‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 33 sur 175 · DE L AUTEUR. LVII · texte numérisé non relu

DE L AUTEUR. LVII

rière nous avec l'Église, de toutes les tortures de notre intelligence et de notre sentiment du vrai, auxquelles nous avons échappé. Comme je l'ai répété plusieurs fois, cette exposition n'eut jamais pour but de donner le dégo&t de l'Église à celui qui s'y sent bien encore, mais seulement de déterminer et de réunir les motifs qui nous ont poussés à la séparation. Je n'ai pas voulu une polémique avec ceux qui pensent autrement, j'ai voulu une entente avec ceux qni pensent comme moi.

Et non-seulement faire connaître à ces derniers ce que nous possédons, mais encore ce que nous ne possédons pas. En même temps que j'exposais devant eux la somme présente de nos connaissances, de nos idées, de nos désirs et de nos consolations, j'avais aussi en vue de les exciter à nous aider selon leur pouvoir dans la multiplication de nos moyens. L'édifice de nos idées sur le monde n'est pas seul à montrer ses lacunes béantes, et nous sommes bien en retard encore dans la construction de notre doctrine sur le devoir et la vertu. Ici j'ai indiqué les places où l'on devait poser les pierres angulaires, sans être en état de montrer déjà quelque chose de complet, d'achevé. Cela vient de ce que nous sommes encore habitués à nous appuyer, dans la pratique, sur les anciennes idées, à leur emprunter presque inconsciemment les motifs de nos actes. Il nous faut nous convaincre pour toujours de la fragilité de ces idées, pour nous obliger à chercher et à trouver des points d'appui solides pour notre morale, non plus dans une prétendue révélation supra-humaine, mais sur le terrain de notre nouvelle conception du monde, c'està-dire sur la connaissance exacte de l'homme.

La tendance naturelle de notre époque à relâcher le

LVIII PRÉFACE DE i/aUTEUR.

lien qui unit TEtat et l'Eglise, Tinévitabl^ dissémination des églises d'Etat en sectes et en communions libres, amèneront, pour un grand nombre de citoyens, la possibilité de rester sans aucune attache extérieure avec aucune église. Le développement d'un tel groupe est provoqué, surtout depuis les dernières dizaines d'années, par la marche

de la culture intellectuelle , et plus ce développement sera régulier, moins il sera faussé et dénaturé par des accommodements avec d'autres points de vue, plus il aura d'action sur la situation générale des esprits et des mœui*S. Nous n'avons absolument aucune raison de nous opprimer réciproquement; la vie commune dans le présent, particulièrement en Allemagne, offre assez d'espace pour que nous puissions tous nous mouvoir et nous produire à côté l'un de l'autre. C'est uniquement pour affirmer ce droit que j'ai écrit cette confession, persuadé, malgré toutes les invectives, d'avoir fait une bonne œuvre et d'avoir mérité la gratitude d'un avenir moins prévenu. Le temps viendra où je serai compris, comme il est venu pour la Vie de Jésus : seulement cette fois je ne le verrai plus.

Fini le dernier jour de Tannée 1872.

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ET

Le grand mouvement politico- guerrier qui, dans les six dernières années , a transformé la situation extérieure et intérieure de TAUemagne, a été aussitôt suivi d'un mouvement religieux, qui s'annonce comme devant être à peine moins belliqueux.

Déjà l'accroissement de forces que la victoire de la Prusse sur l'Autriche et la formation de la Confédération du Nord avaient paru donner au protestantisme, a été considéré par le catholicisme comme un avertissement de réunir toute sa puissance spirituelle et temporelle dans la main du pape dictateur, proclamé infaillible. Dans le sein même de l'Eglise catholique, le nouveau dogme s'est heurté à des protostations, qui se sont données une forme

LVIII PRÉFACE DE i/aUTEUR.

