‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 16 sur 175 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

mande. Je n'y contredis pas; j'aime beaucoup cette langue; j'en reconnais les éminentes qualités; j'en ai joui bien des fois; mais jamais il ne m'est venu à l'esprit de la jalouser pour les supériorités qu'elle a, en ceci ou en cela, sur ma langue maternelle, Strauss ne l'entend pas tout à fait ainsi ; et quand il dit que le français a su s'imposer ou s'insinuer comme langue universelle entre tous les peuples, il regrette ce tour de passe-passe (car que signifie s'insinuer?) et affirme que ce rôle appartient à l'allemand qui, traduisant sans se dénaturer, vers pour vers et mètre pour mètre, peut seul rendre dans leur vraie forme et s'assimiler les plus nobles productions de toutes les autres langues. Il confond là des choses fort distinctes; mais, sans entrer dans une discussion qui n'est pas de mon propos, je me demande ce qu'il eut dit, s'il avait encore été vivant,, en apprenant qu'au dîner de Milan, où prirent place l'empereur d'Allemagne et le roi d'Italie, tout le monde a parlé français.

Chaque civilisation qui finit laisse des pertes, des lacunes, des regrets. Schiller a une brillante pièce de vers où il dépeint tout ce qui fait défaut depuis qu'ont défailli les dieux de la Grèce. Le poëte a raison ; cette civilisation païenne avait des charmes qu'on n'a plus retrouvés, mais que la civi-

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