‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 25 sur 175 · XLII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLII PRÉFACE

agréable après dîner, à l'heure du café et du cigare. Il n'a pas été pensé dans une semblable situation : si c'est celle qui convient le mieux pour l'entendre, je ne veux pas le décider ; mais les élucubrations de ce monsieur sont d'une telle nature , qu'elles sembleraient avoir vu le jour dans la susdite situation. Le premier ministre anglais ne paraît pas avoir pris mon livre aussi légèrement, puisqu'il Ta trouvé digne d'être longuement combattu dans un discours prononcé ces jours derniers à Liverpool. M. Gladstone n'a pas bien saisi mes intentions et m'a répondu d'une façon qui sera trouvée faible par beaucoup de mes critiques allemands eux-mêmes. Mais mes compatriotes pourraient apprendre de l'étranger comment le politique de grande intelligence découvre une faculté semblable dans un écrivain dont il tient d'ailleurs l'action pour pernicieuse, comment le vrai gentleman parle d'un homme qu'il reconnaît comme ayant consacré toute une longue vie à la recherche de la vérité, en sacrifiant toutes les considérations ordinaires de l'existence, pour confesser ce qui lui a paru être la vérité. Il y a aussi, dans ce que le Daily News oppose au discours de Gladstone, plus d'intelligence et un tact plus sûr que dans tout ce qui est venu jusqu'ici à ma connaissance de toutes les discussions allemandes à propos de mon livre i.

Comme ma renonciation à la religion existante se fonde au moins médiatement sur les résultats de la moderne histoire naturelle, les efforts de mes adversaires devaient tendre à m'ôter cet appui, à tenter de démontrer que, dans

* La a Critique contre critique » de la Gazette générale et Tétude de la Presse allemande ne m'ont été connues qu'après la clôture de ces pages.

DE L AUTEUR. XUII

cette faculté, je n'avais en aucune façon pour moi les meilleures autorités. Presque en même temps que mon écrit, avait paru le travail de Dubois-Reymond « Sur les limites de la connaissance de la nature » que je me vois opposer de différents côtés comme la tête de la Méduse. M. Dove, faisant allusion à ce travail, donne à son article sur mon livre ce titre : « Confession ou modestie? » comme s'il voulait dire : Voyez, mes lecteurs bien pensants, d'un côté, un grand naturaliste qui se résigne à ne savoir que jusqu'à un certain point, qui, par conséquent, au delà de ce point vous laisse croire ce que vous voulez ; et de l'autre côté un soi-disant philosophe qui, oublieux de cc^s limites, veut les franchir et vous imposer sa profession d'incrédulité. Toute restriction posée par le naturaliste est invoquée par M. Dove, qui lui donne l'honorable nom « d'acte kantiste ». Sans doute, au temps de Kant, il ne manquait pas d'individus pour bien accueillir sa limitation critique de l'usage de la raison, dans l'espérance de pouvoir continuer en paix, à la faveur de ces limites, toute la fantasmagorie de la vieille foi et de la vieille superstition. Certes, Kant ne reconnaissait pas pour siens cette sorte d'adeptes ; le critique de la raison pure ne voulait pas venir au secours de la raison pervertie. Je doute également que ce soit l'intention de Dubois-Reymond de faire une place nouvelle derrière les barrières, tracées par lui, concernant la connaissance de la nature, non-seulement à l'ancien dualisme, mais aussi aux rêveries de son jeune admirateur touchant la préexistence des âmes et leurs transmigrations.

En tout cas, l'hypothèse fondamentale de tout dualisme, la conception du corps et de l'âme comme deux substances

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différentes, apparaît à notre naturaliste comme une erreur également fondamentale. Dans des déductions aussi contraires à la réalité que les théories de Descartes et de Leibniz sur l'union du corps et de Tâme, il voit « une apagogie contre le bien-fondé de Thypothèse qui y conduit ». Il porte avec Fechner ce jugement : « Dans sa comparaison des deux montres , Leibniz a oublié la possibilité la plus simple, celle où les deux montres seraient liées ensemble et au fond n'en seraient qu'une. » Comme je l'ai précédemment montré par ses autres écrits, Dubois-Reymond tient pour scientifiquement explicable l'organique ayant sa source dans l'inorganique. « C'est un malentendu, dit-il en son nouveau travail , de voir dans la première apparition des êtres vivants quelque chose de supra-naturel, quelque chose autre qu'un problème de mécanique excessivement compliqué. > Ici n'est pas encore, d'après lui, la limite de notre connaissance; mais le point n'est pas loin où le fil se brise, où nous devons avouer notre ignorance et une ignorance invincible. Ce point se rencontre lorsqu'on pénètre dans le domaine de la conscience, non -seulement de la pensée humaine, mais de la conscience dans le sens le plus étendu, depuis ses manifestations les plus simples jusqu'aux plus élevées. « La faculté de l'âme la plus haute, dit-il à l'instar de Voltaire, résultant de conditions matérielles, n'est pas plus incompréhensible que la conscience à son plus bas. degré, la sensation ; l'abîme infranchissable se montre avec la première impression de bien-être ou de douleur que ressentit l'être le plus inférieur au début de la vie animale sur la terre. »

On sait qu'il y a trois points surtout dans l'évolution

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