lien qui unit TEtat et l'Eglise, Tinévitablp dissémination des églises d'Etat en sectes et en communions libres, amèneront, pour un grand nombre de citoyens, la possibilité de rester sans aucune attache extérieure avec aucune église. Le développement d'un tel groupe est provoqué, surtout depuis les dernières dizaines d'années, par la marche

de la culture intellectuelle , et plus ce développement sera régulier, moins il sera faussé et dénaturé par des accommodements avec d'autres points de vue, plus il aura d'action sur la situation générale des esprits et des mœui*S. Nous n'avons absolument aucune raison de nous opprimer réciproquement; la vie commune dans le présent, particulièrement en Allemagne, offre assez d'espace pour que nous puissions tous nous mouvoir et nous produire à côté l'un de l'autre. C'est uniquement pour affirmer ce droit que j'ai écrit cette confession, persuadé, malgré toutes les invectives, d'avoir fait une bonne œuvre et d'avoir mérité la gratitude d'un avenir moins prévenu. Le temps viendra où je serai compris, comme il est venu pour la Vie de Jésus : seulement cette fois je ne le verrai plus.

Fini le dernier jour de Tannée 1872.

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Le grand mouvement politico- guerrier qui, dans les six dernières années , a transformé la situation extérieure et intérieure de 1* Allemagne, a été aussitôt suivi d*un mouvement religieux, qui s'annonce comme devant être à peine moins belliqueux.

Déjà l'accroissement de forces que la victoire de la Prusse sur l'Autriche et la formation de la Confédération du Nord avaient paru donner au protestantisme, a été considéré par le catholicisme comme un avertissement de réunir toute sa puissance spirituelle et temporelle dans la main du pape dictateur, proclamé infaillible. Dans le sein même de l'Eglise catholique, le nouveau dogme s'est heurté à des protestations, qui se sont données une forme

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lien qui unit TEtat et TEglise, Tinévitabl^ dissémination des églises d'Etat en sectes et en communions libres, amèneront, pour un grand nombre de citoyens^ la possibilité de rester sans aucune attache extérieure avec aucune église. Le développement d'un tel groupe est provoqué, surtout depuis les dernières dizaines d'années, par la marche

de la culture intellectuelle , et plus ce développement sera régulier, moins il sera faussé et dénaturé par des accommodements avec d'autres points de vue, plus il aura d'action sur la situation générale des esprits et des mœurs. Nous n'avons absolument aucune raison de nous opprimer réciproquement ; la vie commune dans le présent, particulièrement en Allemagne, offre assez d'espace pour que nous puissions tous nous mouvoir et nous produire à côté l'un de l'autre. C'est uniquement pour affirmer ce droit que j'ai écrit cette confession, persuadé, malgré toutes les invectives, d'avoir fait une bonne œuvre et d'avoir mérité la gratitude d'un avenir moins prévenu. Le temps viendra où je serai compris, comme il est venu pour la Vie de Jésus : seulement cette fois je ne le verrai plus.

Fini le dernier jour de Tannée 1872.

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Le grand mouvement politico- guerrier qui, dans les six dernières années , a transformé la situation extérieure et intérieure de l'Allemagne, a été aussitôt suivi d'un mouvement religieux, qui s'annonce comme devant être à peine moins belliqueux.

Déjà l'accroissement de forces que la victoire de la Prusse sur l'Autriche et la formation de la Confédération du Nord avaient paru donner au protestantisme, a été considéré par le catholicisme comme un avertissement de réunir toute sa puissance spirituelle et temporelle dans la main du pape dictateur, proclamé infaillible. Dans le sein même de l'Eglise catholique, le nouveau dogme s'est heurté à des protestations, qui se sont données une forme

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lien qui unit i Etat et l'Eglise, Tinévitablp dissémination des églises d'État en sectes et en communions libres, amèneront, pour un grand nombre de citoyens^ la possibilité de rester sans aucune attache extérieure avec aucune église. Le développement d'un tel groupe est provoqué, surtout depuis les dernières dizaines d'années, par la marche de la culture intellectuelle , et plus ce développement sera régulier, moins il sera faussé et dénaturé par des accommodements avec d'autres points de vue, plus il aura d'action sur la situation générale des esprits et des mœurs. Nous n'avons absolument aucune raison de nous opprimer réciproquement; la vie commune dans le présent, particulièrement en Allemagne, offre assez d'espace pour que nous puissions tous nous mouvoir et nous produire à côté l'un de l'autre. C'est uniquement pour affirmer ce droit que j'ai écrit cette confession, persuadé, malgré toutes les invectives, d'avoir fait une bonne œuvre et d'avoir mérité la gratitude d'un avenir moins prévenu. Le temps viendra où je serai compris, comme il est venu pour la Vie de Jésus : seulement cette fois je ne le verrai plus.

