‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 57 sur 175 · PREMIER DÉVELOPPEMENT DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

PREMIER DÉVELOPPEMENT DE LA RELIGION

verses de la même puissance, de la divinité des espaces aériens, du Zeus des Hellènes, qui, ou propice ou redoutable, tantôt envoie aux campagnes la pluie fécondante, tantôt — et non pas sans choix, comme pense le poëte moderne — Téclair destructeur. Une telle puissance, malgré les forces dangereuses qu'elle tient à ses ordres, peut en soi être bonne, bien disposée envers l'homme, et laisser place à ces manifestations hostiles seulement quand celui-ci Ta irritée contre lui et a soulevé sa colère. Par conséquent, il lui sera d'autant plus facile d'apaiser cette colère d'un être bienveillant en soi, par des preuves de soumission et de dévouement.

Si dans un pays il existe un phénomène ou un ensemble d'effets naturels particuliers, surtout de ceux qui influent plus spécialement pour le bien ou le mal des hommes, comme en Egypte, d'une part le Nil, d'autre part le vent du désert, comme tels, ils sont personnifiés, et cette tendance parcourt bientôt tout le cercle de la nature et de la vie humaine. Au ciel, devenu Uranos ou Zeus, s'oppose la terre devenue Géa ou Déméter, la mer devenue Poséidon; l'élevage du bétail et l'agriculture, les céréales et la vigne ont leurs divinités respectives ; aussi la musique et la médecine, le commerce et la guerre. La fantaisie des peuples en use sans mesure et sans souci. Tantôt ces domaines sont partagés entre différents dieux, tantôt attribués à un même dieu dont ils sont des manifestations spéciales. Avec la musique et les oracles, Apollon est encore le dieu de la médecine, qu'il a transmise à son fils Esculape, qui doit y présider spécialement. Mars est le dieu de la guerre ; mais Minerve est aussi

une déesse guerrière ; dans l'un la guerre est personnifiée comme une pratique brutale et inhumaine, dans Tautre comme un art soumis à des règles. Et depuis Stator jusqu'à Pistor et Stercutius, depuis Regina jusqu'à Pronuba et Lucina, quelle masse de fonctions et de surnoms ne furent pas amoncelés sur Jupiter et Junon, pour leur être de nouveau en partie enlevés dans un échange confus avec des divinités subalternes !

Car plus un peuple croît en civilisation, plus, à côté de la nature avec ses horreurs et ses bienfaits, il prend intérêt à la vie humaine dans ses divers rapports. Et plus il y a place dans cette vie humaine pour l'incertain et les risques, pour les événements qui échappent au calcul et à la force humaine, plus est pressante pour l'homme la nécessité de supposer des puissances sympathiques à sa propre nature et disposées à exaucer ses prières et ses vœux. Et en même temps la nature morale de l'homme se présente comme facteur actif. Protégé contre ce qui l'entoure, il veut sentir encore ses plus nobles tendances protégées contre sa propre sensualité et son irréflexion, et il établit une divinité pour présider aux réclamations de sa conscience.

Combien le nouveau venu ne se trouve-t^il pas dénué de secours au milieu d'un peuple étranger, et combien n'est-il pas facile aux indigènes d'en tirer profit dans cette situation fâcheuse! mais il est un Zsîx; Çévtoç qui protège les hôtes. Combien est-il peu sûr de se fier aux promesses d'autrui, même faites sous serment, et combien est proche la tentation de s'en affranchir! mais il y a un Zsù; ô'pyioç qui punit le parjure. Le meurtre

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