LES DRAMES DE SCHILLER
force tragique poignante (mais il faut la voir sur la scène). Nulle part mieux que dans cette œuvre de jeunesse, où la théorie fait peu sentir encore son influence, on ne reconnaît que le talent dramatique est dans la nature même de Schiller. Puis il y a là un événement de l'histoire allemande aussi important en soi et non moins bien dépeint que dans Wallenstein. En considérant les personnages à part, le musicien Miller est une création inappréciable dans le meilleur esprit allemand ou pour mieux dire souabe, comme le poëte n'en a plus réussi de semblable , et même comme il n'a plus tenté d'en peindre.
Parmi les autres drames de Schiller, Fiesque est faible, les Brigands est hardi; mais encore d'un caractère juvénile. L'on s'étonne comment le poëte a pu se mûrir aussi rapidement dans les trois années qui séparent ce drame de Cabale et Amour.
J'ai toujours eu la plus haute estime pour Don Carlos, cette pièce d'une période de transformation à son début, Si elle satisfait peu comme ensemble, elle est si noble et si attachante dans ses détails ! Posa est, comme on l'a dit avec raison, le précurseur de l'assemblée constituante française ; et si Schiller lui a placé dans la bouche ses aspirations de liberté politique, il a retracé dans Carlos sa soif d'amitié et ses tendances à l'amour idéaliste.
Pour les morceaux de la période classique, qui s'ouvre par Wallenstein, le poëte, fatigué par cette trilogie, s'est manifestement trop départi de ce long et pénible travail qu'elle lui avait coûté. Marie Stuart n'épuise pas à beaucoup près l'élément tragique de la situation historique. Nqus (levons en effet regretter qu'un poëte doué de sens
historique et politique, tel que Tétait Schiller, ait si peu saisi un caractère politique comme Elisabeth, un homme d'État comme Burleigh. Et sa Marie est une Madeleine, — mais les Durers doivent laisser aux Corréges le soin de peindre des Madeleines. Au reste, qui à côté de cela ne serait pas ému par la scène lyrique du jardin ? et je prends aussi sous ma protection la dispute des deux reines contre le reproche possible de trop d'acerbité.
Schiller ne réussissait à peindre les femmes que par exception et seulement dans les rôles secondaires ; et ce fut de sa part une méprise lorsqu'il tenta de faire d'un être féminin la principale figure d'un drame. Sa Pucelle d'Orléans, pour qui nous nous sommes tous engoués dans notre jeunesse, ne satisfait pas un goût plus mûri. Beaucoup trop peu de naïveté et beaucoup trop de rhétorique. La figure historique de Jeanne est bien plus intéressante, plus poétique que celle du drame. Le rôle, par son emphase déclamatoire, est devenu une véritable embûche pour nos actrices. L'idée d'arrêter l'essor et la destinée de la nature féminine dans notre héroïne, par la faiblesse la plus féminine, de faire tomber l'amour céleste dans le piège de l'amour terrestre, est excellente in abstracto ; mais l'exécution en est tellement manquée qu'elle tombe sous le coup de l'épigramme de Platen , quand il parle de cette « vierge inspirée qui devient amoureuse du lord anglais avec une rapidité effrayante ». Le dénoûment de la tragédie s'éloigne de la vérité historique, hors des limites du permis. Quand l'horrible réalité est si notoire, la scène de transfiguration sur le théâtre apparaît comme une plaisanterie. Mais, objectera-t-on, on ne pouvait cependant