LVI PRÉFACE
VOUS conserver dans leur église. Ainsi vont les choses : sans accommodement, sans déguisement ou dissimulation, sans tromperie des deux côtés, sans fausseté &ï&xiy de tels compromis ne sont pas possibles; et si la sincérité et la véracité doivent régner quelque part, c'est dans le domaine de la religion. Dans celui de la politique on ne peut se passer de compromis ; mais là il n'y a ni arrière-pensée ni mensonge, parce qu'en politique il est question non de convictions, mais de moyens, non du vrai, mais de l'utile.
€ Que l'on puisse vivre sans église, écrivait Dahlmann à Gervinus, à l'occasion de l'ouvrage de ce dernier sur la mission des catholiques allemands, je le conçois très-bien ; je vis moi-même ainsi, malgré mon désir de faire autrement. Mais que l'on puisse établir une église sur la seule morale chrétienne, je ne le conçois pas du tout. Il me semble que l'Église se compose de ceux (les ecclésiastiques) qui s'attachent au Christ lui-même, qui s'instruisent sur les secrets de sa naissance, de sa résurrection, sur ses promesses, et de la foule crédule qui écoute; quand nous y entrons ou que nous en sortons, nous produisons bien un courant, mais nous n'apportons aucune chaleur. » C'est tout à fait là mon opinion, sauf le désir de faire autrement. Nous sommes sortis de l'Eglise par une voie loyale, et nous ne nous sentons nullement privés; pourquoi donc regretter de ne plus en faire partie? Nous conduire à la claire conscience de ce que nous possédons indépendamment de l'Eglise, et nous garantir de rien souhaiter de ce qu'elle promet; telle a été l'intention principale qui m'a dirigé en composant et en publiant ma Confession. Et là nous vient en aide le souvenir de toutes les invraisemblances et de toutes les contradictions que nous avons laissées der-