Fini le dernier jour de Tannée 1872.

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Le grand mouvement politico- guerrier qui, dans les six dernières années , a transformé la situation extérieure et intérieure de l'Allemagne, a été aussitôt suivi d'un mouvement religieux, qui s'annonce comme devant être à peine moins belliqueux.

Déjà l'accroissement de forces que la victoire de la Prusse sur l'Autriche et la formation de la Confédération du Nord avaient paru donner au protestantisme, a été considéré par le catholicisme comme un avertissement de réunir toute sa puissance spirituelle et temporelle dans la main du pape dictateur, proclamé infaillible. Dans le sein même de l'Eglise catholique, le nouveau dogme s'est heurté à des protestations, qui se sont données une forme

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lien qui unit TEtat et l'Eglise, Tinévitabl^ dissémination des églises d'Etat en sectes et en communions libres, amèneront, pour un grand nombre de citoyens^ la possibilité de rester sans aucune attache extérieure avec aucune église. Le développement d'un tel groupe est provoqué, surtout depuis les dernières dizaines d'années, par la marche de la culture intellectuelle , et plus ce développement sera régulier, moins il sera faussé et dénaturé par des accommodements avec d'autres points de vue, plus il aura d'action sur la situation générale des esprits et des mœurs. Nous n'avons absolument aucune raison de nous opprimer réci proquement ; la vie commune dans le présent, particulièrement en Allemagne, offre assez d'espace pour que nous puissions tous nous mouvoir et nous produire à côté l'un de l'autre. C'est uniquement pour affirmer ce droit que j'ai écrit cette confession, persuadé, malgré toutes les invectives, d'avoir fait une bonne œuvre et d'avoir mérité la gratitude d'un avenir moins prévenu. Le temps viendra où je serai compris, comme il est venu pour la Vie de Jésus : seulement cette fois je ne le verrai plus.

Fini le dernier jour de Tannée 1872.

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Le grand mouvement politico- guerrier qui, dans les six dernières années , a transformé la situation extérieure et intérieure de l'Allemagne, a été aussitôt suivi d*un mouvement religieux, qui s'annonce comme devant être à peine moins belliqueux.

Déjà l'accroissement de forces que la victoire de la Prusse sur l'Autriche et la formation de la Confédération du Nord avaient paru donner au protestantisme, a été considéré par le catholicisme comme un avertissement de réunir toute sa puissance spirituelle et temporelle dans la main du pape dictateur, proclamé infaillible. Dans le sein même de l'Eglise catholique, le nouveau dogme s'est

heurté à des protestations, qui se sont données une forme

dans le parti des vieux catholiques; tandis que le gouvernement récemment institué en Allemagne, après avoir trog longtemps obéi au laisser-aller qui depuis trente ans caractérisait la politique prussienne, parait enfin décidé à une vigoureuse défense contre les empiétements de l'Eglise menaçante.

Ce mouvement au sein de TEglise catholique peut au premier abord faire paraître l'Eglise protestante comme la plus stable. Elle-même cependant n'est pas sans fermentation intérieure; mais, conformément à la nature du protestantisme, celle-ci porte un caractère plutôt religieux que politique et ecclésiastique. L'ancien régime consistorial et les tendances vers une constitution synodiale forment un contraste qui, sous des aspirations hiérarchiques d'un côté , démocratiques de l'autre , a pour fondement réel un différend dogmatique. Les vieux luthériens , les amis de l'union et plus loin les hommes de l'union protestante combattent en effet pour des questions religieuses, pour une conception différente du christianisme et du protestantisme lui-même. Si cette agitation protestante n'est pas aussi apparente que l'agitation catholique, la raison en est ici seulement, que les questions de puissance font de leur nature encore plus de bruit que les questions de foi, aussi longtemps au moins que ces dernières conservent leur vrai caractère.

Quoi qu'il en soit , de tous les côtés l'on s'agite, l'on se déclare, l'on s'apprête; nous seuls, semble-t-il, restons muets et croisons les bras.

Qui Nous? Jusqu'à nouvel ordre seul un Je parle ici, et même un Je^ autant que nous sachions, qui, sans al-

liances, sans parti, occupe une place aussi isolée que possible.

