LA PASTORALE
de mon temps pour passer du sermon au Pater noster cette formule : « Que chacun y joigne ce qu'il a dans le cœur et dans la conscience, et prie au nom de Jésus. » Cette formule me revient en mémoire chaque fois qu'il est question de la musique instrumentale, et en particulier de la symphonie. Beethoven s'égayait sur les peintures de la Création de Ha^dn^ et dans sa Pastorale il en tenta de semblables. A la vérité, il les nomma dans le programme, pour la tranquillité de sa conscience, «plutôt l'expression du sentiment que la peinture » ; cependant nous entendons les imitations du rossignol, de la caille, du coucou ; et combien ils nous disent moins que ceux du papa Haydn ! Quand ce dernier s'accorde une bonne journée avec son jeune peuple, il n'est pas porté la moindre atteinte à sa dignité si un petit-fils joyeux le saisit par son toupet; mais comme un tel jeu d'enfant sied mal au sérieux et chagrin Beethoven! Et l'orage! — Qui déchaîne la tempête à l'égal d'une passion? demande le poëte. — Il faudrait dire de la symphonie en particulier que chez elle la tempête doit se déchaîner comme une passion; c'est-à-dire qu'elle doit laisser indécis si l'on a affaire à une tempête extérieure ou intérieure. Dans la Pastorale, au contraire, la tempête n'a absolument rien à faire avec la passion; seulement elle interrompt... une danse de paysans, ce qui est par trop mesquin pour une tempête si excellemment déchaînée; et par ce voile jeté sur la perspective, par cette subordination à un sujet volontairement trivial, cette Pastorale, malgré toute l'abondance de l'harmonie, toutes les beautés particulières, est (pour m'exprimer avec la réserve qui convient), entre les symphonies de Beethoven, la moins spirituelle.
La neuvième symphonie est, comme de juste, la favorite du goût d'une époque qui, dans Fart, surtout dans la musique, estime ce qui est baroque comme un trait de génie, ce qui n'a pas de forme comme une preuve de grandeur. Mais un sévère critique,. Gervinus (dans son écrit sur Haendel et Shakespeare) lui aussi, l'appelle la bienvenue; non pas, il est vrai, comme étant une bonne œuvre d'art, mais le propre aveu de la musique instrumentale qu'elle n'est rien par elle-même, et qu'elle a besoin de la parole et de la voix humaine. Ce qui, pour Gervinus, confirme sa doctrine, que la mettre à part comme une branche d'art indépendante, fut une erreur. J'ai exposé à un autre endroit que la musique instrumentale peut très -bien accomplir seule la tâche qui lui incombe, et que si l'on trouve nécessaire de venir à son secours, dans la symphonie, au moyen de la voix humaine, cela vient de ce qu'on a voulu trop exiger d'elle.
Bien éloigné par conséquent de chercher le mérite de Beethoven pour la symphonie dans ces productions énigmatiques, nous le trouverons plutôt dans ces symphonies où (en fortifiant l'orchestre, en rendant indépendants les groupes d'instruments, en prolongeant les membres de phrases, en développant la dialectique des pensées et en vivifiant les sensations) il a, il est vrai, agrandi la forme et le mode de composition employés jusque-là, mais sans les briser ni les détruire. Ce sont surtout celle eh ut mineur et celle en la majeur où nous reconnaissons toute la puissance titanique de Beethoven. Et comme entre les trois symphonies de Mozart, entre ces dernières, à côté desquelles il faut encore placer la musique de l'Egmont de