LU PRÉFACE
libre à des scrupules dont je pensais jadis pouvoir me défendre.
Pour certaines gens on ne peut assez souvent répéter certaines choses; je reviens donc sur ce que j*ai déjà dit maintes fois. Je n'ai nullement l'intention de discuter que Jésus ait été un homme excellent ; ce que je prétends, le voici : on Ta fait le centre d'une église , d'un culte , non pas pour ce qu'il fut, mais pour ce qu'il ne fut pas ; non pas pour ce qu'il enseigna de vrai, mais pour des prédictions restées inaccomplies et par conséquent fausses. Après que nous avons reconnu que rien n'est vrai de ce qui lui a valu d'être ce centre, toute raison, et si nous voulons être sincères, tout droit est disparu pour nous d'appartenir à une telle église. L'excellence purement humaine, et serait-elle portée au plus haut degré (l'impeccabilité; mais celle-ci a disparu avec le surnaturel et ne peut plus être attribuée à personne que par l'esprit de vertige), n'autorise aucune prétention à l'adoration d'une église ; surtout quand cette excellence, prenant son origine dans des conditions et des idées qui sont loin de nous et même en quelque sorte opposées aux nôtres, devient de jour en jour moins propre à nous servir d'exemple dans les divers moments de notre vie.
« Qu'avec de telles idées sur la personne de Jésus », idées que j'avais auparavant développées comme résultat des nouvelles recherches, « cette personne ne pouvait plus être l'objet de la foi religieuse », voilà ce que j'ai dit dans ma Dogmatique, c'est-à-dire il y a trente ans bien comptés, comme répondant alors à ma conviction. Là aussi, j'ai déclaré comme une erreur « de penser que la seule morale
DE L*AUTEUR. LHI
de Jésus, y compris quelque peu de la partie divine et rémunératrice de la doctrine, soit encore le christianisme. L'essence de cette religion est plutôt de représenter Jésus comme le médiateur pour toutes ses idées, d'aliéner en ses mains tout ce qui donne une haute valeur à l'humanité, et même toutes les douleurs dont elle souffre, pour les obtenir de lui, comme des grâces, à force de prières. » Je concluais ainsi : « Quiconque ne se soumet plus à cette aliénation, fond du christianisme, peut avoir encore des raisons pour se dire chrétien, mais n'a plus aucune raison de l'être. » Quant à nos rapports avec le christianisme, M. Dove nous demande : € Si le mouvement religieux émané de Jésus et toutes ses conséquences pénètrent assez notre conception du monde et de la vie pour que nous rattachions à son nom nos propres principes religieux. » Il n'y a pas ici une seule, mais bien deux questions; à l'une on peut répondre oui, et néanmoins répondre à l'autre non. Nul ne niera que le mouvement religieux émané de Jésus n'ait encore à notre époque une action puissante ; seulement cette action entre chaque année davantage en lutte, d'un côté avec les vérités scientifiques, de l'autre avec les maximes pratiques des temps modernes. Mais € rattacher nos principes religieux à son nom » dit beaucoup moins qu'il ne faudrait dans les cas présent. La question est, si nous pouvons encore lui consacrer un culte, le considérer comme le chef d'une institution spéciale de salut. Et là je prétends qu'avec notre manière de voir nous ne retrouvons plus les conditions nécessaires. Dès que j'omets de ne pas exalter particulièrement dans mon ouvrage un avantage du christianisme, l'auteur de