Oh! moins que cela; il n'a pas même une place, ce Je, et n'a d'autre valeur que celle qu'on veut bien accorder à sa parole. Et encore est-ce une parole écrite, puisqu'il n'est pas doué pour être orateur dans les assemblées , ou missionnaire voyageant pour répandre ses convictions, et ne se sent pas disposé à le devenir. Mais on peut être sans place et ne pas être tombé à terre; être sans alliances et ne pas être seul. Quand jo dis Nous , je sais que j'en ai le droit. Nous ne nous comptons plus seulement par milliers. Nous ne formons ni une Église, ni une communauté, ni même une société; mais nous savons bien pourquoi.

En tout cas il ne faut pas compter la foule entière de ceux qui ne sont plus satisfaits de l'ancienne foi de l'ancienne Église, qu'elle soit évangélique ou catholique; de ceux qui sentent plus ou moins clairement la contradiction dans laquelle toutes deux s'enfoncent de plus en plus en face de la science, de la connaissance du monde et de la vie. Mes constitutions sociales et politiques du présent, et qui regardent comme pressante la nécessité d'un remède, d'une réforme.

En ce point la masse des mécontents qui aspirent au mieux se partage en deux directions. Les uns, — et à ne pas mentir ils forment dans les deux confessions la grande majorité, — tiennent pour suffisant d'élaguer du vieil arbre les rameaux notoirement desséchés, dans l'espérance de lui rendre ainsi la force et la fécondité. Là , on veut bien tolérer un pape, mais non infaillible; ici, rester

âdèle au Christ, mais à condition qu*il ne soit plus donné comme le fils de. Dieu. Pour le reste, tout doit aller comme ci-devant dans les deux Églises : dans Tune, les prêtres et les évoques s'opposant aux laïques comme dispensateurs sacrés des grâces ecclésiastiques ; dans l'autre, bien qu'avec des pasteurs librement élus et d'après des règles volontairement acceptées, la prédication du Christ, l'administration des sacrements institués par lui , la célébration des fêtes qui nous rappellent les principaux événements de sa vie.

A côté cependant de cette majorité se tient une minorité qui n'est pas à dédaigner. Elle fait grand cas de l'intime cohésion du système de l'Eglise, eu égard surtout aux conséquences. D'après elle, quiconque admet la distinction de clercs et de laïques, quiconque reconnaît la nécessité pour l'humanité de pouvoir trouver, près d'une autorité instituée par le Christ au nom de Dieu , un enseignement indubitable dans les questions religieuses et morales, ne peut refuser son adhésion à un pape infaillible, exigé .par cette même nécessité. En revanche, dès que l'on ne regarde plus Jésus pour le fils de Dieu, mais pour un homme, si excellent soit-il, l'on n'a plus aucun droit de le prier, de le conserver comme le centre d'un culte, de prêcher toute l'année sur lui , ses actions , ses aventures et ses maximes ; surtout si parmi ces actions et ces aventures les plus importantes ont été reconnues fabuleuses, et ces maximes ou ces doctrines incompatibles avec nos vues actuelles sur le monde et la vie. Quand cette minorité voit ainsi se rompre le cercle jadis fermé du culte de l'Eglise, elle reconnaît ignorer à quoi dès lors

pourrait encore servir un culte, à quoi une société particulière comme l'Eglise, à côté de l'État, de l'école, de la science, de l'art, auxquels tous nous avons part.

Nous sommes la minorité qui pense ainsi, et c'est en son nom que j'entreprends de parler.

L'on ne peut rien faire au monde si l'on n'est uni , si l'on ne s'entend et, conformément à cette entente, si l'on n'agit avec ensemble. Nous devrions donc, semble-t-il, contre l'ancienne et la nouvelle union ecclésiastique fonder une union anti- ecclésiastique, toute humanitaire et rationnelle. Mais on ne le fait pas, et partout où quelques-uns le tentent, ils se rendent ridicules. Ce n'est pas ce qui nous effraierait si nous devions mieux réussir. Plusieurs le croient, mais nous ne le croyons pas. Nous reconnaissons plutôt comme contradictoire de fonder une union pour détruire une union. Si nous voulons prouver que nous n'avons plus besoin d'Eglise, nous ne devons pas établir nous-même une sorte d'Eglise.

