IJI VIE ET LA. DAMNATION ÉTERNELLES
et lui-même fût-il déjà mort; mais il ne pouvait la recevoir si son âme, rappelée par Dieu ou le Messie du séjour des ombres, où elle traînait en attendant une existence misérable, n'était réunie à son corps ranimé, et ne recevait la faculté d'une nouvelle vie et de nouvelles jouissances. Si dans le monde chrétien l'idée des jouissances messianiques s'est peu à peu raffinée, elle conserve néanmoin» dans l'Eglise un certain caractère matérialiste (que de notre côté nous ne lui imputons pas à mal), puisque celle-ci ne peut concevoir une vie complète et réelle de l'âme sans corporalité.
La difficulté qu'il y aurait à reconstituer tous ces corps humains décomposés jusqu'aux os , et même entièrement anéantis, fut naturellement légère à l'Église, qui en laissa le soin à la toute-puissance divine; aujourd'hui, nos connaissances plus étendues de la nature nous rendent le mauvais service de nous montrer cette idée comme totalement irréalisable. Et voici de plus que ceux qui croient à l'immortalité sont devenus de tels spiritualistes , qu'ils espèrent en vérité conserver leur âme bien aimée dans toute l'éternité, mais ne savent plus que faire de leur corps mortel.
Les ressuscites entrent dans la vie éternelle , mais pas tous ; il y a une double résurrection, l'une pour la vie, l'autre pour le jugement, c'est-à-dire pour la damnation éternelle. Et l'on constate avec douleur que le nombre des réprouvés surpasse à l'infini celui des élus. Est damnée d'abord toute l'humanité qui précéda le Christ, moins quelques âmes privilégiées, comme les patriarches juifs, qui ont été délivrés de l'enfer par grâce particulière. Puis avec cela tous
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les païens, juifs et mahométans, et dans la chrétienté même les hérétiques et les impies. Et ces derniers seuls par leur propre faute; tous les autres le sont simplement en raison du péché d'Adam ; car à peu d'exceptions prèsj concernant ceux qui sont nés après le Christ, ils ne sont en rien responsables de ce que le christianisme n'est pas venu à eux.
C'est là un bilan fort peu satisfaisant , et si l'on avait quelque peu espéré, en compensation de tant de choses révoltantes qui se rencontrent dans les prqprositions de l'Église, en particulier dans la doctrine de la chute d'Adam et du péché originel, d'être dédommagé par les conséquences finales de la rédemption, on est cruellement déçu. « La plupart des hommes, dit Reimarus, vont au démon, et parmi des milliers, un seul à peine est sauvé. » Cette idée tourmentait durant sa vie mon rêveur et pieux grand- père : de même que dans une ruche, une seule abeille est reine entre des milliers d'autres, de même pour des milliers d'âmes humaines, une seule est sauvée !
Voilà dans ses grands traits l'antique foi chrétienne, dont les divergences provenant des différentes confessions ont peu d'importance, eu égard à notre but. Après avoir traversé la réforme, elle pénétra dans les temps modernes, dont les premiers mouvements se laissent deviner dès le dix-septième siècle en Angleterre et dans les Pays-Bas.