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LE RATIONALISME

cette foi par les nouvelles lumières. D'après lui, tout est en effet naturel dans Thistoire biblique ; mais digne aussi de respect dans ses points principaux. Les personnages marquants de l'Ancien Testament étaient des hommes comme les autres; mais néanmoins pas plus mauvais, et distingués sous maint rapport. Jésus n'était pas le fils de Dieu dans le sens ecclésiastique, mais n'était pas non plus un ambitieux se posant comme un Messie terrestre : c'était un homme aimant vraiment Dieu et l'humanité, qui périt martyr de ses efforts pour répandre dans son peuple une pure doctrine morale et religieuse. Les nombreuses histoires de miracles contenues dans la Bible et surtout dans les évangiles ne reposent pas sur la fraude, mais sur l'erreur, les témoins oculaires ou les écrivains ayant tenu pour miracles ce qui s'était passé naturellement, ou bien encore, les lecteurs voyant du miraculeux où les narrateurs n'ont rien voulu donner comme tel.

Comment le rationalisme se tient à l'extrême limite d'un Reimarus, je vais le montrer par deux exemples, dont je prends l'un au commencement, l'autre à la fin de l'histoire biblique. Reimarus, qui du reste tenait le récit de la chute originelle comme fabuleux, le trouvait avant tout inconvenant, parce qu'en montrant Dieu plantant un arbre séducteur devant les yeux de nos candides parents, irritant leurs désirs par une défense arbitraire et laissant agir le serpent tentateur, il le faisait l'auteur de tous les maux. Mais qui sait .si cette défense était si arbitraire ? demande le rationaliste Eichhorn. L'arbre était probablement vénéneux, et ses fruits un danger pour l'homme. Le rationaliste ne pouvait accepter ni un Dieu donnant

un ordre exprès, ni un serpent parlant; mais peut-être les premiers hommes virent-ils une fois un animal mourir dans des convulsions pour avoir mangé de ce fruit, et une autre fois un serpent n'éprouver dans le même cas aucun dommage ; malgré cet avertissement, ils essayèrent de cette jouissance, qui, sinon immédiatement, du moins plus tard, devait causer leur mort et attirer sur leur postérité les douleurs physiques et morales.

L'autre exemple est la résurrection de Jésus. A cet égard, comme l'on sait, Reimarus était persuadé que les apôtres avaient enlevé du tombeau le corps de leur maître pour le donner comme ressuscité et pouvoir fonder làdessus un système enthousiaste de religion, auquel leur ambition et leur égoïsme trouvaient leur compte. Rien moins ! s'écrie le rationaliste. Les disciples étaient d'autant plus éloignés d'une telle bassesse qu'ils en avaient moins besoin. Jésus n'était pas réellement mort, malgré les apparences, lorsqu'on le descendit de la croix et qu'on le déposa avec les arômes dans la caverne voûtée ; là il revint à lui et par son apparition surprit ses disciples, qui, malgré ses efforts pour les persuader du contraire, le regardèrent comme un être surnaturel aussi longtemps qu'il se fit voir parmi eux.

Et le rationalisme s'y prit avec la doctrine chrétienne comme avec l'histoire biblique. Il échappa à la répulsion qu'avait éprouvée le radicalisme des libres penseurs en face de ces hypothèses irrationnelles ou de ces conclusions dangereuses pour la morale, en émoussant ou brisant leur pointe. La trinité devint une mauvaise manière de parler; l'humanité ne fut plus perdue et maudite à cause d'Adam,

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