Nous devons cependant et nous voulons nous entendre. Et cela peut arriver à notre époque sans union. Nous avons les discours publiés , nous avons la presse. C'est précisément par cette dernière voie que je fais ici une tentative pour me concerter avec ceux qui pensent comme moi. Et pour ce que nous désirons tout d'abord cette voie suffit amplement. Pour le moment nous ne voulons au-

cune transformation du monde. Nous n'avons pas l'intention de détruire une Eglise quelconque, car nous savons que beaucoup en ont encore besoin. Pour l'édification, non pas d'une Église , mais après la chute définitive de celle-ci, d'un idéal nouveau dans la vie des peuples, le temps ne nous semble pas encore venu. Nous ne voulons pas davantage améliorer ou replâtrer le vieil édifice, parce que nous reconnaissons là un obstacle au progrès. Nous voudrions seulement agir sans éclat, de telle façon que dans l'avenir le nouveau sorte de lui-même de l'inévitable dissolution de l'antique. A cela suffit l'entente sans union, l'encouragement par la libre parole.

Ce que dans ce but je pense exécuter, je le sais, un grand nombre le feraient aussi bien, plusieurs, beaucoup mieux. Quelques-uns ont déjà parlé. Dois-je me taire pour cela? Je ne le crois pas. Si un autre sait beaucoup, je sais peut-être un peu ; et pour maintes choses je sais autrement, je vois autrement que le reste des hommes. Donc, parlons sans crainte; arborons nos couleurs afin qu'on les mette à l'épreuve.

Encore quelques mots en mon nom personel. Voilà bientôt quarante ans qu'auteur je me suis engagé dans cette même voie, que j'ai toujours et toujours combattu pour ce qui me paraissait vrai, peut-être encore plus contre ce qui me paraissait faux; et je suis ainsi arrivé au seuil de la vieillesse; oui, je l'ai même franchi. A ce point l'homme sérieux entend cette voix intérieure : « Fais ton compte de gestion, car tu ne seras plus longtemps le gérant. »

Si j'ai été un économe infidèle, je n'en sais rien ; un

inhabile quelquefois, peut-être bien aussi un indolent, le Ciel le sait ; mais en somme je fis ce qui répondait à mes forces et à mes tendances , et je le fis sans regarder à droite ni à gauche, sans rechercher la faveur de personne, sans redouter la défaveur de personne. Mais qu'ai-je fait? En dernière analyse Ton a un tout dans la pensée, et Ton énonce toujours des particularités ; ces particularités concordent-elles toujours ? Plein de zèle, on fait des ruines de ce qui était vieux ; mais le nouveau est-il toujours prêt qui doit remplacer ce vieux?

C'est surtout ce reproche de détruire sans réédifier qu'on adresse sans cesse aux vaillants qui suivent une telle voie. En quelque sorte je ne m'en défends pas ; seulement je ne le considère pas comme un reproche. Comme je l'ai déjà dit, je ne me suis pas proposé de rien bâtir de nouveau dans le monde, parce que je ne crois pas que le temps en soit encore venu. Il ne peut être question que d'une intime préparation, justement pour ceux que ne satisfait plus l'antique et que no rassurent pas les demi-mesures. Je ne voudrais ni ne veux détruire aucune confiance, aucune foi ; mais où elles sont déjà ébranlées, je veux montrer la direction où, selon ma conviction, on pourra trouver un sol ferme.

Ce sol, dans ma pensée, ne peut être autre que ce qu'on nomme la moderne conception du monde, résultat péniblement acquis en scrutant sans repos la nature et l'histoire, contrairement à l'usage de l'Eglise chrétienne. Mais cette moderne conception du monde, comme je la comprends, je ne l'ai jusqu'ici exposée que dans quelques indications partielles, et jamais avec détails d'une manière

à peu près complète. Je n*ai jamais suffisamment essayé de montrer si elle possède par elle-même une base sûre, une solidité, une unité et une cohésion à toute épreuve. Je regarde comme un devoir, non-seulement pour les autres, mais pour moi-même , de faire cette tentative. Dans un demi-rêve on réunit par la pensée maintes choses qui ne concordent pas dès qu'on veut les faire pénétrer dans la forme étroite des mots et des phrases ; aussi je ne m'engage en aucune façon par avance à réussir complètement dans cette entreprise, à ne pas laisser subsister quelques lacunes, quelques apparentes contradictions. Par cette raison que je ne cherche pas à les dissimuler, la critique reconnaîtra la droiture de mes intentions; au moyen de ses propres méditations, elle sera en état de juger de quel côté, ou de la foi antique ou de la nouvelle science, se rencontrent le plus d'obscurités et d'insuffisances inévitables.

