‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 52 sur 175 · JÉSUS VISIONNAIRE · texte numérisé non relu

JÉSUS VISIONNAIRE

précise, exacte. Un être dont je ne vois que la silhouette vacillantç, dont j'ignore les qualités essentielles, peut m'intéresser comme thème de recherches scientifiques , mais ne peut en rien me servir pour la vie pratique. Le Christ de la foi, de la légende a, lui, des traits définis où Ton peut s'appuyer ; mais naturellement pour le seul croyant, qui accepte par surcroit toutes les impossibilités, toutes les contradictions contenues dans cette figure. Le Jésus de l'histoire, de la science est un problème, et un problème ne peut pas être l'objet de la foi, l'idéal de la vie.

Et par malheur, entre ce que comparativement nous savons le mieux de Jésus, si nous accordons à la science son droit sur lui, il est une raison qui doit le rendre tous les jours plus étranger à la vie religieuse de l'humanité , telle que l'a faite l'influence civilisatrice des temps modernes.

Qu'il ait destiné son empire aux Juifs seuls ou aux païens , qu'il ait accordé plus ou moins de valeur à la loi mosaïque ou au service du temple, qu'il ait prévu sa mort ou ait été surpris par elle, ou bien l'on ne peut établir aucun fondement historique sur nos évangiles , ou bien Jésus s'est attendu à venir , dans un temps très-prochain , sur les nuées du ciel, pour ouvrir cet empire du Messie annoncé par lui. S'il fut le fils de Dieu ou en quelque manière un être surhumain, il n'y a rien à objecter, si ce n'est que

la chose n'étant pas arrivée, par conséquent, celui qui l'avait prédite perd ce caractère d'être divin. S'il ne fut pas cela, mais simplement un homme, et qu'il ait nourri une telle espérance , nous ne pouvons rien contre ceci : D'après nos idées il fut un visionnaire.

Depuis longtemps ce mot n'est plus, comme au siècle précédent, une injure ou une satire. Nous savons qu'il y a eu de nobles et spirituels visionnaires. Un visionnaire peut soulever, entraîner, et historiquement avoir une action durable; mais nous ne le choisirons pas comme guide de notre vie. Il nous entraînerait dans une fausse voie, si nous ne placions son influence sous le contrôle de notre raison.

C'est ce qu'a négligé de faire la chrétienté pendant tout le moyen âge. Elle ne s'est même pas contentée de suivre son Christ dans le mépris du monde, elle l'a dépassé. Au moins lui restait dans le monde, ne fût-ce que pour persuader les hommes de leur peu de valeur ; quand plus tard les ermites et les moines fuyaient le commerce des hommes, ils allaient plus loin que lui, mais dans la voie cependant qu'il leur avait tracée. Il est vrai qu'ils savaient s'accommoder du renoncement aux biens terrestres ; l'individu ne devait rien posséder, mais la communauté, le cloître, l'Eglise et ses chapitres devaient posséder d'autant plus. L'ordre de présenter la joue gauche à quiconque nous a frappé sur la droite, fut aussi corrigé par l'humaine intelligence. A part quelques saints, le moyen âge fut aussi querelleur qu'aucun autre temps. Les braves pères et mères de famille ont songé au lendemain, malgré la parole de leur Christ; mais il y a un côté de l'accomplissement de leurs devoirs terrestres où les hommes firent preuve

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