LE POLYTHÉISME ET LE MONOTHÉISME. 8Ô
n'est pas toujours découvert par les hommes; mais les Érynnies veillent et s'attachent aux pas du meurtrier fugitif. Chez les peuples civilisés le mariage fut toujours un des actes les plus importants de la vie ; mais combien il renferme de hasards, de possibilités de malheurs, de tentations de mal faire! Pour s'en garantir le Grec et le Romain pieux se procurèrent une sauvegarde dans le mariage céleste de Zeus et d'Héré. Ce n'est certes pas un mariage modèle dans le sens idéal du mot, c'est plutôt l'image de la fragilité de l'union humaine peinle par les Grecs avec toute leur légèreté morale. Mais Jupiter et Junon fondaient et perpétuaient les unions conjugales entre les hommes. Junon surtout conduisait à l'époux sa fiancée, la guidait dans sa maison, dénouait sa ceinture, comme elle dissipait plus tard les nuages entre les époux ; enfin elle amenait à la lumière, sans péril pour la mère, le fruit béni du mariage, l'enfant.
La forme primitive, et, dans un certain sens, naturelle de la religion fut par conséquent le polythéisme. C'était une pluralité de phénomènes qui apparaissaient à l'homme, une pluralité de puissances qui l'opprimaient, contre lesquelles il voulait être protégé ou desquelles il voulait s'assurer; c'était une pluralité de rapports sociaux qu'il voulait fonder et consacrer; il devait donc naître en lui une pluralité d'êtres divins, Cela est confirmé par cette
observation, que tous les peuples de la terre qui se trouvent encore en quelque sorte à Tétat de nature, aujourd'hui comme jadis, sont ou furent polythéistes. Le monothéisme apparaît partout dans l'histoire, même parmi les Juifs, comme un état secondaire, sorti par la suite des temps d'un polythéisme primitif. Comment s'effectua ce passage ?
L'on dit bien qu'une observation plus attentive de la nature a dû dévoiler à l'homme la connexion de tous les phénomènes, l'unité du plan auquel concourent toutes les lois. Et il a dû en résulter, sous le rapport de la pensée, que finalement les nombreux êtres divins se sont réciproquement gênés, et, par conséquent, dépouillés de leur caractère, de sorte que la divinité, dans son sens absolu, resta une. De telles conceptions ayant pris naissance chez quelques hommes supérieurement doués de l'antiquité, ceux-ci seraient ainsi devenus les fondateurs du monothéisme.
Nous connaissons bien les hommes supérieurement doués qui sont arrivés par cette voie à de telles conceptions : ce sont les philosophes grecs; seulement ils ne furent pas fondateurs d'une religion, mais d'écoles et de systèmes philosophiques. Le monothéisme si peu consistant de la religion indienne participe de cette nature. C'est une doctrine ésotérique, mystique, pressentimeut d'un petit nombre, qui est sortie du sein d'un polythéisme populaire.
Chez les Juifs, le monothéisme nous apparaît d'abord sous la forme affermie d'une religion du peuple. Et là aussi nous reconnaissons clairement ses débuts. Le mono-