LES SYMPHONIES DE BEETHOVEN
On sait que le nombre des symphonies de Beethoven est égal à celui des muses. Si nous les classons d'après leur ordre d'apparition, il est remarquable que nous y découvrons comme une loi de progrès. Et même pour deux symphonies qui se suivent, si Ton rencontre en la seconde un perfectionnement sur la première, le caractère général est cependant resté identique , et ainsi de deux en deux. Mais, à la troisième, Beethoven se sent poussé à rompre le cercle et à tenter une aventure. Les deux premières, en ut majeur et en ré majeur, unissent, aux propriétés du jeune maître qui se développe, la mesure et la grâce de son prédécesseur; mais la troisième est l'Héroïque. Avec la quatrième, en si bémol majeur, il vient dans les sentiers battus; et il continue dans la cinquième cette magnifique symphonie en ut mineur. Mais ensuite vient comme sixième la Pastorale. Et de même encore après la septième, cette puissante symphonie en la majeur, après la huitième, en fa majeur, vient la neuvième, la fameuse symphonie avec chœurs.
L'Héroïque et plus encore la Pastorale sont connues sous le nom de symphonies-programmes, et si nous voulions en croire les nouveaux théoriciens, entre autres le biographe de Beethoven, Marx, le progrès que celui-là a apporté pour le développement de la musique consisterait avant tout en ceci, qu'il est le créateur de la symphonie-
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programme. En vérité, si Beethoven n'avait pas rendu d'autres services à la musique, il aurait bien mal mérité d'elle; car il a donné par là un fâcheux exemple. Un compositeur qui pour une symphonie, surtout pour un morceau de musique instrumentale ne s'appuyant pas immédiatement sur un t^xte, comme l'ouverture d'un opéra ou d'un drame, un compositeur qui prend pour base un objet déterminé se prive de l'avantage de ce genre de musique, sans pouvoir y trouver de compensation. La musique vocale compte avec des nombres concrets, la musique instrumentale avec des nombres abstraits, sans objet précis, mais qui peuvent s'appliquer à tous les objets. Ce fait qu'elle ne s'appuie pas sur des paroles, cette indétermination est la cause de son infini. Elle nous ouvre une perspective immense, et quiconque lui impose un programme, couvre cette grande vue d'un rideau grossièrement peint.
Dans l'Héroïque, Beethoven veut peindre la vie d'un héros, et dans la Pastorale, une journée à la campagne. Mais pour faire naître l'idée précise d'une vie héroïque, il faut des paroles, une action, par conséquent l'opéra ou au moins l'oratorio ; et il n'en est pas autrement pour la vie rustique. Sans doute une symphonie peut, sans paroles, représenter des sensations ou des dispositions héroïques ; mais il y règne toujours l'indétermination, et l'on ignore s'il s'agit d'héroïsme extérieur ou intérieur, de combats dans la lice ou dans les profondeurs du cœur humain. Beethoven lui-même a placé dans le finale de sa symphonie en ut mineur un cri de victoire comme son Eroica n'en contient aucun, et qui produit d'autant plus d'effet que nous pouvons l'interpréter comme nous voulons. Les pasteurs wurtembergeois avaient