‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 24 sur 175 · DE L*AUTEUR. XXXIX · texte numérisé non relu

DE L*AUTEUR. XXXIX

en Dieu aucune personnalité, qui ne conserve plus pour luimême Tespérance d'aucune autre vie, et qui ne veut plus dans celle-ci s'allier à aucune confession de la coinmunauté chrétienne; mais on l'observe, et s'il porte devant le public ses idées avec ses preuves, il perd toute considération. Il n'a tenu nul compte du mode conventionnel de penser et de vivre auquel se voue la majorité ; il a manqué au bon ton et doit être préparé à ce qu'à son égard on abandonne aussi le bon ton. Comme écrivain il est hors la loi; il ne doit plus compter sur ce qui est regardé en matière de critique littéraire comme le droit des gens. Je l'ai éprouvé après ma Vie de Jésus, je l'éprouve encore aujourd'hui.

On reconnaît ainsi combien il reste dans la culture de notre temps de vaine phraséologie. Combien de fois et avec quel pathos n'a-t-on pas entendu répéter, pendant ces dernières années, qu'à l'avenir il ne serait plus fait acception des croyances de l'individu, mais de ses actions; et qu'on ne demanderait plus à l'écrivain ce qu'il dit aux hommes de croire, mais ce qu'il leur dit de faire! Très-bien. Puis quelqu'un vient, qui agit pour qu'il ne soit plus fait acception des croyances ; il rejette tout ce qu'il reconnaît comme vermoulu dans les soutiens de la foi, ne change rien aux rapports moraux de l'humanité ; mais la mettant en garde contre les mobiles égoïstes, il la dirige vers ces mêmes vertus qui de tout temps lui parurent saintes. D'après les prémisses, ce quelqu'un devrait être laissé en paix, être estimé après comme avant. Oui, s'il y avait là autre chose que de la phraséologie ! Sur la grande route de la littérature, chacun peut l'injurier qui en sent l'envie. Au reste, je suis loin d'en vouloir à ces messieurs de la critique lit-

XL PRÉFACK

téraire. Habitués de vivre au jour le jour, obligés de le faire, en générai ils s'appliquent à porter un jugement rapide et net sur les particularités plutôt que sur l'ensemble d'une théorie cosmique. C'est merveille l'accord qui se fait dans leur manière de penser entre l'ancien et le nouveau, entre la foi et les lumières. Par suite de la multiplicité de leurs occupations, bien souvent ils ne posc sèdent pas toute liberté d'appréciation. Puis dans tout le cours de l'année ils sont tellement opprimés par une foule de considérations de toutes sortes, touchant des maîtres honorés, des coteries puissantes, des préjugés dominants, etc., que ce doit être pour eux un délassement véritable, quand il leur tombe sous la main un écrivain avec lequel ils n'ont à prendre aucune précaution, qu'ils peuvent maltraiter de tout cœur, certains de l'approbation de la masse de leurs lecteurs. Comme je l'ai dit, je n'en veux pas à ces messieurs, bien que je ne puisse trouver ni brave ni noble de crier haro sur un homme , parce qu'on sait qu'il ne sera pas défendu.

Car, en ce sens, un grand nombre de critiques s'en sont, en effet, donné à cœur joie contre moi. Disputer avec moi les met de la meilleure humeur du monde, parce que les circonstances présentes le leur rendent facile. Il est inutile d'étudier si minutieus^ent ses coups quand on se sait pour juge une galerie favorable. Si entre autres critiques j'adresse, par exemple, à la doctrine de Jésus celle-ci, qu'en réprouvant absolument l'industrie, au lieu de l'ennoblir, de la placer à son rang à côté d'efforts plus élevés, elle ne montre aucune intelligence de l'efficacité de cette industrie dans le développement de la civilisation et de l'huma-

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nité ; si je fais cette critique, il suffit de dire avec M. Dove que je « demande au fondateur de la religion des conseils pécuniaires » ou plus spirituellement encore, de parler « de l'incapacité désespérante de Jésus dans les aflaires de bourse, » et me voilà refuté à la grande jubilation générale. Un autre cas. Quiconque ne sent pas que les simples paroles consacrées à Lessing, dans le numéro 90, viennent du cœur, celui-là, je puis bien le dire, doit être stupide. M. Dove ne Test pas ; et néanmoins, mis comme il Test en bonne humeur à mes dépens, il a le front de parler de mes « révérences devant Lessing ». Et non-seulement ce jeune homme plein d'avenir, qui manie si légèrement le gouvernail de la revue « Dans le nouvel empire », mais le professeur de philosophie de la Gazette d'Augsbourg, vieux catholique très-posé, me traitent sur le même ton. Si pour inspirer l'effroi devant certains crimes, je demande le maintien de la peine de mort, il assure légèrement qu'on pourrait très -bien arriver ainsi à la barbarie de la peine de mort qualifiée, qui agirait dès lors d'une manière bien plus certaine. Je suis persuadé qu'à part soi M. Huber sait trèsbien que cette conséquence est fausse, que rien ne fait naître l'effroi plus que la mort, comme uUima linea rerum, et moins que toute chose ce qui, par l'endurcissement du sentiment humain, détruirait d'un côté ce que d'un autre la peine de mort simple peut avoir d'efficace, — cela, dis-jc, M. Huber le sait certes trèsbien ; mais il tient de tels arguments comme assez bons pour l'adversaire réprouvé. Si mes souvenirs ne me trompent pas, c'est le critique du Correspondant de Hambourg qui dit dédaigneusement de mon livre que c'est une lecture

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