LA TRINITÉ. LA CRÉATION
nent médecin et naturaliste, qui avait la faiblesse de ne pas laisser de côté la théologie.
Aujourd'hui nous ne savons plus nous passionner ni même nous animer pour un tel dogme ; quand par hasard nous y pensons, nous ne pouvons nous imaginer rien autre chose que de le détourner de sa signification; mais nous faisons beaucoup mieux, en nous rendant compte de quelle façon les vieux chrétiens sont venus peu à peu à une aussi étrange doctrine. Cela appartient à l'histoire de l'Église, qui nous montre également comment en sont revenus les nouveaux chrétiens ; car si le dogme de la trinité n'est pas abandonné en apparence , il a néanmoins perdu sa vigueur des premiers temps, même dans les cercles pour le reste de vrais croyants.
Comme début, le premier article du symbole des apôtres exprime simplement la foi en Dieu, le père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.
Nous reviendrons plus tard sur la notion générale d'un Dieu créant le monde, comme sur une idée religieuse fondamentale ; ici nous nous contenterons de jeter un regard sur la théorie plus immédiate de la création du monde, que l'Église a exposée d'après le récit biblique (1 L. Moïse, I), et qui sans plus de façon fut constituée article de foi.
C'est l'œuvre fameuse des six jours, d'après laquelle Dieu n'aurait pas appelé le monde à l'existence, tout d'un
coup, par un simple acte de sa volonté, mais peu à peu, en six jours correspondants à la semaine judaïque. Acceptons ce récit tel qu'il se présente, comprenons-le comme le produit de son temps, comparons-le aux histoires de la création ou cosmogonies que nous rencontrons chez les autres peuples, et au milieu de toute sa naïveté nous y trouverons un sens élevé, et nous le considérerons avec une bienveillante attention. Nous ne ferons certes pas un reproche au vieux poëte hébreu de n*avoir rien su du système de Copernic ou des modernes découvertes de la géologie.
Quel tort ne fait-on pas, en le pétrifiant dans un dogme, à un tel récit biblique, qui autrement nous charmerait et nous toucherait! Dès lors il devient un obstacle qui gêne et contre lequel se tournent avec emportement toutes les intelligences progressistes, tous les démolisseurs de la critique. Ainsi en a-t-il été de cette cosmogonie mosaïque qui, une fois reconnue dogme, a armé contre elle toutes les nouvelles sciences naturelles.
La place qu'elle assigne à la création des corps célestes devait soulever la principale protestation. A tous les points de vue, ceux-ci y viennent trop tard. Le soleil n'est créé qu'au quatrième jour, quand déjà ont trouvé place , pendant trois jours , trois alternatives de jour et de nuit, qui ne peuvent se comprendre sans la présence du soleil. Puis la terre est créée plusieurs jours avant le soleil , qui en devient , comme la lune , le simple serviteur. Des étoiles il n'est question qu'en passant. Ce renversement des vrais rapports entre les astres convient peu à une histoire inspirée. Ceci devait également sur-