‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 51 sur 175 · INSUFFISANCE DE DOCUMENTS SUR JÉSUS · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DE DOCUMENTS SUR JÉSUS

relies si épaisses, ont tellement disposé la lumière, qu'on ne peut plus retrouver ni les couleurs naturelles ni l'éclat primitif. On ne chemine pas impunément entre certains palmiers, moins encore entre les dieux. Quiconque est divinisé le paie irrévocablement de son humanité. Ce serait une vaine illusion de chercher, par une opération quelconque, à dégager une forme humaine de documents comme nos évangiles, qui nous parlent d'un être surhumain et sont en outre défigurés par des intérêts et des querelles de partis. Il nous faudrait comme contrôle des récits de la même vie composés à un point de vue purement rationnel, et nous n'en possédons pas. Toutes les peines de nos modernes auteurs qui écrivent sur la vie de Jésus, quelque forts qu'ils se fassent de montrer dans leurs sources primitives l'origine humaine, la naissance, l'extension et le développement successif des idées de Jésus, toutes ces peines, par le défaut de documents (hors une phrase générale de l'histoire de l'enfance, dans Luc), aboutissent à la nécessité de reconnaître ces transpositions, arbitraires comme des artifices apologétiques sans aucune valeur historique.

Ce n'est pas seulement le développement des idées de Jésus qui est obscur pour nous, mais bien son existence tout entière. Et pour conclure de tout ce qui a été dit jusqu'ici, il n'est pas du tout certain que Jésus ne se soit pas finalement égaré sur lui-même et son œuvre. Cela est incontestable s'il a sur la croix prononcé ces paroles bien connues : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? Il est possible, et j'ai moi-même indiqué cette conjecture, que ces mots lui aient été prêtés pour lui appliquer, dès son début..

un psaume que la première chrétienté considérait comme le programme des souffrances du Messie; mais il est au moins aussi possible qu'il les ait réellement prononcés. S'il est ensuite ressuscité, c'est-à-dire s'il a été l'homme- Dieu souffrant, cela ne lui fait aucun tort.; c'est le témoignage de la grandeur de ses souffrances, le cri de douleur de la faible nature humaine, effacé par la puissance de la nature divine, telle qu'elle se manifeste bientôt après par la résurrection. Mais en le considérant comme un héros humain, cette parole donne plus qu'à penser. Car alors il n'a pas compté sur la mort, il a conservé jusqu'à la fin cette illusion des légions d'anges, et comme elles n'arrivaient pas et le laissaient languir attaché à la croix, il est mort déçu et le eœur brisé. Et si nous devons le plaindre en raison de la supériorité de son cœur et de ses aspirations, si nous devons trouver cruelle et injuste la sentence qui l'a frappé, nous ne pouvons nous refuser de juger qu'une attente si fantastique n'a pas autre chose à espérer qu'un insuccès filial.

Encore une fois, la chose n'est pas certaine; mais c'est là le mal, que dans la vie de Jésus tant de faits essentiels ne soient pas certains, que nous ne sachions clairement ni ce qu'il a voulu, ni dans quelles proportions il l'a voulu. Peut-être y parviendra-t-on ; mais l'état des choses est bien différent si d'un côté l'on possède la certitude, ou si d'un autre côté, à la place de cette certitude immédiate de la foi, nous avons en perspective, au bout des recherches d'une critique profonde, tout au plus la vraisemblance. De celui à qui je dois croire, à qui je dois m'attacher comme à mon idéal moral, il me faut avant tout une idée

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