‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 141 sur 175 · LE FIGARO. — DON JUAN. — LA FLUTE ENCHANTÉE · texte numérisé non relu

LE FIGARO. — DON JUAN. — LA FLUTE ENCHANTÉE

rien n*est au-dessus de Figaro. Pour l'abondance de la vie, la variété des sensations, la puissance de la passion, la noblesse de Tidée, Don Juan ne peut pas être dépassé. Hélas! que va-t-il donc rester pour la malheureuse Flûte enchantée ? Ne sait-on pas que Mozart ne Ta composée que pour plaire à son folâtre frère, Schikaneder, Tauteur du livret dont on a tant ri, et l'admiration ne se partage-t-elle pas dans Ulibischeff lui-même tellement, qu'il distingue ces scènes où nous retrouvons Mozart tout entier, des parties de l'opéra qu'il doit avoir écrites selon l'esprit de son frère ? Mais son fil providentiel n'est pas rompu pour cela ; et Ulibischeff voit dans la manière d'être de ce livret une action spéciale de la Providence. Celle-ci a présenté cette fois à son élu un texte aussi misérable, une intrigue aussi vide de sens, d'où il n'est pas même possible d'extraire une ouverture, afin de l'obliger à la production d'une ouverture qui, unique en sa nature, repose sur elle-même au moyen d'un thème de fugues. Mais, chose étonnante, d'où cette ouverture a-t-elle donc tiré ses trois coups de trompette, sinon des trois prêtres de l'opéra? Et quel est donc ce jeu pétillant de notes cristallines dans ces fugues, sinon la danse de ces génies qui se présentent ensuite à nous dans l'opéra avec des. chants célestes? Tout ce qu'on dit des défauts du livret de la Flûte enchantée est un verbiage ressassé que tous répètent l'un après l'autre. Et ce n'est rien moins qu'Hegel qui a montré, depuis longtemps déjà, que c'était plutôt un très-bon livret d'opéra. Le dur viennois du langage ne troubla pas Mozart, et l'introduction de l'élément moresque émut en lui les cordes les plus profondes. Au reste, le texte nous place sur le terrain du

conte; non pas, il est vrai, fourni par la tradition, mais composé de toutes pièces et rappelant néanmoins la parole du poëte, qu'un sens élevé se cache souvent sous des jeux enfantins. L'empire de la reine de la nuit fait clairement penser à celui de la superstition, contre lequel Sarastro avec ses prêtres représente l'empire de la raison. Entre les deux se meut la commune humanité, calme, mais simple, dupée d un côté et destinée à trouver de l'autre la vérité et le bonheur. Chacun de ces trois empires a son expression musicale correspondante, expressions qui se rehaussent l'une par l'autre. Le jeu enfantin et léger du monde de Pan contraste avec la sombre passion de l'empire

de la nuit, aussi puissamment qu'avec la noble sagesse des initiés, à côté de laquelle il forme l'indispensable folie. Mais de cet empire de lumière rayonne dans les chœurs de ses prêtres, dans les chants de ses génies, dans les récits de Sarastro, dans ses duos et ses trios, une clarté douce et tranquille, qui nous ouvre en effet le ciel. Il n'est aucune autre œuvre de Mozart lui-même, dont on emporte une félicité égale à celle que procure une bonne représentation de la Flûte enchantée; et, à mon sens, c'est là l'avantage qui la distingue de ses concurrentes.

Si Mozart avait reçu l'opéra des mains de Gluck, il reçut de Haydn la musique d'orchestre et de salon, élevant celle-ci çommç il avait élevé celui-là à la mesure de son

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