DE L* AUTEUR. XI.V
ascendante de la nature, qui apparaissent avec le caractère de rincompréhensible. Ce sont ces trois questions : comment le vivant est-il sorti du non-vivant ; comment le sehsiblo, de l'insensible; comment l'intelligent, de Tinintelligent î qui rendent également notre pensée perplexe, et lui arrachent ce mot, fin de toute perplexité : Dieu. Comme nous l'avons déjà vu, le naturaliste dont nous nous occupons ne tient pas pour insoluble la première de ces questions ; la naissance de l'organique sortant de l'inorganique lui parait compréhensible. Il fut un temps, à ce qu'il nous dit luimême, où il crut trouver la limite de notre savoir dans le problème du libre arbitre, considéré comme commencement de l'intelligence ; dès lors, il faut que le second problème, celui de la conscience et de la sensation, lui ait paru capable de recevoir une solution. Je suis assuré qu'il n'entre pas dans l'idée d'un chercheur comme Dubois -Reymond, bien que M. Dove veuille le laisser croire, d'être toujours traité en autorité ; le vrai penseur aime à se contrôler par la pensée d'autrui. Et je ne le cacherai pas : que ces questions soient ou non aptes à recevoir une solution , je ne puis m'empêcher de les voir, sous ce rapport, comme équivalentes. Si la foi a raison quand elle introduit, dans les ■ troià cas. Dieu et le miracle, il me semble que la science a également raison quand elle tente de rendre leur secours superflu. D'ailleurs, Dubois -Reymond lui-même finit par ne pas le nier ; il dit seulement : la science peut nous venir en aide dans le premier et le troisième cas ; elle ne le peut pas pour le second et doit y renoncer à tout jamais. J'avoue que je comprendrais beaucoup mieux si quelqu'un me disait : A, c'est-à-dire la vie, est restée inexplicable; mais
XLVI PRKFACE
celle-ci une fois donnée, B et C, c'est-à-dire la sensation et la pensée, en deviennent le développement naturel. Ou bien encore : A et B se laissent bi(»n expliquer, mais C, la conscience de soi-même, n'est plus du ressort de notre entendement. Je le réjHîte, je préférerais ces deux formules à celle qui nous donne comme infranchissable la station intermédiaire.
La science actuelle parvient à la solution du premier de
ces trois problèmes en le concevant, c'est l'expression de Dubois-Reymond, comme un problème difficile, mais de mécanique pure. Il s'agit, il est vrai, d'un mode de mouvement autre et très-compliqué ; mais qui reste néanmoins un mouvement, et n'est rien d'absolument nouveau ou différent. Pour Dubois-Reymond la solution de ce troisième problème, l'intelligence et le libre arbitre, est possible, parce qu'une fois donnée la connaissance de la conscience, ces deux facultés en sont comme le plus haut degré. Mais dans son travail il déclare insoluble cette deuxième question elle-même : La connaissance approfondie de l'organisation matérielle de l'àme no nous dévoile jamais qu'une matière en mouvement ; entre ce mouvement matériel et ce fait : je sens la douleur ou le désir, je goûte un aliment sucré et je vois rouge, d'où cette conclusion : donc je suis, là, reste l'abîme incomblé; il reste « complètement et pour toujours incompréhensible, qu'une matière carbonée aqueuse ou autre ne reste pas indifférente à la position ou au mouvement de ses atomes ; on ne conçoit en aucune façon comment la conscience peut naître de cet ensemble de mouvements ». L'avenir seul décidera si cette parole du maître est réellement le dernier mot de la question ; heureusement
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je puis l'accepter provisoirement sans considérer ma cause comme compromise. Comment, en effet, Dubois-Reymond continue-t-il ?
A nos yeux, dit-il, cette question : les fonctions spirituelles pourront-ellos jamais être conçues comme naissant de conditions matérielles? cette question est toute différente et totalement indépendante de cette autre : ces fonctions, en soi, ne seraient-elles pas le produit de conditions matérielles? Quand même on répondrait non à la première, comme il l'a fait, rien ne serait encore décidé en ce qui regarde la seconde et, à plus forte raison, aucune négation ne serait possible. Le fondement de toute recherche, au contraire, c'est d'accepter comme cause d'un phénomène l'apparence la plus simple, jusqu'à ce qu'elle soit prouvée fausse. Dès lors, si nous avions seulement la notion de l'essence de la matière et de la force (et là Dubois-Reymond trouve l'autre, disons plutôt la première limite éternelle de notre connaissance), notre pensée obéirait à cette règle logique et nous comprendrions € comment la substance qui est au fond de cette matière et de cette force, peut sentir, désirer et penser sous certaines conditions déterminées ». Jamais, il est vrai, nous n'en aurons une idée exacte; mais mieux le naturaliste reconnaîtra cette double limité de son savoir, plus il sera libre et assuré en face de tout dogme et de toute question philosophique, dans ses vues sur les rapports qui unissent l'esprit et la matière. Il verra clairement la vie spirituelle de l'homme dépendre dans une foule de cas des propriétés de son organisme; aucun préjugé théologique ne l'empêchera, comme il en a empêché Descartes, de voir dans les âmes animales des parentes des âmes humaines,