ORIGINE DE LA CROYANCE A LA RÉSLTIRECTION DE JÉSUS
Lorsqu'il eut fini sur la croix comme un criminel, contre l'attente de ses disciples , ceux-ci devinrent les arbitres de sa destinée future. S'ils se laissaient troubler, par sa mort violente et par la ruine de ses projets, dans la foi qu'il était le Messie, le souvenir de sa personne et de ses émouvantes paroles vivait peut-être quelque temps encore dans la Judée ; mais son action s'efiaçait bientôt, comme la ride à la surface de l'eau touchée par une pierre. S'ils voulaient, malgré sa triste fin , lui rester fidèles comme au Messie, il leur fallait échapper à la contradiction qui en résultait; ils devaient surtout rattacher son existence terrestre violemment brisée au rôle que selon ses prédictions il devait jouer, comme fils de l'homme venant sur les nuées du ciel. D'après le sort commun, il était depuis sa mort descendu à l'empire des ombres ; si celui-ci le conservait, le fil était brisé , son rôle était fini , aucune foi , aucune espérance ne s'appuyait plus sur lui. C'était là le moment d'agir. Il ne devait pas être mort , ou , puisqu'on savait qu'il l'avait été, il ne devait plus l'être.
On eut recours à l'Ecriture, ce qui fut un grand avantage. Au point où en était l'art des commentaires, on pouvait y trouver tout ce qu'on désirait. L'auteur du seizième psaume, ou David ou un autre, n'avait bien entendu pas songé à parler au nom du Messie ; il témoignait seulement de sa sereine confiance en Dieu ; et quand il exprimait que
Dieu ne le laisserait pas à l'enfer et ne souffrirait pas que son saint éprouve la corruption, il pensait uniquement, qu'avec l'aide de Dieu, il échapperait à tous les dangers. Mais un disciple de Jésus, en quête de soutiens pour sa foi chancelante, découvrit que David était mort et corrompu; qu'il ne pouvait alors avoir parlé de lui-même; mais, comme prophète, de son illustre rejeton, le Messie, — Jésus sans aucun doute, — qui par conséquent n'était pas resté dans le tombeau, n'avait pas été laissé à l'enfer. Les actes des apôtres placent cette interprétation dans la bouche de Pierre, le jour fameux de la Pentecôte, et nous pouvons voir dans ce récit la manière dont les disciples sont arrivés à l'idée de la résurrection de leur maître. Dans Isaie, le passage de l'agneau conduit à la boucherie fut interprété de la même façon, et plus tard Philippe l'évangéliste affirma à l'éthiopien que cet agneau était Jésus. Quand nous lisons que Jésus, apparaissant dans leur route aux disciples d'Emmaus, les entretint des passages de l'Ecriture qui traitaient de lui, de sa mort et de sa résurrection, cela veut dire, au point de vue de l'histoire, que dans ces jours difficiles, les disciples ont fouillé surtout les Ecritures pour y trouver consolation et espérance.
La terreur qu'avait fait naître en eux l'exécution de leur maître les avait ramenés de la dangereuse capitale dans la Galilée, leur patrie. Là, ils avaient pu, dans des entrevues secrètes, célébrer son souvenir, fortifier leur foi, tourner et retourner les Ecritures, disputer entre eux pour la lumière et la certitude. C'étaient des combats d'esprit, qui, dans ces natures orientales, religieuses et fantastiques, superficiellement développées et féminines avant