‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 29 sur 175 · L PRÉFACE · texte numérisé non relu

L PRÉFACE

science, mais une nouvelle foi. Pour constituer une vaste conception du monde, destinée à remplacer la vaste foi de l'Église, nous ne pouvons nous contenter de ce que nous prouve une induction sévère ; nous devons accepter encore dans notre cadre les hypothèses légitimes et les conclusions logiques. C'est dans ce sens que j'ai nommé mon ouvrage confession ; ce mot me fournit l'occasion d'en appeler immédiatement des critiques théologiques dirigées contre ce livre.

Sous ce rapport, je vois avant tout soulevée contre moi — et en particulier par M. Huber dans la Gazette générale — cette accusation, que j'ai « abandonné », dans mon nouvel écrit, mon appréciation précédente plus favorable de la personne de Jésus et du christianisme. Le défenseur remuant du vieux catholicisme sait, par des expériences faites tout proche de lui, que tout abandon a son motif déterminant. Puis, en général, on se comporte de tout autre façon que je suis supposé l'avoir fait ; on se retire d'une situation extrême et dangereuse pour se mettre plus à couvert et être moins compromis. De ma part, un changement de direction n'aurait de raison d'être que si certaines considérations, qui jadis m'auraient empêché de m'exprimer avec pleine liberté, étaient récemment disparues. Mais il n'est nullement question de cela : lors de la composition de mes précédents écrits, je jouissais de la même indépendance complète dont je jouis aujourd'hui. Mon abandon prétendu résulterait donc de raisons intimes, d'un changement dans mes convictions, ce qui n'aurait rien en soi de répréhensible. D'ailleurs il n'y a ici nul abandon.

DE l'auteur. LI

n est vrai que dans mes précédents écrits, et particulièrement encore dans ma nouvelle rédaction de la Vie de Jésus, j'ai fait de grands efforts pour rassembler les traits dispersés dans les évangiles, voulant en former une figure qui puisse donner de la nature et des vues de Jésus une idée intéressante au point de vue humain. Mes adversaires ont trouvé pâle et indécise mon esquisse de Jésus, ils ont demandé des traits plus vifs, plus assurés, tandis qu'il me fallait, au contraire, m'avouer à moi-même qu'en raison de ce que nous savons réellement de Jésus, j'avais dessiné des contours beaucoup trop hardis, trop définis. C'est pourquoi je me plaignais dans la conclusion de ce livre de la pénurie et de l'incertitude des documents historiques concernant Jésus, et je pensais qu'aucun homme compétent et sincère ne pourrait me contredire quand je disais « que nous sommes renseignés d'une manière aussi insuffisante sur bien peu de grands hommes de l'histoire ». Cette fois déjà les discours de Jésus touchant sa venue sur les nuées du ciel m'avaient donné beaucoup à faire ; et je sus, à force de peine et d'art, écarter de lui le reproche de visionnaire et d'exalté. Quand , dans mon nouveau livre, je déclare que nous sommes empêchés de reconnaître Jésus comme le centre et le point d'appui de notre vie religieuse par ces deux raisons principales, tout d'abord que nous possédons sur lui trop peu de documents concordants, et, en outre, que nous remarquons dans ce qui nous est parvenu un élément enthousiaste et fantastique, — il n'y a pas là apparence d'abandon, mais seulement un résultat entièrement normal d'un développement de convictions scientifiques. J'ai laissé le champ entièrement

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