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LA NEUVIÈME SYMPHONIE

Goethe, nous ne saurons pas décider à laquelle nous accorderons notre préférence. Si, dans la symphonie en ut mineur, le finale triomphant est unique en son genre, dans celle en la majeur, le mystérieux allegretto, le second motif, ne le sont pas moins ; tandis que dans la musique d'Egmont, l'amour de Beethoven pour la liberté politique trouve une irrésistible expression.

Beethoven déclara que jamais il n'aurait été capable de composer rien de semblable à Figaro ou à Don Juan. La vie ne lui avait pas assez souri, pour qu'il pût la regarder aussi gaiement et prendre aussi facilement son parti des faiblesses des hommes. Son domaine était le coté sombre, non pas tant de la nature humaine, que du sort et des destinées de l'homme. « Toute la misère de l'humanité m'empoigne, » se dit-on, lorsqu'on entend le chœur des chanteurs de son Fidelio. C'est un effet de nuit comme ni Mozart ni Gluck n'auraient jamais pu nous le représenter, et dans lequel nous possédons un des joyaux de notre musique d'opéra. Neuf années passèrent avant que cet opéra ne fût transporté de sa première forme dans la forme actuelle, et il ne fut pas composé pour lui moins de quatre ouvertures. Et comme d'ailleurs il en resta à cet unique opéra, nous reconnaissons suffisamment, par ces circonstances, que Beethoven n'a pas travaillé ici dans le champ propre de son talent. Mais quelle œuvre splendide il nous a laissée !

Dans quel océan d'harmonie ne nage-t-on pas ici, ainsi que dans un opéra de Mozart ! mais comme on sent tout autour de soi retentir le tumulte des courants ! Et Ton abandonne la maison remuée jusque dans ses fondements ; dans aucun opéra l'effet éthique ne se lie aussi intimement à l'effet musical.

Nulle part ailleurs que dans leurs quatuors la comparaison ne rapproche plus l'un de l'autre les trois compositeurs dont il vient d'être question, Haydn, Mozart, Beethoven. On ne peut sans inconvénient exécuter, dans une concert, plus d'une symphonie; les morceaux de piano viennent isolés au milieu d'autre chose ; trois quatuors au contraire sont la vraie mesure pour la composition d'une soirée, et si l'on nous présente dès lors Tun après l'autre ces trois maîtres, il s'offre alors à nous une des plus exquises jouissances qui soient possibles dans le domaine de l'art. Car nous avons devant nous trois degrés d'une évolution normale, trois maîtres dont chacun s'appuie sur l'épaule de son prédécesseur ; nous voyons en même temps se développer le bouton, la fleur et le fruit. Ce qui ne veut pas dire que dans chaque cas particulier le successeur ait dépassé le prédécesseur ; mais, si le dernier venu progresse, s'il ajoute à ce qui est déjà acquis, le premier conserve toujours une part qui ne peut être mieux comprise, parce qu'elle est et reste le mieux. Ainsi sa clarté, sa gracieuse sentimentalité, son humour restent à notre vieux, mais éternellement jeune Haydn; en cela Mozart, qui apportait une inspiration plus vive, plus de finesse et d'abondance musicales, ne l'a pas surpassé, aussi peu que Beethoven avec la violence de sa passion, ses raffinements, ses effets étonnants, ne fait oublier la grâce

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