‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 42 sur 175 · PROTESTATIONS. DÉISTES ET LIBRES PENSEURS · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS. DÉISTES ET LIBRES PENSEURS

Sous Tinfluence des premières recherches sur la nature et l'histoire, la raison se développa, et elle trouva que plus elle prenait de forces, moins la doctrine enseignée par l'Eglise 'restait acceptable. Le mouvement des esprits se transmit au dix-huitième siècle d'Angleterre en France, déjà préparée par son Bayle, puis en Allemagne, de sorte que dans ce combat contre l'antique foi de l'Eglise, nous voyons chacun de ces trois pays jouer son rôle. A l'Angleterre échut la première attaque et la préparation des armes, ce qui fut la part des libres penseurs ou déistes; les Français apportèrent ces armes en deçà du détroit et surent les manier avec courage et dextérité dans une foule de petits combats incessants; tandis qu'en Allemagne un homme surtout entreprenait en silence l'investissement et le siège de l'orthodoxe Sion. Les rôles de la France et de l'Allemagne se partagèrent comme le plaisant et le grave ; là Voltaire, ici Hermann-Samuel Reimarus servirent de types pour les deux nations.

L'épreuve à laquelle ce dernier soumit la Bible et le christianisme se termina malheureusement pour tous deux. Ils n'échappèrent pas plus au sérieux Reimarus qu'au satirique Voltaire. Dans tous le cours de l'histoire biblique, Reimarus n'avait rien trouvé de divin ; mais d'autant plus d'humain dans le mauvais sens du mot. Pour lui, les patriarches étaient des hommes grossiers, égoïstes et astucieux; Moïse, un ambitieux qui n'hésitait point à établir une législation médiocre par la fraude et le crime; David, cet « homme selon le cœur de Dieu », un despote cruel, débauché et hypocrite; en Jésus lui-même, Reimarus trouvait à regretter qu'il n'ait pas fait de l'œuvre de

conversion son unique souci, mais ne Tait entreprise que comme préparation au plan ambitieux de fonder un empire terrestre du Messie : là-dessus il périt, et ses disciples dérobèrent son corps pour le donner comme ressuscité et asseoir par cette imposture leur nouvelle croyance et leur puissance spirituelle. Toujours d'après Reimarus, cette croyance chrétienne ne dément pas son origine. Elle est entièrement fiiusse et pleine de contradictions, opposée à toute saine notion religieuse et au développement moral de rhumanité, Les points de l'ancienne foi de l'Église qui pouvaient mériter ce jugement ont été précédemment indiqués. -

Plus on s'occupait sérieusement en Allemagne du résultat négatif de cette épreuve, qui semblait pouvoir influer sur le mode de penser, plus la tentative d'un accommodement paraissait nécessaire. La raillerie et la satire peuvent bien ne pas tenir compte de l'éclatant contraste qui consiste à repousser aujourd'hui avec horreur et mépris ce que hier encore on vénérait avec tout le monde comme la plus haute expression de la sainteté ; mais où le sérieux domine, ce contraste ne subsiste pas longtemps. C'est ainsi que l'Allemagne, non la France, fut le berceau du rationalisme.

Le rationalisme est un compromis entre la vieille foi de l'Église et le résultat purement négatif de l'examen de

Page 1