J'ai donc à exposer deux choses : tout d'abord nos rapports avec la foi de l'ancienne Eglise; ensuite, les fondements de la nouvelle conception du monde, pour laquelle nous nous déclarons.

La foi de l'Eglise est le christianisme. Par conséquent la première question qui se présente est : si nous sommes encore chrétiens, et dans quel sens. Le christianisme est une forme déterminée de la religion, dont l'essence gêné-

raie difiere certainement de cette forme ; on peut avoir renoncé au christianisme, et cependant être encore religieux. De cette première question naît donc cette autre : Avons-nous encore une religion?

Notre seconde question principale , de la nouvelle conception du monde, bien considérée, se divise aussi en deux. Nous devons avant tout savoir en quoi consiste cette conception, sur quelles preuves elle s'appuie; et en face surtout des anciennes vues de TEglise, quels sont ses caractères distinctifs. Nous voudrons aussi apprendre si ces vues modernes sur le monde rendront les mêmes services, et seront à nous-mêmes plus ou moins utiles que les vues chrétiennes aux vieux croyants; si elles seront plus ou moins propres à fonder Tédiflce de la véritable vie humaine, c'est-à-dire de la vie morale et par conséquent heureuse.

Nous demandons en première ligne :

Chrétiens dans quel sens? Car maintenant le mot a différentes significations, non-seulement d'après les confessions, mais encore d'après les nombreuses nuances entre la foi et les commentaires. Que nous ne soyons plus d'aucune confession dans le sens de l'ancienne foi, ce qui précède l'indique suffisamment ; d'autre part, entre toutes les couleurs que reflète aujourd'hui le christianisme, c'est seulement à l'égard de la plus vive, de la plus arrêtée que nous devons nous déclarer. Cependant beaucoup de choses resteraient incomprises si nous n'exposions, au moins dans ses grands traits, l'antique foi chrétienne; les formes primitives font seules comprendre les formes dérivées.

Si nous voulons savoir comment cette antique et pure foi de l'Église a pris naissance et comment elle se comporte aujourd'hui, n'allons pas la chercher près des théologiens

actuels, voire même les orthodoxes, où elle se trouve toujours dénaturée; puisons-la aux sources, à une des anciennes professions de foi. Considérons la première entre toutes, encore en usage aujourd'hui dans TÉglise, nommée le symbole des apôtres, que nous compléterons et commenterons à l'occasion d'après les développements qui ont suivi.

Le symbole des apôtres se divisa en trois articles quand fut formulée la trinité divine, le dogme fondamental de l'antique foi de l'Église. Sur cette trinité même il ne dit rien autre, aussi les professions de foi postérieures s'y étendent d'autant plus, le symbole de Nicée et celui d'Athanase. « La croyance catholique est, dit le dernier, que nous adorons un Dieu dans la trinité, et la trinité dans l'unité, sans mêler les personnes ni partager l'essence. » Ainsi, autre est la personne du Père, autre la personne du Fils, autre celle du Saint-Esprit, et cependant toutes trois ne font qu'un Dieu.

C'est à croire que ces vieux chrétiens, si ignorants des choses naturelles, en possédaient d'autant plus de puissance intellectuelle pour l'arrangement de tout ce surnaturel; car de telles conceptions à quoi notre esprit se refuse absolument, de penser que trois sont un et que un est trois, étaient pour eux une vétille, peut-être même une distraction, dans laquelle ils se prélassaient, pour laquelle ils pouvaient lutter de longs siècles avec toutes * les armes de la subtilité et de la sophistique; mais aussi avec une passion qui ne reculait pas devant la violence et le meurtre. On vit même un réformateur, pour une hérésie touchant cette doctrine, traîner au bûcher un émi-

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