comme la Division de la terre, qu'il appelait une farce ; comme la Plainte mortelle de Nadowess, à quiKoerner, dans toute occasion son juge perspicace, ne voulait accorder son suffrage qu'à la grande rigueur; comme l'Idéal, dont, à part le poëte lui-même, Goethe fut seul à reconnaître la valeur ; comme le Désir, dont le caractère vraiment lyrique se révèle par la recherche qu'en a fait de tout temps la musique.

Comme couronnement de toutes les productions lyriques. de Schiller, il nous reste à considérer la Cloche, image savante de la vie humaine dans ses conditions diverses, poëme dont la lecture provoquait si bien le rire de la bande romantique assise à la table à thé de madame Caroline

de Schlegel, qu'ils manquaient choir de leurs chaises ; mais dont les hommes sérieux et sains sont encore aujourd'hui touchés et émus, tandis qu'on ne prend plus même la peine de rire sur ces rieurs, ni de lever les épaules à leurs folies ou leurs méchancetés. En même temps ce poëme, comme peuirêtre nul autre, porte le sceau du génie de Schiller. Goethe n'aurait pu composer la Cloche, pas plus que Schiller ne l'aurait fait de Hermann et Dorothée. Une abondance de pensées et de vérités morales distingue aussi ces poëmes au rhythme élégiaque, empreints pour une grande partie de maximes ineffaçables : La Promenade, et différentes épigrammes; et à propos des Xénies, où ils ont travaillé de concert, Goethe lui-même a reconnu que, dans ce dernier genre, Schiller lui était supérieur à manier l'aiguillon.

Les ballades de Schiller se présentent pleines d'éclat et de puissance. C'est un genre où, depuis quatre-vingt-dix ans, la lutte est ouverte entre les deux poètes amis. On a coutume de désigner la ballade commme un poëme épique et lyrique; mais en elle l'épopée n'est qu'une nouvelle, un événement extraordinaire, mais unique, dont le récit demande à être énergique et par conséquent offre place au talent dramatique. C'est ce qui explique la prédilection de Schiller pour la ballade et les succès qu'il y a obtenus ; et en même temps, en raison de sa manière pathétique et

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