‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 39 sur 175 · LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

LA RÉDEMPTION

comme celui de la rédemption, et le commente surtout par ce côté. Il désigne le Christ comme celui « qui m'a racheté, moi homme perdu et damné, et m'a délivré de la mort et de la puissance de Satan, non par l'or et l'argent, mais par son précieux sang et par l'innocence de sa yie et de sa mort ».

Telle est la seule vraie notion de l'Eglise concernant la rédemption et le rédempteur. Nous hommes, nous avions, par nos ancêtres et par nos propres péchés, mérité la mort et la damnation éternelle, et déjà nous étions livrés à la puissance du démon : alors Jésus est venu au milieu de nous, a reporté sur lui la mort dans sa forme la plus douloureuse, a supporté à notre place la colère divine, et par là , pourvu que nous crojâons à lui et à cet effet de sa mort, nous a délivrés du châtiment mérité , c'est-àdire de sa plus grave conséquence, la damnation éternelle.

Au sang par lequel nous avons été rachetés, Luther oppose l'or et l'argent qui n'y ont pas été employés. Bien que ce soient des expressions bibliques, l'antithèse primitive était autre. Elle se trouve dans la lettre hébraïque : « le Christ ne le fit pas par le sang des boucs et des veaux, mais par le sien propre ». La doctrine de la réconciliation chrétienne est sortie de l'ancien mode des sacrifices juifs. Au fond du vieil usage des sacrifices expiatoires il y a un pieux sentiment, mais caché sous une grossière enveloppe; et la transformation qu'elle a subie dans le christianisme n'est nullement un perfectionnement. Au contraire. Tout le monde sait que les sacrifices, par lesquels les peuples barbares croyaient apaiser la colère de leurs dieux , furent à Forigine des sacrifices

humains. Ce fut un progrès, un perfectionnement quand on commença, en place d'hommes, à offrir des bêtes. Puis reparut le sacrifice humain. Ce fut à la vérité avant tout une métaphore; il ne s'agit plus d'un sacrifice formellement accompli par un prêtre; mais la condamnation et l'exécution criminelle, par un peuple égaré et ses chefs, du Messie, du fils de Dieu, qui avait accepté son sort avec résignation, fut considérée comme un sacrifice expiatoire. Ainsi vont les choses. La comparaison fut bientôt prise au sérieux. Dieu lui-même l'avait ordonné; l'immolation de Jésus était la seule condition pour qu'il pût ou voulût pardonner aux hommes.

Quand un innocent perd la vie , soit par la violence , soit par une sentence injuste, surtout quand il meurt martyr d'une vérité qu'il a proclamée, d'une bonne cause qu'il a représentée , l'effet produit ne se perd jamais et diffère seulement de manière et de portée selon la situation et l'importance de la victime. Les exécutions d'un Socrate, d'un Giordano Bruno, d'un Charles I®^, d'un Louis XVI, d'un Oldenbarnewelt et d'un Jean Calas ont agi dans leur ressort chacune selon sa nature. Mais dans tous les cas ce résultat moral fut amené, par leur influence sur le cœur des hommes.

La mort de Jésus eut une même influence morale. La vive et profonde impression qu'elle fit sur l'esprit des dis-

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