LE FIGARO. — DON JCAN. — LA FLUTE ENCHAXTÉK
C'est avec raison qu'Ulibischeff considère le premier, quoique déjà Idoménée et encore plus rEnlèvement fussent des œuvres maîtresses, comme Topera qui fît réellement de Mozart un maître. Car là toutes les difficultés du sujet furent pleinement vaincues. L'intrigue française de Beaumarchais, tout entière calculée par la raison et pour la raison, tout imprégnée d'animosité sociale et dominée par une tendance politique, cette intrigue, malgré les couplets semés au travers, était aussi loin que possible de la musique. Les personnages n'éveillaient, à proprement parler, aucun intérêt véritable, et la vertu elle-même du couple bourgeois, destiné à s'élever au-dessus des classes supérieures, était bien fanée. Comme Ponte était certainement un librettiste habile, il fit ce qu'il put pour procurer à la pièce des situations musicales. Néanmoins les personnages ne sortaient pas assez de l'ordinaire. Mais Mozart ne pouvait toucher aucun texte sans l'ennoblir, aucun caractère sans lui insuffler une âme meilleure. Les interprètes ne devaient pas seulement chanter ses rôles d'après la notation, ils devaient les jouer; mais ces rôles sont généralement joués d'après les indications du texte, et restent alors bien au-dessous des intentions de Mozart. Si l'on parcourt le Figaro page par page, on trouve chacune d'elles également parfaite; et si l'on éprouve plus d'attrait pour l'une que pour l'autre, l'admiration à l'égard du maître ne se dément jamais. L'ouverture est également parfaite. On n'y rencontre l'écho d'aucune mélodie de l'opéra, et néanmoins elle nous annonce exactement ce que nous devons attendre ; la gaieté de son jeu, qui s'infléchit et se relève capricieusement, nous annonçai le comique de l'intrigue.
328 NOS GRANDS ' CIENS.
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Selon l'opinion commune, du Don Juan à la Flûte enchantée il faut descendre de plusieurs degrés ; et comment serait-il possible, dit-on, après une telle œuvre, qui ne peut être dépassée, de faire autre chose que descendre? D'après ma conviction, depuis Figaro jusqu'à la Fliite enchantée (abstraction faite ici de Cosi fan tutte et Titus), il h'y a ni à monter ni à descendre , mais à se tenir sur les mêmes hauteurs. Pour la symétrie du travail, l'égale perfection des parties, la grâce répandue par toute l'œuvre,
La donnée de Don Juan était sans comparaison plus favorable pour la musique; mais si elle offrait à Tart moins de difficultés à vaincre, elle soumettait au contraire le génie à une épreuve décisive. On n'a pas sans raison désigné Don Juan comme le Faust de la musique. Ici, le moi, qui, à l'origine mù par une noble aspiration, veut franchir les bornes de la connaissance humaine, et qui franchit les bornes de la morale en amenant de terribles malheurs; là, l'individu, qui, suivant sans mesure des instincts les meilleurs en soi, brave d'abord les mœurs humaines, puis la conscience et l'ordre moral du monde : sujets qui s'attaquent aux limites de l'humanité, de l'infini, qui ne pouvaient par conséquent être mis en œuvre que par un génie dont les facultés touchent à ces limites. C'est ce qui l'a été d'une part par Mozart, de l'autre par Goethe; et c'est un triomphe de l'art moderne et de l'art allemand que ces deux thèmes aient tous deux été développés à une époque récente, et tous deux par deux Allemands d'une égale grandeur. Mais il y a eu déjà tant de choses écrites, et pour une partie excellentes, sur le Don Juan de Mozart, que je ne veux pas ici m'étendre davantage.
Selon l'opinion commune, du Don Juan à la Flûte enchantée il faut descendre de plusieurs degrés ; et comment serait-il possible, dit-on, après une telle œuvre, qui ne peut être dépassée, de faire autre chose que descendre? D'après ma conviction, depuis Figaro jusqu'à la Fliite enchantée (abstraction faite ici de Cosi fan tiitte et Titus), il n'y a ni à monter ni à descendre , mais à se tenir sur les mêmes hauteurs. Pour la symétrie du travail, l'égale perfection des parties, la grâce répandue par toute l'œuvre,