LIV PRÉFACE
Tarticle de la Gazette générale déclare immédiatement que je n'ai € aucun sentiment » des mérites de cette religion pour la culture morale de Thumanité. Mais ces mérites ne m'ont nullement échappé ; si je ne les ai signalés que de loin en loin, c'est que la nature de mon ouvrage ne le comportait pas davantage. Comme je l'ai dit, c'est une confession et non un traité d'histoire. Il ne s'agissait pas d'examiner quelle a été l'action du christianisme dans l'humanité, mais ceci : quelque chose qu'il ait produit — et il continuera à le produire encore — peut-on, en raison de certaines de ses convictions, lui appartenir encore comme à une église ? J'aurais à faire une semblable réponse au critique de la Gazette de Cologne, quand il me reproche de ne pas tenir assez compte de l'influence de l'imagination dans le domaine religieux. Je pourrais montrer à M. Bacmeister que je sais apprécier cette influence, en le renvoyant à mon travail sur Reimarus. Mais celui qui a reconnu le rôle puissant de l'imagination dans la religion, a échappé par cela même aux illusions religieuses ; et le but de mon livre est précisément d'examiner si ces illusions disparues doivent continuer à gouverner le monde comme si elles existaient encore.
J'ai déjà mentionné que le critique de la Gazette du Weser interprète mon écrit comme une déclaration de guerre à l'union protestante et au vieux catholicisme. Il ajoute même que je « refuse très-catégoriquement à tous deux le droit à l'existence ». Cependant je n'eus affaire qu'en passant aussi bien à l'une qu'à l'autre, et quand, dans mon introduction, j'ai avoué qu'ils possédaient la grande majorité parmi la masse des mécontents qui aspirent au mieux, je
DE l'auteur. IA
pense avoir suffisamment reconnu par là leur droit à J existence historique. Ce droit ne peut consister en rien autre qu'en ce fait : Pour un grand nombre de nos contemporains, la force des idées nouvelles d'un côté, de l'autre, le poids des anciennes convictions et des anciennes habitudes, placent la balance dans cette position précise qui répond aux points de vue du vieux catholicisme et de l'union protestante. Si moi-même et ceux qui pensent comme moi ne nous plaçons à aucun de ces points de vue, ce n'est pas que nous leur contestions le droit à l'existence logique, c'est parce que nous ne leur reconnaissons qu'un caractère de transition, au delà duquel nous avons pu nous élever.
C'est bien le cas, m'oppose-t-on, de certaines individualités ; ce n'est pas celui de la majorité , et nous ne devons pas vouloir nous séparer de cette majorité de nos semblables, vouloir rompre le lien de la communauté religieuse qui nous unit à eux. « Pourquoi, demande M. Dove, nous qui avons rejeté bien loin toute la fantasmagorie des révélations et des miracles, pourquoi conservons-nous avec tant de zèle notre nom de chrétiens? » Et il répond : € Parce que nous ne voudrions jamais détruire notre alliance avec ceux de nos frères qui s'attachent à tout cela comme à quelque chose de réel ; pa^ce que, non pas à cause de cette illusion, mais malgré elle, nous reconnaissons encore en eux des chrétiens. » Mais parlez une bonne fois sur ce ton à ces frères chrétiens, avouez-leur sans ambages que vous tenez pour fantasmagorie pure la révélation et le miracle, que vous les considérez « encore » comme chrétiens « malgré » la foi qu'ils y ajoutent, et vous verrez s'ils veulent, eux,