‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 47 sur 175 · LE DUALISME DANS LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LE DUALISME DANS LE CHRISTIANISME

ment appeler pessimiste en ce qui concerne la valeur de cette vie.

Le dualisme chrétien et le nihilisme bouddhiste ont essentiellement les mêmes résultats quant à l'appréciation et l'usage de la vie humaine. De tout ce qu'ici bas l'activité peut se proposer pour objet et pour but, rien n'a de réelle valeur; tout ce qui y tend est non-seulement vain, mais encore un obstacle à l'accomplissement de la vraie destinée de l'homme, qu'elle s'appelle le néant ou l'empire céleste. Abstraction faite do l'activité nécessaire 4 l'adoucissement des souffrances étrangères et à l'extension de ridée rédemptrice, dans la doctrine du Christ ou de Bouddha, une existence aussi passive que possible conduit le plus sûrement au but.

Avant tout aspirer aux biens terrestres, les posséder même, si l'on ny renonce volontairement, est un mal. Dans l'Evangile, l'homme riche est voué à l'enfer par cette raison seule qu'il a vécu tous les jours dans la joie, sans que d'ailleurs nous ayons rien appris sur lui de défavorable. A un disciple opulent, qui, outre l'accomplissement des commandements ordinaires, voudrait encore faire quelque chose, Jésus n'a rien de mieux à conseiller, que de vendre tout ce qu'il possède et d'en donner l'argent aux pauvres. Un vrai culte de la pauvreté et de la mendicité est commun au christianisme et au bouddhisme. Les moines mendiants du moyen âge, comme aujourd'hui encore la mendicité à Rome, sont de pures institutions chrétiennes, qui n'ont été restreintes dans les pays protestants que par des causes tout à fait étrangères.

€ Il nous faut toujours, dit Thomas Buckle, entendre

56 SOMMBS-NOUS ENCORE CHRftTIBNS?

parler des maux de la richesse et de Famour coupable de For; et cependant, après le besoin de savoir, aucune passion n'a fait autant de bien à l'humanité . Nous lui sommes redevables de tout commerce et de toute industrie ; l'activité commerciale et industrielle nous a familiarisés avec les produits des différents pays, a éveillé notre désir de connaître, a élargi nos idées par les rapports avec des nations différentes de mœurs, de langage et de pensée, a habitué l'homme aux entreprises, à la prévoyance, au calcul, nous a en outre appris quantité d'arts utiles, nous a mis en possession de précieux moyens pour sauvegarder notre vie et adoucir nos souffrances. Tout cela nous le devons à l'amour de l'or. Si les théologiens réussissaient à le détruire, cela cesserait et nous retomberions dans la barbarie. » Buckle a surtout clairement prouvé, dans son œuvre remarquable, que sans richesse il n'y a pas de loisir, et sans loisir pas de science ni d'art.

Ce qui n'empêche pas l'instinct industriel d'exiger comme tout autre une restriction, une subordination à un but plus élevé; mais dans la doctrine de Jésus, il n'est aucunement reconnu, son action sur la civilisation et l'humanité n'est pas comprise, et à ce point de vue le christianisme se montre un principe ennemi du progrès. Il ne prolonge sa durée au milieu de la civilisation contemporaine que par des corrections émanées d'une intelligence plus réelle du monde, assez généreuse, ou faible ou dissimulée pour les mettre au compte du christianisme, dont elles sont plutôt l'opposé.

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